À peine libérée de sa tutelle, la fédération des chasseurs 13 déraille à nouveau

Info Marsactu
le 9 Août 2019
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Après un an de tutelle ordonnée par la justice, les anciens dirigeants de la fédération départementale des chasseurs ont repris les rênes. Mais "il semble que rien ne change", constate l'ancien administrateur, qui envisage de les "écarter définitivement". Parmi les griefs multiples, les pressions qu'aurait exercé l'ex président condamné Jo Condé sur l'élection des délégués du personnel.

Le siège de la fédération des chasseurs, situé à Puyricard.

Le siège de la fédération des chasseurs, situé à Puyricard.

À peine sortie d’une année sous la tutelle d’un administrateur provisoire, la fédération des chasseurs des Bouches-du-Rhône pourrait y retourner. Malaise social, gouvernance défaillante, le tout sous l’influence persistante des anciens présidents condamnés Jo Condé et Jean-Marie Rimez : les « graves dysfonctionnements » relevés par la justice en 2018 ne semblent pas réglés. À tel point que Frédéric Avazeri, l’ex administrateur qui poursuit une mission judiciaire de surveillance, a mis en garde les dirigeants de cette association qui compte 18 000 adhérents et remplit des missions de service public [1]. Dans un courrier daté du 11 juillet, que Marsactu s’est procuré, il envisage une nouvelle reprise en main, cette fois-ci plus en profondeur :

À défaut de m’avoir justifié que tout est mis en œuvre pour respecter les salariés et un mode de management irréprochable, j’informerai mon mandat [la vice-présidente du tribunal d’Aix-en-Provence, ndlr], ce qui pourrait l’amener, saisi par tout tiers à placer cette fédération à nouveau sous administration provisoire et écarter définitivement les membres actuels du conseil d’administration.

L’un des éléments relevés a été jugé suffisamment grave pour être transmis au procureur de la République d’Aix et à la vice-présidente du tribunal de grande instance. Selon le récit rapporté par Frédéric Avazeri, un salarié aurait subi des pressions de Jo Condé, avec la participation d’un membre du conseil d’administration et devant le siège de la fédération, dans l’optique de l’élection des délégués du personnel. Et ce, alors que l’ancien patron de l’association est interdit de toute activité à la fédération et même en lien avec la chasse.

Extrait d’un courrier de Frédéric Avazeri au président de la fédération Bernard Mollar.

Frédéric Avazeri le signale-t-il en vue de l’ouverture d’une enquête préliminaire ou simplement pour éclairer une future décision sur la tutelle ? Nous n’avons pas pu obtenir de précisions de sa part, ni d’Achille Kiriakides, le procureur de la République d’Aix. Le salarié à l’origine du témoignage n’exclut pas de déposer une plainte. Outre Jo Condé, l’ex administrateur dénonce la « présence répétée de [l’autre ancien président] Jean-Marie Rimez, écarté par [ses] soins ».

Les deux hommes forment un duo interchangeable depuis 2011. Écarté de la présidence de la fédération après une condamnation pour corruption, Jo Condé avait cédé sa place à son trésorier Jean-Marie Rimez… pour mieux revenir en tant que secrétaire général, un poste qui ne lui était pas formellement interdit par le tribunal. Une nouvelle fois condamné en 2016 pour avoir abattu un héron cendré depuis les locaux de la fédération, Jo Condé avait alors emporté avec lui son acolyte, reconnu coupable d’avoir proféré des menaces de mort contre l’employé qui avait témoigné dans cette affaire. Ce qui n’avait pas empêché le conseil d’administration de recruter Jo Condé comme remplaçant de ce salarié, en arrêt maladie, puis de le faire relayer par Jean-Marie Rimez.

Avocat de la fédération et de ses anciens dirigeants, Philippe Calandra était injoignable ce jeudi. « Cela fait très longtemps que je n’ai pas mis les pieds à la fédération et je ne vois pas pourquoi je mettrais la pression à quelque collègue », conteste Jo Condé auprès de Marsactu, avant de fustiger « l’argent qu’a coûté Frédéric Avazeri aux chasseurs pour ne rien trouver. »

Dans son rapport bilan, remis en décembre et déjà détaillé par La Provence, l’administrateur provisoire a toutefois listé « de graves dysfonctionnements » en matière sociale, « une nette insuffisance en matière de contrôle de gestion conduisant à des surcharges certaines voire anormales » et listé 144 000 euros d’économies annuelles potentielles.

Un nouveau directeur de 26 ans

Pour plusieurs acteurs – salariés ou adhérents – les conditions du recrutement du nouveau directeur confirment ce retour aux dérives. Le 1er juillet, Bernard Gravier, directeur de transition nommé par Frédéric Avazeri, faisait ses cartons. Avant de partir, l’administrateur judiciaire avait fait appel à un cabinet de recrutement pour le remplacer. Ce dernier a sélectionné sept candidats mais, après avoir repris les rênes de l’association, le conseil d’administration a écarté ces postulants pour promouvoir Baptiste Perrin.

À 26 ans, le jeune homme arrivé comme « régisseur des recettes » avant la tutelle, est présenté par plusieurs sources comme l’ami d’enfance du fils de Jo Condé. À l’époque, son recrutement avait fait tiquer le président Christophe Sassarone, qui avait fini par démissionner devant l’accumulation de désaccords sur les ressources humaines (Lire notre article). « On a prétendu que c’était mon neveu. Je n’ai aucun lien de parenté avec lui », martèle Jo Condé, sans répondre à la question sur les liens amicaux.

Mais selon lui, « il avait tout mérite à accéder à ce poste [de directeur]. Pendant un an et demi à la fédération, il a géré deux dossiers : le guichet unique, la principale recette, avec zéro problème, et l’indemnisation des dégâts, la principale dépense, qui a été bien menée ». S’ajoutent au crédit de « ce jeune », par rapport à ses concurrents plus expérimentés, « des prétentions salariales pas les plus exigeantes ».

« À deux doigts de repartir en arrêt de travail »

Écarté de la fédération et n’y mettant « pas les pieds », l’ex président semble remarquablement au fait des derniers événements. « La chasse est une grande famille, tout le monde en parle et on n’a pas interdit d’en parler et d’écouter », répond-il.

« Ils ont repris là où ils s’étaient arrêtés, malgré les remontrances de Frédéric Avazeri », regrette Alexis Allione, membre du conseil d’administration qui figurait parmi les plaignants ayant obtenu la mise sous tutelle. « Malgré les différentes alertes que j’ai pu recevoir et que je vous ai transmises, il semble que rien ne change. Vous comprendrez que dans de telles conditions, je m’interroge quant à l’opportunité de poursuivre le mandat qui m’a été confié », écrivait-il le 30 juillet dans un nouveau courrier au président de la fédération départementale Bernard Mollar.

« Ça va très mal, la situation est revenue au même stade. La plupart des employés viennent travailler la boule au ventre. On est à deux doigts de repartir en arrêt de travail », témoigne l’un d’entre eux, sous couvert d’anonymat. « On a repris le boulot, on était contents que l’administrateur judiciaire ait assaini », déplore Ludovic Collart, délégué CGT, qui a fait remonter à l’inspection du travail son inquiétude pour le personnel. L’un comme l’autre espèrent une réponse de la justice à la rentrée.

[1] Le code de l’environnement prévoit que « le préfet contrôle l’exécution par la fédération départementale des chasseurs des missions de service public auxquelles elle participe », en citant sept principales : « 1° Mise en valeur du patrimoine cynégétique départemental et action en faveur de la protection et de la gestion de la faune sauvage ainsi que de ses habitats ; 2° Elaboration du schéma départemental de gestion cynégétique ; 3° Contribution à la prévention du braconnage ; 4° Information, éducation et appui technique à l’intention des gestionnaires de territoires et des chasseurs ; 5° Préparation à l’examen du permis de chasser et contribution à la validation du permis de chasser ; 6° Coordination des actions des associations communales et intercommunales de chasse agréées ; 7° Prévention et indemnisation des dégâts de grand gibier. »

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