Anne-Laurence Petel (LREM) : « La transparence passe par le contrôle et la sobriété »

Interview
Lisa Castelly
28 juillet 2017 1

À l'occasion de l'examen à l'Assemblée de la loi "confiance dans l'action publique", Marsactu interroge les nouveaux députés du département, toutes tendances confondues, sur ce texte censé renforcer la transparence et limiter les conflits d'intérêts. Fraîchement élue, la députée d'Aix LREM Anne-Laurence Petel défend le projet de loi dans tous ses aspects.

« Moraliser » la politique, soit, mais comment ? Les députés s’attellent depuis lundi à la loi visant à « rétablir la confiance dans l’action publique » dans l’hémicycle, après l’examen du projet de loi en commission. Parmi les nouveaux députés des Bouches-du-Rhône, Anne-Laurence Petel, élue haut la main en juin à Aix est, selon la terminologie des marcheurs, « issue de la société civile ». En clair, n’a pas fait carrière dans la politique jusqu’ici et regarde forcément certains enjeux avec un regard de novice. Ancienne directrice de la communication d’une grande ville, puis chargée chez Bouygues des relations extérieures, notamment avec les collectivités, la nouvelle élue ne découvre pas pour autant le jeu politique (lire son portrait).

Comme Éric Diard (LR) lundi, nous l’avons interrogée sur ses positions sur les principaux points en débat et sur sa vision du rôle de député. Depuis plusieurs jours, la majorité présidentielle fait face à une offensive des différents groupes politiques pour élargir le cadre de la loi et durcir certaines dispositions. Anne-Laurence Petel se tient aujourd’hui dans la droite ligne du texte, dont elle défend chaque point, poussant la réflexion plus loin pour sa propre pratique.

Vous examinez en ce moment à l’Assemblée le projet de loi dit « de confiance dans l’action publique », bien que beaucoup de termes aient été employés pour en qualifier l’objectif : transparence, moralisation, régulation… Lequel vous paraît le mieux adapté à l’enjeu actuel ? 

Il y a deux choses. Rétablir la confiance, en effet, être transparent, rendre visible ce qu’on fait. Et cela passe aussi par un meilleur contrôle et une certaine sobriété. Moi je vais mettre en visibilité mon agenda et mes dépenses, par postes.

En tant que nouvelle députée qui était jusqu’ici extérieure à ces problématiques, comment expliquez-vous la perte de confiance, qu’il s’agit ici de rétablir ? 

Je l’attribue surtout au manque de résultats politiques. Les affaires, je dirais que c’est la cerise sur le gâteau. Mais s’il y avait eu des résultats économiques, sociaux, des politiques menées jusqu’ici, on n’en serait pas à cette défiance. Lors de la dernière présidence notamment, il y a eu un gap, entre ce qui était annoncé et ce qui a été mis en place. Chez LREM, on est en train de travailler très concrètement sur des sujets portés dans le programme. La défiance, elle s’est développée dans le fait que des engagements n’ont pas été tenus.

Vous le ressentez dans le rapport aux électeurs ? 

« Depuis 15 ans, dans le privé, je fais des notes de frais, je suis effarée que ce ne soit pas évident quand il s’agit d’argent public. »

Aujourd’hui, pas trop, et c’est assez rassurant. Depuis le 18 juin, j’ai fait le choix de beaucoup parler sur Facebook, de raconter ce que je fais, de faire un peu de storytelling. Je suis nouvelle, je ne connaissais pas l’Assemblée nationale, certains de ses fonctionnements un peu désuets… Et plutôt que de la défiance, je reçois beaucoup d’encouragements, les gens sont toujours dans cet enthousiasme de la présidentielle, ils nous observent beaucoup, ça traduit les attentes qu’ils ont à notre sujet.

Pour revenir à ce projet de loi et à ce qu’il contient, vous teniez à assister ce jeudi après-midi aux débats sur l’IRFM, l’indemnité de représentation et de frais de mandat. Pourquoi ce sujet était-il particulièrement important pour vous ? 

J’attendais de savoir ce qui allait être dit, ce que pensaient les uns et les autres. Certains pensent que faire des notes de frais c’est impossible. J’aurais aimé savoir, par exemple, ce que Mélenchon en pensait, mais au final il a surtout dit que ces débats ajoutaient à la perte de confiance des électeurs, donc on ne sait pas vraiment ce qu’il en pense. Je veux savoir qui dans cet hémicycle va vouloir être transparent ou pas.

Certains l’ont dit en séance : il n’est pas envisageable que ce qu’on demande à des milliers de salariés, on ne puisse pas l’appliquer pour les députés. Depuis 15 ans, dans le privé, je fais des notes de frais, je suis effarée que ce ne soit pas évident quand il s’agit d’argent public.

Parmi les sujets débattus, il y a aussi celui de la réserve parlementaire …

Clairement, il faut la suppression complète de la réserve parlementaire. Et revoir, au delà, la question du financement des associations, qui sont beaucoup trop dépendantes du politique. Elles doivent avoir une parole libre, et on sent bien au quotidien que ce n’est pas le cas.

Certains, dans l’hémicycle, ont argué que la réserve parlementaire était un moyen de conserver un lien avec la circonscription …

Je ne vois aucun lien entre l’argent et l’implication locale. Faire le rapport, je trouve ça cocasse. L’ancrage, c’est être à l’écoute, remonter les problématiques du territoire. Il n’y a pas besoin d’argent pour faire ça, ou en tout cas, pas besoin d’argent à distribuer.

Cette loi signe aussi la fin de l’emploi de collaborateurs familiaux. Selon vous, c’était inévitable ? 

Oui, même si la majorité des conjoints travaillaient vraiment, il était nécessaire d’assainir vis à vis de l’opinion. On peut employer quelqu’un d’autre que sa famille, on a tous reçu 200 candidatures sur nos boîtes mail. Après, bon, l’emploi du temps d’un député est tel que je peux comprendre que ça soit vu comme une solution pour ceux qui veulent voir plus souvent leur famille. Mais il y a nécessité à assainir. Et il faut retravailler le statut de l’élu, et du collaborateur. Pour celui du collaborateur, je crois que nous commencerons à la rentrée d’ailleurs.

Quand vous dîtes comprendre certains députés, vous pensez au cas de François-Michel Lambert (LREM), qui a défendu le fait de travailler avec sa compagne et a même déposé plusieurs amendements sur le sujet ?

« Pour moi, le curseur, c’est la mise en examen. »

Oui, sa compagne est quelqu’un que l’on voit tout le temps, elle a un emploi bien plus hyperactif que fictif ! Il y a évidemment des femmes d’élus que l’on a connues dans la vie politique qui travaillaient, qui ont eu un vrai rôle, Cécilia Sarkozy ou d’autres. Bien sûr que cela existe, mais je crois que l’on peut faire sans.

La loi en discussion fait suite à plusieurs affaires judiciaires… Souvent, la justice va plus lentement que l’opinion. À quel moment pensez-vous qu’un élu doive se retirer quand il est mis en cause ? 

Cela a été le cas récemment dans tous les partis, y compris dans le nôtre. Pour moi, le curseur, c’est la mise en examen, même s’il y a tout de même la présomption d’innocence. Cela doit donner lieu, au moins, à une mise en retrait temporaire. Cela paraît aberrant de voir des élus se traîner des mises en examen multiples et qui sont toujours là, qui ont toujours des fonctions. Je ne citerai personne mais on peut regarder du côté de Levallois-Peret, par exemple (ville dont Patrick Balkany, mis en examen notamment pour blanchiment de corruption et de fraude fiscale, est maire, ndlr).

Les critiques sont nombreuses pour montrer du doigt la nouvelle majorité parlementaire, accusée d’inexpérience et de suivisme. Quelle liberté vous accordez-vous ? 

Il y a forcément une période de mise en route quand vous ne venez pas de ce monde-là. Il faut tout intégrer très vite, et en plus, il y a le souhait de faire passer les lois rapidement. On ne s’est pas exprimés, peut-être parce qu’on est novices et qu’on n’ose pas encore, mais ça ne veut pas dire que l’on n’est pas d’accord.

Pour les ordonnances, notamment, dans le cadre du renforcement du dialogue social, c’était un engagement que nous avions pris dans le programme. Je trouve ça cocasse qu’on nous reproche de voter comme un seul homme pour des propositions que nous avons défendues pendant la campagne.

« On m’aurait montréE du doigt si j’étais restée chez Bouygues »

Oui, il y a une phase de mise en route, des couacs, mais on ne peut pas à la fois vouloir le renouvellement et nous reprocher de ne pas être rodés comme des routiers de la politique. Prenez le cas de Sacha Houlié, qui présidait aujourd’hui (jeudi, ndlr) l’Assemblée, il est devenu vice-président parce que les plus anciens ne voulaient pas y aller, et à 28 ans, il préside pour la troisième fois, et je trouve qu’il le fait avec talent.

Pour ce qui est de la probité, l’opposition, et notamment la France insoumise, reproche à la majorité de ne pas aller assez loin, notamment sur le rapport aux lobbys, qui n’a fait l’objet que d’un amendement sur les collaborateurs parlementaires. Vous étiez auparavant en charge des relations extérieures, notamment avec les élus locaux, d’une grande entreprise, vous connaissez bien le sujet. Quelles sont pour vous les limites ? 

Oui, sur les collaborateurs parlementaires, nous avons voté l’amendement proposé par l’opposition, comme quoi, nous ne sommes pas si godillots que ça ! Après, il y avait des propositions d’interdire l’accès de l’Assemblée aux représentants d’intérêts, mais ça n’empêche pas les députés de les voir en dehors. Je préfère qu’ils soient dedans, et identifiés, voire qu’il y ait de la visibilité à ce sujet. Nous sommes plusieurs à nous être engagés à rendre public sur notre agenda les rendez-vous avec des représentants d’intérêts, je pense que c’est important.

Pour ce qui me concerne, je quitte mon entreprise, et j’ai signé mon départ qui sera effectif en août. Il y a des dispositions qui existent, on peut obtenir une suspension de contrat pendant le mandat et être réintégré après, mais je ne trouve pas que ce soit la bonne solution, pour moi en tout cas. Je voulais vraiment travailler sur le numérique, et on m’aurait montré du doigt si j’étais restée chez Bouygues. J’aurais dû me déporter de certains vote. Ce serait aussi gâcher l’expertise que j’ai : on veut des gens qui ont de l’expérience dans le privé, mais ils doivent se déporter pour le vote… Je n’y reviendrai donc pas, c’est comme ça. Je participe actuellement à une mission « flash » dans le cadre de la commission des affaires économiques sur l’état du numérique en France. Je n’ai pas participé aux auditions des opérateurs : non seulement mon contrat est encore en cours, mais mon départ est tout simplement trop récent, je n’aurais pas été complètement impartiale.

Vous dîtes « je n’y reviendrai pas », cela veut-il dire que envisagez faire plusieurs mandats ?

Ah non non non ! Je me projette aussi sur d’autres projets professionnels pour plus tard. Dans le numérique et la communication toujours, mais dans la recherche, ou une ONG… Après, s’il doit y avoir un second mandat, peut-être. Pour le moment, je m’investis pleinement dans ce que je fais.

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commentaires

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  1. danielle danielle

    je les ai vus, à l’assemblée, tous les REM, applaudir à tout rompre, à la baisse de l’APL!
    Ces gens-là sont indécents..!

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