UNE ÉCOLOGIE POLITIQUE MARSEILLAISE
Je voudrais proposer dans la chronique d’aujourd’hui des éléments de rationalité et des questionnements sur ce que pourrait être une écologie politique. Au-delà des questions de partis et de choix institutionnels, il s’agit de penser une telle écologie urbaine propre à Marseille.
Les effondrements de la rue d’Aubagne liés à l’absence d’une véritable écologie politique
Pourquoi parler aujourd’hui d’une écologie politique pour la ville ? C’est que nous nous trouvons dans une situation de véritable urgence. Il est important de comprendre que les événements tragiques qui se sont multipliés dans la ville au cours de la dernière décennie sont liés à l’absence d’une véritable politique municipale et métropolitaine de l’environnement, elle-même ne pouvant se comprendre que dans l’absence d’une conception écologique de la politique de la ville. C’est important, bien sûr, de comprendre que les manques de choix écologiques sont à l’origine des accidents, mais il faut aller plus loin : c’est Marseille elle-même, toute entière, qui ignore ce qu’est l’écologie politique, la politique de la ville qui ne s’est jamais véritablement préoccupée, à Marseille, de cet aspect de l’urbanisme. Cette absence d’écologie politique peut tenir à deux raisons. D’une part, au temps de la prospérité de la ville et de l’intensité de son activité, l’écologie politique n’existait pas, et, au moment de la naissance de cette écologie, dans les années soixente-dix, la ville commençait à s’engager dans une sorte de déclin dont elle a du mal à se libérer. Par ailleurs, les partis politiques marseillais et les acteurs de la ville appartiennent plutôt à des partis traditionnels, eux aussi fondés avant la naissance de l’écologie, ce qui explique qu’ils ne lui aient pas donné de place dans leurs projets fondateurs.
Une écologie politique pour Marseille
Une écologie politique urbaine consiste à intégrer à la politique de la ville une approche et des choix de nature à aménager son espace et celui de la métropole sans se limiter à une simple fonctionnalité, à ce que l’on pourrait appeler une écologie organique, mais qui donne une place à l’écologie dans la conception politique de la ville et de l’urbanisme. D’abord, l’écologie pourrait donner des clés permettant de mieux comprendre la ville et ses évolutions en comprenant mieux le rôle de l’espace, sans, justement, se limiter à une approche instrumentale et fonctionnelle et à une approche en termes de gestion, mais en donnant des significations aux constructions, à l’aménagement des sites, à la place des transports dans la vie de la ville. Par ailleurs, dans le domaine du logement, Marseille s’est trop longtemps limitée à construire le plus possible d’immeubles et de maisons individuelles, pour, somme toute, y emmagasiner les populations, sans se soucier de l’esthétique des paysages et de la façon dont les habitantes et les habitants pourraient concevoir les lieux dans lesquels ils vivraient. Enfin, cette écologie politique permettrait de libérer la politique de la ville des contraintes du libéralisme et de l’approche de l’urbanité en termes de marché. Marseille écologique serait une ville libérée des promoteurs et des agents immobiliers.
La complexité de l’espace urbain de Marseille
De la mer aux montagnes qui la bordent, des constructions faites d’immeubles ordinaires mais aussi de maisons individuelles aux tours et aux grands immeubles, l’espace de la ville présente une grande complexité qui rend nécessaire une écologie urbaine particulière. Sans doute, d’ailleurs, cette complexité du site constitue-t-elle un des obstacles qui ont toujours entravé la conception d’un aménagement rationnel de l’espace de la ville. On peut, notamment, relever ici quatre éléments de cette complexité. Le premier est la coexistence de sites urbains très différents dans leur origine et dans les contraintes particulières qu’ils imposent : la coexistence de la mer et du littoral, l’existence d’une sorte de ceinture de montagnes et de hauteurs qui viennent en quelque sorte enclore la ville. Le second est une histoire du site mêlant plusieurs cultures et plusieurs conceptions de l’urbanité dans les politiques d’aménagement. Un troisième élément de la complexité urbaine consiste dans des spécificités de l’économie marseillaise, en particulier la coexistence d’activités dynamiques et d’autres plus fragiles voire menaçant de péricliter. Enfin, ces difficultés d’aménagement s’accompagnent d’une complexité particulière des réseaux de déplacements, de circulations et de transports en commun. À tout cela s’ajoutent, tout de même, à Marseille, plus de 850 000 habitants : cela fait d’elle, et depuis toujours, une « grande ville », avec toutes les contraintes, tous les impératifs que cela comporte – à la fois en raison du nombre d’habitantes et d’habitants qui y vivent et en raison des nécessités institutionnelles que cela implique : je veux parler de l’existence d’une métropole, qui implique la coexistence de nombreuses et diverses conceptions de la ville et de l’environnement urbain.
L’écologie politique et la société marseillaise
Ne nous trompons pas : l’écologie politique ne se réduit pas à des idées politiques pour les projets des partis ou à des élucubrations d’acteurs politiques. Il s’agit aussi de tenter de l’inscrire dans la vie quotidienne et dans les usages de celles et ceux qui vivent à Marseille. Il s’agit, en particulier, de lui donner une place dans une éthique urbaine, peut-être même faudrait-il, tant pis si cela fait vieux jeu, imaginer une sorte de morale écologique suscitant l’adhésion des habitants et des habitants de la ville. L’écologie politique marseillaise ne pourra être pleinement pensée que si elle s’inscrit dans des pratiques sociales et culturelles répandues dans la vie sociale de la ville. Pour mieux donner à la ville une véritable écologie politique, il est nécessaire qu’elle fasse l’objet d’une adhésion de la part de celles et ceux qui vivent dans la ville : l’écologie politique ne peut pleinement être active que si elle est mise en œuvre dans les pratiques quotidiennes de l’habitation, dans les modes d’aménagement et dans les aspects multiples de la culture urbaine. L’écologie politique n’est pas un luxe pour villes riches, mais, au contraire, elle est un aspect majeur d’une politique de la ville pleinement voulue par les habitantes et les habitants qui lui donnent une place dans leurs conceptions de la vie urbaine. C’est en se promenant dans les rues de la ville, en découvrant les lieux de Marseille, en approchant les quartiers de la ville et les monuments qui rappellent le passé de la ville, mais c’est aussi en donnant à la mer une place dans leurs activités et dans leurs pratiques sociales de la ville que la société marseillaise reconnaîtra l’importance de l’écologie dans le quotidien de la ville et dans l’imagination de son futur.
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