Une analyse graphique des candidat-e-s à la mairie de Marseille

Billet de blog
le 14 Fév 2020
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On (je) considère souvent qu’une campagne électorale démarre quand on voit fleurir les premières affiches dans les rues. Si, comme moi, vous aimez bien vous promener dans les quartiers de Marseille, vous pourrez constater qu’on y est entré de plain pied. Même si vous suivez peu les turpitudes de la politique locale (et si c’est le cas, je peux vous conseiller un journal en ligne pas trop mal…), vous avez toutes et tous fait connaissance avec les principales têtes d’affiche.

Socialement, j’adore dire que je travaille dans la com. C’est moins sexy que ça en a l’air mais ça m’offre l’occasion de créer de nombreux éléments graphiques et surtout d’en benchmarker d’autres durant ma veille, conçus par des gens plus doués et moins débordés que moi. C’est fort de cet outillage que je me fend de ce billet pour essayer de décrypter au mieux la stratégie graphique des candidat-e-s. En faisant des choix de photos, de couleurs et de typos, ils racontent quelque chose, et posent des éléments qui impacteront inconsciemment les électeurs, en bref, ils font campagne.

Mais commençons par le commencement : qu’est-ce qu’une bonne affiche de campagne ? On pourrait en faire un cours magistral, mais on va en faire quelques lignes. Je dirais que c’est avant tout une bonne photo (comme ici ou ) servant un slogan efficace (le premier qui me vient en tête) ainsi et c’est un élément de communication servant à appuyer une campagne et/où doper la notoriété d’un-e candidat-e (la « Hope » d’Obama a beaucoup joué sur sa dynamique en 2008). Aussi, il ne faut pas oublier qu’une affiche de campagne doit être impactante, faire de l’effet rapidement parce que le temps d’attention des gens dans la rue est extrêmement réduit.

Sébastien Barles (Debout Marseille, liste soutenue par Europe Ecologie Les Verts)

Peu de vert, un mauve peu familier de l’univers graphique écologiste, du bleu ciel et un regard tourné vers l’avenir. Oui, cette campagne m’a beaucoup étonné. A l’heure où tous les camps politiques se revendiquent écologistes, pourquoi ne pas se lancer à fond sur le thème : « Privilégiez l’original à la copie » ? Là au contraire, on a l’impression que la liste menée par Sébastien Barles cherche à se retirer l’étiquette écologiste.

L’affiche se veut dynamique avec des lignes de biais, des aplats (tendance graphique forte actuellement, Marsactu aussi y a cédé) mais elle n’y parvient qu’à moitié avec ces choix de typo assez quelconques et ce mauve qui n’est pas très agréable pour les yeux.

Surtout, Marsactu a remarqué que cette affiche est une imitation et une imitation qui appauvri le modèle de base. On ne jugera certainement pas le physique ici mais la posture et le regard de Sébastien Barles sont moins emprunts de solennité que ceux d’Alexandria Occasio-Cortez et l’assemblage de couleurs mauve/vert/bleu ciel est, comme le dit la formule, ni fait, ni à faire.

 

Yvon Berland (La République en Marche)

Beaucoup de choses peu amènes ont été dites sur l’affiche de campagne d’Yvon Berland mais je la trouve très réussie. Graphiquement, en tous cas. L’inspiration pop-art et cette typo proposant un slogan efficace, c’est du bon boulot, moderne. La preuve que ça marche ? Tout le monde l’a retenue, cette affiche.

On imagine clairement le briefing réclamant une campagne originale (disruptive ?), dans le but de casser les codes et de doper la notoriété d’un candidat quasi-inconnu du grand public. Rendez Yvon cool ! Aussi, on observe la volonté de ne pas trop afficher le soutien de LREM, peu apprécié en ces temps de grèves et de gilets jaunes.

Le souci de cette affiche, c’est que le visage d’un homme d’un certain âge n’est pas forcément le plus indiqué pour un tel zoom, avec un tel contraste qui marque surtout une certaine rigueur et un sourire au mieux intriguant, au pire crispé. Le slogan Voir grand, agir vite apparaît alors presque comme ironique, à moins de l’accompagner d’une campagne radicale, percutante et fidèle à ce qui pourrait alors être un mantra. Ca n’est pas trop parti dans ce sens là, à part pour le percutant.

 

Samia Ghali (divers gauche)

Ce qui est clair, c’est qu’à aujourd’hui, Samia Ghali n’a pas consacré de budget ni de temps à l’édification d’une identité visuelle et vu le temps restant avant le premier tour, je doute que ça arrive.

Ses réseaux sociaux sont brandés à la va-vite et je n’ai trouvé qu’un seul élément graphique avec cette affiche. La photo, très retouchée, date de 2013 (c’est déjà la couverture de son livre sorti cette année là). Les couleurs utilisées (vert pale, blanc, gris foncé) dénotent fortement des codes habituels de la gauche (rose, rouge, blanc…).

On note enfin que son slogan « Au nom du peuple de Marseille », ressemble à celui de Marine Le Pen en 2017. Je ne saurais dire si c’est fait à dessein. Si oui, ça craint. Sinon, ça craint aussi.

 

Bruno Gilles (divers droite)

Après une première mouture un peu vieillotte (mais à la photo sympathique), Bruno Gilles vient de publier une nouvelle affiche qui est un modèle de classicisme. En fait, elle me fait penser à celle de Jean-Claude Gaudin en 2014 : un visage en grand, Marseille en fond, du bleu, du jaune, du blanc, un nom qui ressort et un slogan capital.

Et quel slogan ! Un nouveau maire, Bruno Gilles veut incarner nouveauté, rupture… en touchant l’inconscient des sympathisants de Jean-Claude Gaudin qui doivent se dire que cette affiche est sympa et qu’elle leur dit vraiment un truc.

Regard franc tourné vers la droite (l’avenir, plus que son camp politique), sourire discret, costume sobre. Si l’affiche de campagne est un exercice obligatoire, Bruno Gilles fait figure de bon élève.

 

Stéphane Ravier (Rassemblement National)

Les affiches de l’extrême droite interpellent par leur simplicité. Il n’y a même pas de slogan et la flamme tricolore est quasi-invisible. Le visage buriné et rigolard de Stéphane Ravier seul suffit à faire la promotion politique d’une liste de laquelle il est la quasi-unique tête qui émerge.

Du bleu, du blanc, de la sobriété, des visages souriants… Il est évident que cette équipe ne compte pas spécialement sur l’affichage pour faire la promotion d’un programme ou d’une idée mais celle d’un homme dont chacun connait les convictions.

Avec un brin de recul, je réalise que le code couleur choisi se rapproche plus de la droite de gouvernement (j’ai un peu pensé à celle-ci) que de celle, plus agressive du FN devenu RN. La dé-diabolisation passe aussi par là.

 

Michèle Rubirola (Printemps Marseillais)

Ca flashe ! La liste d’union de partis de gauche (PS, PCF, Génération.s, Place Publique…) fait le choix d’une communication fluo, percutante et quelque peu décalée. J’ai du mal à ne pas voir un brin d’autodérision avec ce slogan quasi-imprononçable et cette mise en page qui fait penser à une super-héroïne des années 60. Wonder-Woman à Bargemon !

Je trouve ça sympa, plutôt bien fichu (la multiplicité des codes couleurs apporte du peps) et rendant Michèle Rubirola sympathique mais c’est normal : je suis un trentenaire diplômé, né et résident dans le centre-ville et ma sensibilité politique n’est pas très éloignée de celle de cette liste. Je me demande néanmoins si cette identité visuelle n’est pas légèrement hors-sujet.

Michèle Rubirola manque de notoriété et le Printemps Marseillais est une marque à peine arrivée dans le marigot politique marseillais. Il aurait peut être fallu faire moins élusif et plus efficace. La principale donnée à mettre en avant, c’est le projet se voulant historique d’une union des gauches. On la voit bien, mais peut être pas assez à mon goût. Après, c’est évident que ça sortira du lot sur les panneaux d’affichage mais le choix de l’hyper-personnification aurait mieux payé avec quelqu’un de déjà plus connu.

 

Martine Vassal (Les Républicains)

Je vais l’avouer, j’ai eu les yeux un peu écarquillés la première fois que j’ai vu l’affiche de campagne de Martine Vassal. Ce blanc sur blanc d’où seul un visage se voulant rassurant émerge me faisait un peu peur et laissait songeur sur la stratégie de communication de la candidate de la droite.

Cela étant, il faut rendre justice à cette photo qui paie son cadrage beaucoup trop close-up et le blanchissement dû au collage. Le cliché de base (étonnement signé Régine Mahaux, une proche de… Donald Trump) montre une femme moderne et active (sa pose et sa tenue vont dans ce sens) en plan américain, il n’y avait rien à toucher (j’ai pris cinq minutes pour faire un essai, vous pouvez en juger par vous même).

Au lieu de ça, c’est le visage zoomé en A2 de la candidate qui inonde les panneaux de la ville et les cauchemars de ses opposants. Il faut bien comprendre qu’avec son armée de colleurs, je vois Martine Vassal plus souvent que ma mère ces derniers temps et cette omniprésence ne peut être totalement efficace qu’avec une affiche qui fonctionne. Je ne suis pas certain que ce soit le cas ici.

Commentaires

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  1. Jacques Milan Jacques Milan

    Le noir et blanc de Berland est triste et accentue son âge. Le slogan « voir grand, agit vite » n’est pas très lisible de loin. Le mot « Marseille » n’est pas présent contrairement aux autres. Affiche peu efficace…

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    • Nicolas Georges Nicolas Georges

      Plus le temps passe et plus je me dis que cette affiche aurait dû être accompagnée d’une campagne ad hoc, très dynamique et tournée vers la jeunesse de la ville. Un slogan aussi intense ne peut pas être accompagné d’un programme tiède sans effet déceptif.

      Il aurait peut être pu partir sur une campagne comparable à un Bernie Sanders aux USA (sur la forme tout du moins) qui a beau être âgé mais se tourne surtout vers les jeunes. Il retourne l’obstacle pour en faire un avantage : « J’ai trop vu ma génération faire des erreurs pour vous laisser faire les mêmes »

      Deux très belles affiches de Bernie Sanders : https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/51S380IElzL._AC_SY741_.jpg
      https://visualbernie.files.wordpress.com/2016/02/hcv8fzm.jpg

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  2. barbapapa barbapapa

    L’affichage de Vassal à 400 forêts détruites pour ne rien dire et montrer un sourire couteau devient obsessionnel, obsédant, trop c’est trop, il y a overdose, c’est Big Sister qui fait Main Basse sur la Ville, hors des gens/clients intéressés au système je ne connais personne qui aille voter pour elle, elle va finir à 6 ou 7 %

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    • Nicolas Georges Nicolas Georges

      Il y a effectivement une stratégie de l’équipe Vassal d’inonder la ville d’affiches. Ca peut être à double tranchant et créer un effet d’agacement, surtout sans changement de visuel.

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  3. Laurent MALFETTES Laurent MALFETTES

    Merci pour ce travail d’inventaire. Pour Sébastien Barles, on peut noter également la similitude du slogan « Debout Marseille » avec celle de Dupont-Aignan (Debout la France) qui ajoute un peu à la confusion.

    Pour Yvon Berland, on cumule les erreurs, sinon les fautes. Tandis que ce candidat aurait pu capitaliser sur son âge en jouant de la figure rassurante du médecin qui va soigner sa ville, il opte pour un visuel anxiogène. Et tandis qu’il pourrait compenser son manque de notoriété personnelle par la notoriété de son parti, il élude quasiment le logo. Enfin, certains ont remarqué que le slogan de Gaudin en 1989 était « Voir grand et loin, agir vite et juste ».

    Bruno Gilles produit une affiche efficace et habile mais certains de ses colistiers, tel Ludovic Perney dans le 6-8, ont semblé moins inspiré avec l’étrange slogan « Ensemble autrement » qui pourrait inspirer quelques commentaires moqueurs.

    L’affiche de Stéphane Ravier qui, avec Martine Vassal, est le seul candidat à emprunter le code couleurs de la ville, ne reproduit pas ici le slogan « protéger les Marseillais, faire briller Marseille », manière de s’approprier les deux principales préoccupations des Marseillais (sécurité, propreté) arrivées en tête d’une étude réalisée au printemps 2019.

    L’affiche de Rubirola est audacieuse et me rappelle celles, tout aussi décalées, produites par le PS pour les législatives de 1986 (des personnages effrayés criant « Au secours, la droite revient ! Et un loup goguenard questionnant : « Dis-moi, jolie droite, pourquoi as-tu de si grandes dents ? ») Mais l’affiche du Printemps ne va peut-être pas assez loin dans l’audace. TJ’aurais bien vu Rubirola en marque de lessive et Michèle en super fée du logis, promettre de laver Marseille plus blanc que blanc…

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  4. Laurent MALFETTES Laurent MALFETTES

    Quant à Martine Vassal, je m’arrête sur la signature « Une volonté pour Marseille » qui n’est pas sans rappeler « Une volonté pour la France » de François Fillon. Autres dénominateurs communs avec le candidat à la présidentielle : la présence de Valérie Boyer et chez les hommes, la mode persistante des doudounes matelassées portées sous la veste…

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  5. Laurent MALFETTES Laurent MALFETTES

    Et il manque l’affiche de Michel Pinard ! Marsactu va encore s’attirer la foudre 😉 Pour faire simple : son visage en gros plan et un « VOTEZ PINARD » en guise de slogan (le programme, c’est moi) + un emprunt graphique à la campagne « Génération Mitterrand » de 1988 (des lettres découpées dans des visages).
    Peut-être Nicolas, s’il en a le temps, pourrait ajouter ces quelques perles à son article 😉

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    • Nicolas Georges Nicolas Georges

      Merci Laurent pour ces copieux retours qui ouvrent des pistes de réflexion intéressantes !

      Je vais chercher et essayer d’ajouter l’affiche de M. Pinard quand j’aurais le temps. Je n’avais pas cherché car je n’en avais pas vu dans la rue.

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