Un·e maire qui ne se préoccupe « que » de Marseille, c’est insulter l’intelligence populaire

Billet de blog
le 11 Fév 2026
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Le programme de la liste Marseille fière et populaire est disponible depuis un mois. Il forme un tout cohérent, pensé comme tel. Cela a conduit la presse à s’enquérir, légitimement, du financement de notre programme. Sans doute par oubli fortuit, nous constatons que cette question est bien moins insistante pour les autres listes.

Disons-le clairement : notre conception du financement ne se résume pas à un tableau Excel. Mettre en œuvre des mesures qui portent une rupture politique réelle pour transformer la ville suppose aussi une rupture sur le nœud central de toute l’architecture municipale : l’argent.

L’austérité est un choix politique

Le budget municipal est important. Mais, pour la vie des gens, le budget national l’est bien plus. 

Si les enseignants du collège Malraux se sont mis en grève ou ceux de l’école Olympe-de-Gouge en droit de retrait, c’est pour protester contre les dangers graves qu’ils subissent, dus au manque de moyens, notamment humains, dans les établissements. Sans ces moyens humains, on ne peut rien faire contre la violence sociale de la société qui rentre par tous les pores de l’école. Ce sont les personnels, et surtout les enfants et adolescents marseillais, qui en subissent le prix de l’austérité nationale.

Dans les quartiers nord, le Château en Santé permet des soins à une population populaire et privée d’accès aux soins. Cela a un coût. Le gouvernement leur ôte 40% de leur financement. La structure est en danger. 

L’impact sur la vie locale est bien plus grand qu’une quelconque promesse municipale.

Yannick Ohanessian, premier secrétaire du PS 13, et Laurent Lhardit, député PS, sont les piliers de la majorité municipale socialiste. Le premier revendique le soutien à la politique nationale du PS et le second l’a fait par son vote et ses prises de position publiques. Cette orientation politique n’est pas contredite par Benoît Payan. Les conséquences concrètes sur la vie des marseillais·es du budget Macron sont donc à assumer par la majorité socialiste sortante.

Dire que la politique nationale ne préoccupe pas les élections municipales, c’est tenter d’obscurcir ce soutien politique national, c’est considérer que nos jeunes ou notre santé n’intéresse pas le maire de Marseille. C’est une insulte envers la population.

Est-ce différent à Paris et Marseille ?

Le point de départ de toute politique municipale ne se situe pas dans les mairies, mais, à nouveau, dans les budgets nationaux de l’État. En 2013, la Dotation globale de fonctionnement (DGF) versée par l’État à l’ensemble des collectivités atteignait 41 milliards d’euros. Sous François Hollande, les gouvernements socialistes ont imposé l’austérité, poursuivie ensuite par Emmanuel Macron. En 2026, la DGF reste gelée à 27 milliards. En tenant compte de l’inflation, les collectivités ont ainsi perdu près de la moitié de leurs moyens financiers en treize ans.

Le petit jeu de la « décentralisation » a encore aggravé ce phénomène : on répartit les compétences, on répartit la pénurie et, au final, des élus se battent entre eux pour quelques financements. Le fait que les mêmes élus décident de l’austérité à Paris ou l’appliquent localement permet à ce système de se maintenir. Les querelles artificielles entre élus ne portent pas sur l’austérité, mais sur comment l’organiser. Le débat local devient dépolitisé, réduit à une discussion purement gestionnaire. 

Un programme municipal est, par définition, une succession de promesses faites aux électeurs. La promesse principale que nous faisons n’est pas celle d’une « bonne gestion », mais celle d’une rupture politique. La bataille décisive se jouera au niveau national, et le poids politique de nos élus locaux y sera déterminant. 

Cela ne nous empêchera pas de mettre en place de premières avancées immédiatement, comme la gratuité des transports pour les moins de 26 ans, la gratuité de la cantine ou le renforcement des services publics. Mais si nous ne promettons pas la gratuité des transports pour toute la population, une maison associative, un conservatoire et une bibliothèque dans chaque quartier, le doublement des effectifs municipaux ou encore des hausses de salaires permettant à tous les agents une existence digne, c’est précisément parce que nous avons en tête les moyens limités qui nous empêchent d’aller au bout de la logique de rupture sans une victoire nationale. 

Quand la « bonne gestion » devient une idéologie

La situation financière héritée de la période Gaudin était très dégradée : endettement élevé, emprunts importants à rembourser dès le début du mandat, ville en état de délabrement avancé. La situation financière de Marseille était connue de longue date : le rapport de la Cour des comptes de 2017 en dressait déjà un diagnostic complet.

Pour traiter cette situation, Benoît Payan fait le choix politique de privilégier la baisse du stock de dette. Si la Ville avait été empêchée d’emprunter au début du mandat, une telle stratégie aurait pu s’imposer comme une contrainte. Mais cela n’a jamais été le cas.

Il s’agit d’un choix austéritaire en opposition totale avec le programme du Printemps marseillais de 2020, qui proposait au contraire de profiter des taux d’intérêt historiquement bas pour engager la transformation de la ville. Cette orientation était politiquement assumable ; le Parti socialiste a fait le choix de ne pas respecter le mandat sur lequel il avait été élu.

Dès le départ, Benoît Payan a concentré sa stratégie budgétaire sur un objectif central : satisfaire les agences de notation afin d’obtenir une « bonne note ». Il y est parvenu pour Fitch en 2023 (Standard & Poor’s n’ayant pas modifié sa notation), et il a fait de cette appréciation un élément central de sa communication politique.

Extrait de la première page du bilan de mi-mandat de Benoît Payan

Or ces agences ont joué un rôle décisif dans la crise grecque comme dans celle des subprimes. Leur fonction est profondément politique : elles ne jugent pas la pertinence sociale d’une gestion, mais sa conformité aux exigences du système financier capitaliste. Faire de leur appréciation l’alpha et l’oméga de la politique budgétaire municipale constitue donc un choix politique à part entière, même lorsqu’il est présenté comme de la « bonne gestion ».

Évidemment, on ne peut pas demander au maire de Marseille de mettre fin au système monétaire mondial. Une ville doit emprunter, et elle peut faire le choix pragmatique d’entrer dans ce cadre. Encore faut-il que ce choix produise réellement des économies.

Est-ce que Benoît Payan est un bon gestionnaire ?

Les taux d’emprunt ne sont pas principalement déterminés par les agences de notation, mais par les fluctuations du marché financier mondial. Les analyses de la Banque de France ou de la Cour des comptes sur les finances locales les citent à peine. Une bonne note peut, au mieux, améliorer marginalement les conditions d’emprunt. Aucune étude sérieuse ne permet d’en quantifier précisément l’effet.

En revanche, ce que cette politique a coûté est connu : environ 300 millions d’euros de baisse du stock de dette sous le mandat Payan, pour un encours actuel d’environ 1,3 milliard d’euros.

Faisons un calcul volontairement simplifié pour se faire une idée. Supposons que ce stock reste stabilisé à 1,3 milliard d’euros et que, grâce à la « bonne note », la Ville bénéficie d’une baisse de 0,5 point sur ses futurs taux d’emprunt (hypothèse extrêmement optimiste). Le gain annuel en intérêts serait alors d’environ 6,5 millions d’euros par an.

Ce n’est pas négligeable. Mais cela a coûté 300 millions d’euros. Autrement dit, l’équilibre est atteint au bout d’environ cinquante ans, et encore dans les hypothèses les plus favorables.

La Ville a donc renoncé à mobiliser 300 millions d’euros d’emprunt pour répondre aux besoins immédiats des habitantes et des habitants afin de réaliser un gain hypothétique à très long terme, dépendant de conditions financières incertaines. Si un autre choix avait été fait, nous aurions déjà des cuisines scolaires pour nos enfants, plus d’écoles rénovées et plus d’investissements dans la ville !

Pour conclure la démonstration, laissons la parole au rapport de la Cour des Comptes de juin 2025 indiquant :

Ainsi, alors même que la gestion de la dette et de la trésorerie relève du cœur de métier des directions financières, et que l’exposition au risque d’emprunts complexes dits structurés est désormais faible, plusieurs collectivités contrôlées ont bénéficié d’un accompagnement permanent par un cabinet dans ce domaine. C’est le cas de la commune de Marseille et des départements de la Gironde et de la Dordogne. À Marseille, ces commandes ont été complétées par des marchés d’assistance en finances et fiscalité locales, conclus chaque année avec le même prestataire depuis 2008, auquel a également été confiée la production des rapports d’information budgétaire.

Ainsi, la municipalité Payan est accompagnée par le même cabinet privé que la municipalité Gaudin, traduisant bien la même orientation politique libérale.

Pour la France insoumise, la politique financière menée par Benoît Payan est non seulement libérale et macroniste : elle coûte plus à la Ville qu’elle ne lui rapporte. À l’inverse, faire le choix d’emprunter pour répondre aux besoins sociaux, sans se soumettre aux injonctions politiques des agences de notation est le choix politique de la liste Marseille fière et populaire

 

Commentaires

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  1. Assedix Assedix

    Je ne vois pas texte la moindre raison de voter pour une liste France Insoumise aux municipales puisque quasiment toutes vos propositions sont hors cadre légal et que vous ne pourrez les mettre en place qu’après avoir obtenu le pouvoir au niveau national (et même alors, comme vous le laissez entendre vous-mêmes, il vous faudra encore convaincre des finaceurs d’adhérer à votre programme, ce qui ne semble pas une si mince affaire que vous le prétendez…)
    Concentrez-vous donc sur les municipales 2032 si vous n’avez pas les mains libres à l’heure actuelle !

    En tant qu’ancien électeur LFI ayant gardé malgré tout une forme de sympathie pour ce que représente ce mouvement, je me permets de vous rappeler que vous avez déjà appliqué aux élections européennes la même stratégie consistant à éluder totalement la réalité du mandat que vous briguiez, et que cela a donné des résultats catastrophiques.

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  2. Pascal L Pascal L

    « La bataille décisive se jouera au niveau national, et le poids politique de nos élus locaux y sera déterminant » Pour obtenir quelques postes de sénateurs ?

    Mon ex député M. Mélanchon et son successeur, élus confortablement et avec mes suffrages sont dramatiquement absents du secteur.
    Je me souviens que M. Mélanchon avait dit « je ne me présente pas (ou je ne suis pas là) pour m’occuper des poubelles de Marseille » et pourtant, l’ancrage local est important et il a sa raison d‘être démocratique car c’est en vivant au milieu des croquants que l’on perçoit mieux leurs problèmes et qu’on peut imaginer des solutions.

    Alors OK, M. Bompard ne s’occupe pas de Marseille, il ne vit pas au milieu des ses électeurs, il ne va pas à leur rencontre, c’est son choix. Mais une équipe locale qui se présente aux municipales uniquement en vue des futures campagnes pour les élections nationales, ce ne sera pas mon premier choix.

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  3. julijo julijo

    Assedic, les résultats des élections européennes, ont donné en 2024 : 9.89 % à la liste LFI.
    en 2019, la liste LFI faisait : 6.31 %.
    plus de 3 % de plus.
    l’ensemble de la gauche etait éparpillée.
    en 2024 le groupe “réveiller l’europe” amalgamait glucksman et place publique au ps et obtenait 13.83, en ratissant large.

    de quels résultats catastrophiques parlez vous, Assedic ?
    egalement, les résultats des votes des députés, consultables sur le site du parlement européen, ne me semblent pas, au contraire, engendrer des “résultats catastrophiques”

    par ailleurs, jugez vous le programme en entier, ou parlez vous uniquement des réflexions de l’article ?

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    • Assedix Assedix

      Bonjour Julijo,

      quand je parlais de résultats “catastrophiques”, c’était au résultats du scrutin que je pensais. 9,89% en 2024, cela me paraissait très décevant après les 21% de Mélenchon à la présidentielle (et surtout c’était derrière Glucksmann).

      Pour le reste, je répondais à la ligne générale du texte qui me semble se résumer plus ou moins à ceci: “LFI mènera une politique différente de Payan en recourant à l’emprunt”.

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  4. MarsKaa MarsKaa

    Le danger ici, c’est la droite Vassal Muselier et le RN Allisio. Mobilisons nous d’abord pour qu’ils ne prennent pas la mairie.

    Votre argumentation a du sens, mais confirme simplement qu’au niveau national il faut une rupture, un changement de politique pour que nous puissions voir des améliorations dans nos vies et dans la société.

    Alors que je peux faire partie de vos électeurs et électrices, votre argumentaire ne me convainc absolument pas sur le plan des élections municipales.

    A trop vouloir “gagner sur le PS”, “gagner au national”, vous en oubliez les enjeux locaux.

    Je vote pour l’équipe municipale qui me paraît utile et ambitieuse localement. Au niveau de la ville et de mon secteur, pour moi ce n’est pas la liste LFI. (Dans un autre secteur, ça pourrait).
    Votre billet ne parvient pas à me faire revenir vers LFI. Je regrette que vous vous trompiez de combat.

    Je redoute que les attaques respectives empêchent une union des forces de gauche pour battre la droite qui met tout en œuvre pour prendre la mairie, avec le RN.

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  5. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    Encore de la littérature à charge contre la municipalité sortante, alors que l’adversaire principal est l’extrême-droite accompagnée de son marchepied, la droite locale.

    Franchement, les “insoumis”, essayez de convaincre les abstentionnistes d’aller voter plutôt que de débaucher quelques électeurs de gauche. Je sais, c’est beaucoup plus fatigant.

    Quant à emprunter sans limite (sauf celle que les banques fixeront, évidemment), pourquoi pas si c’est pour investir. En revanche, si c’est pour financer des dépenses de fonctionnement (“gratuité” des transports, maisons de santé, etc.), ce serait vraiment n’importe quoi.

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