[Questions Municipales]

« Piétonnisation » du centre ville : Dernière mascarade avant municipales?

Billet de blog
Enzo Branca
24 Juil 2019 3

Débuté en février dernier, le projet de réaménagement de l'hyper-centre Marseillais et son extravagante communication me posent depuis quelques mois de nombreuses questions ; j'essaye ici, en espérant que cela intéresse quelqu'un, de poser quelques esquisses de réponses. 

Première question : D’où vient ce projet ? Est-il utile? Nécessaire?

  Le 7 janvier 2019, la journaliste Julia Beaufils écrivait « en catimini, la métropole a lancé la concertation d’un projet d’aménagement de l’hyper-centre de Marseille ». Les travaux commencent pourtant déjà, à peine un mois plus tard, en février, et sans attendre le bilan de la concertation. Il semble donc que l’agenda soit particulièrement serré pour ce projet porté par La Métropole Cadre de vie, au sein de #MarseilleChange, au côtés de la requalification de la rocade du Jarret, du Boulevard Urbain Sud, de la Corniche Kennedy et du cours Lieutaud.

L’agenda semble serré pour ce projet mené par la métropole en plein centre de Marseille

Agenda très chargé surtout si l’on compare avec le projet de rénovation du quartier de Noailles, pour lequel il faudra patienter jusqu’au prochain mandat alors qu’une concertation importante était d’ores et déjà menée entre 2014 et 2015.

La métropole est pressée; mais pourquoi donc?

  Pour répondre à cette question, nous ne pouvons nous cacher la prochaine grande échéance à laquelle tou.te.s pensent continuellement : les élections municipales de mars 2020. En terminant une partie de ce chantier d’ici là, le camp sortant (Les Républicains) se trouve plus crédible avec un projet de rénovation important à son actif, et qui pourra être présenté dans le bilan du dernier mandat de M. Jean-Claude Gaudin. Cette hypothèse se renforce notamment au vu de la communication très importante sur ce chantier (Panneaux en continu sur le chantier, maison de chantier, flyers dans les boîtes aux lettres) mais aussi par sa centralité géographique; le projet prenant source au Vieux Port, centre névralgique de Marseille, qui avait déjà servi d’appui à la réélection de M. Jean-Claude Gaudin en 2014 grâce à un autre projet de rénovation.

Nous ne pouvons nous cacher la prochaine échéance : les élections municipales de 2020

Un autre point intéressant n’est autre que la personne portant le projet : puisqu’il s’agit de la métropole, elle n’est autre que Mme Martine Vassal, qui ne cache pas ses ambitions pour ces élections, bien que n’ayant pas annoncé de candidature et ne pouvant cumuler la présidence de la fusion métropole-département à la mairie de Marseille.

Le projet prends logiquement source entre Vieux-Port et Canebière, centre névralgique de Marseille

Piétonniser la Canebière : À quel prix?

  Selon Sabine Bernasconi, maire (LR) des 1er et 7ème arrondissements, la Canebière doit être la colonne vertébrale d’un centre ville apaisé; Il est ainsi logique que l’on retrouve ici un projet centré sur le bas de celle-ci; entre Belsunce et le Vieux-Port, République et Opéra. Mais en rendant totalement piétonne ce tronçon de Canebière, la métropole oblige également la RTM à adapter son réseau, avec la mise en place d’un deuxième pôle bus, sur le cours Jean Ballard, pour compléter celui de Canebière Bourse relativement déchargé.

D’autres lignes sont également modifiées, comme le 83, qui poursuit désormais sa course jusqu’au MuCEM. Le 81, lui, passe désormais par les cours Pierre Puget et Lieutaud, quand au 49, il ajoute le trajet du 57 à un itinéraire déjà conséquent.

La Canebière, colonne vertébrale de cet hyper centre piéton subit la fuite des bus sur son pourtour

La Canebière est l’axe qui sépare deux Marseilles; le Marseille des “Quartiers Nords” et le Marseille des “Quartiers Suds”. Mais en les séparant, elle les unis; c’est l’axe ou chacun.e, peu importe d’où iel vient va se promener, manger, ou passe simplement, comme d’un Marseille à l’autre, de la Joliette à la Plaine, de la Gare à l’Opera, du cours Julien aux Cinq Avenues, de la Belle de Mai au Vieux Port… Car cette frontière, elle a beau se renforcer dans nos esprits avec la haine croissante de notre société, dans notre vie, elle nous importe peu. Et cette Cane-Cane-Cane-Canebière, internationale, qui “finit au bout de la terre”, comme l’écrivait Alibert, c’est la Canebière de tou.te.s les marseillai.se.s.  

La Canebière piétonne semble s’affirmer en frontière invisible au milieu de la ville

Mais ce projet de rénovation de l’hyper-centre vient mettre à mal l’unité aujourd’hui offerte par la Canebière. La première contrainte se situe au niveau des usager.e.s de voitures : la Canebière se transforme pour elleux d’un axe qui permet de passer « d’un Marseille à l’autre » à celui qui les bloquent, telle une ligne imaginaire. Bien sûr, il serait insensé de ne pas envisager la piétonnisation belle et bien nécessaire du centre de la deuxième ville de France sous ce prétexte. Mais vient alors une seconde contrainte ; Cette piétonnisation se voulant totale, elle inclut la suppression des bus sur l’axe. Ainsi, l’implantation de deux pôles bus, l’un destiné aux bus en direction du Nord de la ville (Canebière Bourse) et l’autre en direction du Sud de la ville (Jean Ballard) n’est autre qu’un processus de séparation. Créer un hyper centre piéton et zone de rencontre entre les différents quartiers marseillais est très intéressant. Mais s’il s’agit par la même de couper les flux entre les quartiers, cela est nuisible.

Il convient donc réellement de s’interroger sur ce projet et ses contraintes. D’un côté, il paraît être inclus dans une campagne pré-électorale, comme déjà vu précédemment à de nombreux endroits, en vue des municipales ; d’un autre côté, il vient renforcer la séparation Nord/Sud de la ville par cette frontière imaginaire qu’est la Canebière. Il nous faut donc chercher à le comprendre et nous exprimer quant à celui-ci. Et vous, quelles questions vous pose ce projet?

Enzo Branca

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Commentaires

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  1. Electeur du 8eElecteur du 8e

    La piétonnisation de l’hypercentre de Marseille, promise depuis (au moins) les élections municipales de 2008 et réalisée (à la hâte) à la veille de celles de 2020, devrait être, non une fin en soi, mais un élément d’une politique urbaine globale.

    Plaquer une zone piétonne sur un quartier tout en réduisant le prix des parkings souterrains dans le même quartier, ce qui revient à encourager l’usage de la voiture, ça me pose d’emblée un problème de cohérence.

    D’une politique urbaine globale, on attendrait une réflexion sur les prérequis et les conséquences de la piétonnisation, dans le quartier concerné et autour de lui. Quelle place pour la voiture, et quel développement des parkings relais en périphérie ? Quels travaux de voirie pour rendre plus efficace le réseau de bus ? En amont, quelle remise à plat de ce réseau – dont l’architecture correspond à la ville d’il y a plusieurs décennies – plutôt qu’un Nième replâtrage à la marge en forme « d’adaptation » forcée ? Quelle politique d’urbanisme, qu’il s’agisse des ravalements d’immeubles, des normes esthétiques des devantures commerciales, de la réhabilitation de l’habitat dégradé…

    Se vanter en 2020 d’avoir fait une opération cosmétique sans avoir répondu aux questions de fond (de même que certains passent un coup de peinture sur des façades d’immeubles sans se préoccuper de l’état du gros oeuvre…) sera peut-être un peu court.

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  2. Philippe LamottePhilippe Lamotte

    Ah, ce Gaudin et son équipe de sa majorité, quels galéjeurs ! Ils tchatchent, ils tchatchent pour la galerie et estramassent Marseille en sous-main avec des chantiers et des réalisations de chapacans. Si tu veux un hyper-centre piéton, faudrait d’abord prendre le temps d’informer pleinement et de consulter TOUS ses usagers. « Aujourd’hui peut-être ou alors demain ! », soit aux calendes grecques. Qué timouques en bois de balsa !

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  3. Raymond DayetRaymond Dayet

    Tout cela n’abusera personne. Ce bout de piétonnisation n’a aucun sens s’il ne s’inscrit pas dans une logique globale. En l’état, il ne s’agit que d’une opération de communication. On a malheureusement l’habitude. Caselli, ancien Président de la CUM, a fait la même chose avec le Vieux-Port. Un projet à la hâte que lui avait imposé Gaudin. Vous avez vu le résultat aujourd’hui? C’est un rond-point où il est absolument impossible de se balader entre les voitures , les bus, les cars et les taxis qui crachent leur fumée. Cette grande place complètement minérale sans vie, sans arbre, sans ombre, sans banc a été faite en dépit du bon sens. Les pavés sont déja complètement défoncés et craceux. C’est une horreur. L’ ombrière est devenue un refuge pour les gens qui attendent d’embarquer pour le Frioul. C’est n’importe quoi. Monsieur Caselli nous a laissé en héritage un espèce de truc qui ressemble à rien. Madame Vassal va finir le travail…

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