Les pelleteuses s’attaquent au centre-ville sans attendre le bilan de la concertation

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Julien Vinzent_
26 Fév 2019 2

Cette semaine, les élus métropolitains débattront du bilan de la concertation autour du projet de piétonnisation d'une partie du centre-ville de Marseille, dont la Canebière. Mais les travaux ont déjà démarré, symbole d'un chantier sensible mené au pas de charge avant les élections.

Le cours Jean-Ballard, où le terminus de certains bus sera déplacé, est le premier concerné par les travaux.

Le cours Jean-Ballard, où le terminus de certains bus sera déplacé, est le premier concerné par les travaux.

Du bruit, de la poussière, des voies de circulation barrées par des palissades… Seraient-ce déjà des travaux ? En janvier, Marsactu détaillait les enjeux du vaste projet de “requalification des espaces publics” de l’hyper-centre de Marseille, alors soumis à concertation publique. Dès la fin de cette phase d’information, début février, les engins de chantier sont entrés en action dans les rues autour du Vieux-Port.

Et ce, sans attendre le bilan de la concertation, qui sera soumis au vote des élus du conseil de territoire Marseille Provence ce mardi. Interrogée sur ce calendrier au pas de charge, la maire LR des 1er et 7e arrondissements, Sabine Bernasconi soutient que “les travaux n’ont pas démarré”. La métropole, en charge du projet, s’est bornée à nous confirmer qu’il s’agit de la phase préparatoire de dévoiement des réseaux, en attendant une communication ultérieure par la présidente Martine Vassal en personne.

“Un loupé” de communication

“Même si ce sont des travaux de réseaux, pour nous les travaux ont commencé”, estime Guillaume Sicard, président de la fédération d’associations de commerçants Marseille centre, qui compte bien faire remonter son agacement lors d’une réunion ce mercredi avec les services de la métropole. Parmi les demandes, la nomination “d’un médiateur”, c’est-à-dire une personne identifiée avec un numéro de portable pour faire le lien avec les usagers. Un dispositif classique, surtout pour un chantier évalué à 60 millions d’euros sur plusieurs années.

Tout au contraire, les premiers coups de pelleteuse donnés cours Jean-Ballard l’ont été sans aucun panneau ni tour des restaurateurs. “Pour Jean-Ballard, c’est un premier loupé, concède Sabine Bernasconi, mais on a rectifié dans la journée même. Les services de la métropole sont en train de construire un plan de communication avec notamment des flyers dans les boîtes à lettres.” Quant à la “madame chantier”, puisque ce sera une femme, “elle arrive”. Dans les temps, puisque “les travaux n’ont pas commencé”

Passé le vœu d’un déroulement serein, Marseille centre se montre enthousiaste envers l’objectif de piétonnisation d’une large zone, à commencer par le bas de la Canebière. “Ça râle un peu parce que la communication a été tardive, mais l’essentiel c’est que ça aille dans le bon sens”, abonde Nicole Richard-Verspieren, vice-présidente de la chambre de commerce et d’industrie en charge du commerce.

Concertation resserrée

Avec d’autres acteurs économiques, ils ont présenté une contribution commune et sont depuis conviés par la métropole à des réunions pour entrer dans le détail : aires de livraison, stationnement, conteneurs enterrés, tarifs des parkings souterrains… De même, le collectif Vélos en ville (CVV) a eu l’agréable surprise de découvrir le projet quelques semaines en amont de la réunion publique de lancement. “Ce n’est pas du tout la coutume, lors du réaménagement du Vieux-Port il avait fallu batailler pour avoir les plans, commente Cyril Pimentel, coordinateur du CVV. Sabine Bernasconi nous avait identifiés après plusieurs actions autour de la Canebière et depuis nous dialoguons en continu.”

À lire aussi : Piétons, voitures, bus, vélos, bancs… Décryptage des enjeux du projet

Une forme de co-construction, mais par intermédiaires choisis, hors du cadre grand public. Le niveau de détail des documents rendus publics fin décembre est quant à lui limité. Face aux critiques de la maire des 2e et 3e arrondissements Lisette Narducci, le sort du secteur de l’hôtel de Ville a toutefois fait l’objet d’un traitement à part avec deux réunions dédiées. “Il nous semble difficile de considérer cette présentation comme une véritable concertation, dans la mesure où aucun plan de circulation n’est présenté, ni aucun élément concernant la gestion urbaine de proximité”, estime le conseil citoyen des 1er et 6e arrondissements, dans une contribution écrite. Parmi les manques relevés figure aussi l’impact du report de la circulation sur les alentours.

D’autant plus que les appels d’offres étaient alors déjà lancés, souligne cette instance composée d’habitants volontaires et pour une part tirés au sort. Titulaire du marché public de pilotage du chantier, signé en février 2018, le groupement Tangram – Ingerop – Michel Desvignes était d’ailleurs censé mener une concertation dès la fin des premières études. Autrement dit au printemps dernier, à temps pour reprendre les études en fonction des échanges.

Ce calendrier prévoyait une concertation au bout de trois mois, soit en mai 2018 et un lancement des appels d’offres de travaux à l’issue, en septembre.

“Je ne connais pas les termes exacts du marché, nous a répondu Sabine Bernasconi, en l’absence de retour de la métropole. Mais ce projet, les Marseillais ne le découvrent pas, cela fait deux ans que l’on en parle, avec les Dimanches de la Canebière comme une préfiguration. Et la concertation, nous la menons depuis quatre ans, avec un travail de fond, d’écoute, au quotidien avec les associations.”

Même si Nicole Richard-Verspieren veut croire qu’il reste “des marges de discussion”, le lancement des travaux préparatoires n’augure que des évolutions à la marge. Il faut dire que la contrainte de planning est impérieuse : “On s’est toujours engagé à le faire avant fin 2019”, rappelle Sabine Bernasconi. “Un calendrier électoral pour être réélue sur un bilan”, cingle Christian Pellicani, élu communiste de secteur et conseiller métropolitain. “Vous ne croyez pas qu’il est temps d’accélérer la cadence pour faire évoluer le centre-ville, maintenant qu’on en a les moyens grâce au département ?”, rétorque la maire des 1er et 7e arrondissements.

Sans être naïf sur les motivations de cette tenue stricte du calendrier, Guillaume Sicard y voit un gage de fiabilité. Il souligne toutefois le défi qui se profile, passé le coupage de rubans : basé sur une réorganisation importante de la gestion de l’espace public (bornes, livraisons etc.) “le projet ne peut fonctionner que si tout le monde respecte les règles. Et donc si une cellule assure le suivi et sanctionne.” Une question pour après les élections.

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