Piétonnisation de l’hyper centre de Marseille : sept clés pour cerner un projet encore flou

Actualité
Julia Beaufils
7 Jan 2019 27

En catimini, la métropole a lancé la concertation d'un projet d'aménagement de l'hyper-centre de Marseille. L'argument clef est la piétonnisation d'une partie des voies qui entourent la Canebière. Revue en sept points d'un projet encore flou.

Vue aérienne des changements proposés par le plan de requalification du centre-ville de Marseille.

Vue aérienne des changements proposés par le plan de requalification du centre-ville de Marseille.

« La piétonisation de 22 hectares du centre-ville », c’est le slogan de la métropole Aix-Marseille Provence. Porté actuellement à la concertation, ce projet de réaménagement de l’hyper-centre majoritairement financé par le département se résume pour l’heure à des grands principes structurants. Mais le détail des aménagements pour « rendre aux habitants un centre-ville apaisé » reste à écrire. Revue de détails en sept points.

1- La Canebière piétonne jusqu’au cours Lieutaud

Pour la maire de secteur (LR) et vice-présidente du département, Sabine Bernasconi, « piétonniser la Canebière est un projet à l’étude depuis plusieurs années maintenant, en concertation avec de nombreux collectifs, associations, commerçants… » Elle expose que l’interdiction d’accès aux voitures durant les « dimanches de la Canebière », évènement culturel mensuel lancé en 2017, a permis de projeter une « vision idéale d’un nouveau centre-ville dans lequel la voiture n’a pas sa place« . L’expert du cabinet d’architectes Tangram appuie cette volonté et soutient que le flux de voitures « n’est que très faible dans cette zone, à raison de 410 voitures par heure« . Cela date de la mise en sens unique de la Canebière en 2012.

Images de la Canebière avant/après proposées au sein du projet de requalification du centre-ville.

Cependant, seule la partie basse jusqu’au croisement avec le boulevard d’Athènes serait interdite aux voitures. « Pourquoi ne pas s’occuper de la Canebière dans son ensemble ? Pourquoi s’arrêter au cours Lieutaud ?« , s’interroge une femme lors de la réunion de concertation du 18 décembre. La maire de secteur rétorque que « malgré la volonté de la municipalité d’une piétonnisation totale, aucune étude ne peut être effectuée sur le réaménagement de la section haute » pour l’heure. Elle la lie en effet à l’achèvement des travaux du futur cinéma, qui devrait voir le jour à la place de l’ancienne mairie aux Réformés.

2- Ailleurs, le piéton grignote sur la voiture

Cette requalification, qui s’inscrit dans le cadre du projet « ambition centre-ville« , promet « un meilleur partage de l’espace public au profit des piétons et des modes doux de déplacement ». Pour Sabine Bernasconi, maire de secteur, ce projet c’est la « volonté de pousser les gens à ne plus venir en voiture dans le centre-ville« . Les élus proposent de « faciliter les modes de stationnement en sous-sol » ; c’est-à-dire de favoriser les parkings souterrains, afin de désengorger les routes. Pour atteindre cet objectif, le président du conseil de territoire, Jean Montagnac déclare en conférence de presse que la requalification du centre-ville « modifiera la trame circulatoire existante« . En d’autres termes : le sens de circulation de certaines rues va être inversé et certaines parties vont être fermées aux voitures.

Le quartier de l’Opéra devient lui aussi piéton.

Les aires piétonnes proposées par le projet de requalification du centre-ville.

Des zones dites « de rencontre », où la vitesse est abaissée à 20km/h pour les véhicules à moteurs, notamment le cours Belsunce.

Les zones de rencontre proposées par le projet de requalification du centre-ville.

Des voies « circulées », où la vitesse serait également abaissée à 30 km/h. Cela concerne le Vieux-port, la rue Vacon ou la rue Paradis (le trafic ne déboucherait alors plus en face du Palais de la Bourse mais tournerait auparavant vers le Vieux-port).

Les voies « circulées » proposées par le projet de requalification du centre-ville.

A l’arrivée, cela dessine une zone autour du Vieux-port dans laquelle les 50 km/h seraient proscrits.

Le schéma légendé des différentes zones de circulation que propose le projet de requalification.

Cette requalification des flux routiers dans le centre-ville de Marseille n’est pas du goût de tous. En effet, lors de la concertation publique au Pharo, une habitante de la rue Caisserie se lamentait de voir une « Canebière apaisée au détriment d’autres quartiers« . Selon elle, les flux de véhicules ne seraient que déplacés et se reconcentreraient notamment dans son secteur, c’est-à-dire la rue Caisserie qui va de la rue de la République à la place de Lenche.

3- Un nouveau réseau de pistes cyclables encore flou

En regard l’accent est mis sur des déplacements qualifiés de « doux » comme le vélo. Est annoncé un réseau de pistes cyclables qui encouragerait les habitants, et les touristes, à choisir le vélo comme mode de transport. Pour la maire des 1er et 7e arrondissements il est nécessaire de créer des circuits utiles car « il faut bien aller quelque part avec ces pistes », ironise-t-elle durant la séance de concertation. « Un maillage cohérent de pistes cyclables » serait à l’étude et inclurait « des parcours d’utilité qui assureraient des itinéraires pratiques et fonctionnels » annonce la maire de secteur.

Pourtant Cyril Pimentel estime que si ce projet va dans « le bon sens », il ne va pas à la bonne vitesse« . Il rappelle que Marseille reste en retard sur ces questions par rapport à d’autres grandes villes françaises : « si l’écart était de 30 ans il y a 10 ans, maintenant la ville a un retard de quasiment 40 ans en comparaison avec des villes comme Lyon ou Paris« .  Il insiste sur « l’effet d’annonce de la mesure » et ajoute qu’aucun plan de ce nouveau réseau n’est mis à disposition du public. Propos justifiés par Sabine Bernasconi qui explique « qu’une carte est en cours d’élaboration ». Aucune ébauche n’est donc disponible malgré l’existence depuis 2013 d’un « schéma directeur des modes doux » inclus dans le plan de déplacements urbains de la métropole. Celui-ci liste pourtant déjà les « itinéraires structurants » d’une politique vélo.

Elle précise tout de même que les vélos pourraient emprunter ces « itinéraires d’utilités » mais également circuler librement sur les zones piétonnisées. « Le seul point délicat en cours de négociation avec la régie des transports marseillais serait la possibilité pour les cyclistes d’emprunter les couloirs de tramways« , conclut-elle. Sur le registre de l’exposition publique de la mairie du 1er et 7e arrondissements certains citoyens préconisent pourtant « d’éviter les conflits d’usage avec les piétons et les voitures » et ajoutent qu’il « faudra éviter de refaire les mêmes erreurs que rue Paradis où la bande cyclable n’est pas visible et dangereuse ».

4- Des bus vont changer de chemin

Qui dit piétonnisation de la Canebière, dit déviation des bus qui y passaient jusqu’à présent. Mais pour l’instant, cela reste assez flou. La RTM renvoie vers la métropole qui elle-même n’apporte pas de précisions à ce sujet. Lors de la concertation du 18 décembre, une voix s’est élevée dans l’hémicycle : « si la ligne 81, qui passe sur la Canebière, ne peut plus y passer, demande une dame âgée, la voix tremblante. Comment je fais moi pour aller à l’Alcazar ou voir mon fils qui habite aux Réformés ? » Elle indique à l’assemblée présente qu’elle habite vers Endoume. Pour l’octogénaire, le 81 était un moyen direct et peu fatiguant de se déplacer en centre-ville. En réponse Sabine Bernasconi confirme l’arrêt du passage du bus 81 sur la Canebière et tente de rassurer l’intéressée en évoquant qu’une « réflexion est en cours sur le développement d’un service de navettes électriques de type « diablines » (en place à Aix-en-Provence).

Le seul élément net du projet consiste en la répartition des terminus en deux pôles. Celui devant le centre Bourse est conservé et un second voit le jour au niveau du cours Jean-Ballard. Pour le reste, il faudra attendre.

5- D’obligatoires aménagements de sécurité

Le contexte terroriste a durci les aménagements de sécurité nécessaires autour d’un espace piéton. « Des bornes de sécurité seront intégrées à cette requalification pour permettre de sécuriser de manière simple« , a expliqué Sabine Bernasconi à La Provence. Sans plus de détails pour l’heure.

6- L’aménagement de l’espace dégagé par les voitures reste à écrire

« Les principes fonctionnels méritent d’être débattus ». La mairie des 1e et 7e arrondissements ne « s’interdit rien ». L’espace dégagé par les voitures ne compte guère que quelques arbres supplémentaires. « Il n’y a rien qui est pensé pour les commerçants dans vos images de présentation ! Où sont les aménagements en faveur des commerçants ? », s’est énervée une professionnelle lors de la réunion du 18 décembre. Quelques terrasses devraient voir le jour, déclare la maire de secteur qui aimerait aussi « des animations à l’initiative d’associations » sans plus de précisions pour l’heure.

Proposition de plans de la partie basse de la Canebière dans le cadre du projet de requalification du centre-ville.

7- Un calendrier à affiner

Dans le dossier de presse une note en gras rappelle que « le planning des travaux sera ajusté aux actions mises en œuvre dans le cadre de la stratégie territoriale de lutte contre l’habitat indigne et dégradé présenté le 28 novembre dernier par Martine Vassal« . Une note, qui selon Sabine Bernasconi, a effectivement été ajoutée « au dernier moment« . Pour justifier cet ajout l’élue annonce qu’un « diagnostic systématique de l’état des immeubles » sera effectué.

Ce projet qui semble encore au stade des esquisses est pourtant programmé pour démarrer dès le printemps. « Hors de question que les gens découvrent les aménagements, assure Lisette Narducci, Il faut que le projet s’accomplisse avec l’accord des habitants« . La « concertation préalable« , ouverte jusqu’au 5 février est pourtant la seule prévue à ce stade.

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