[En allant aux Catalans] Brassage social à distance
L'écrivain et sociologue José Rose fréquente assidûment la plage des Catalans. Il y a glané quelques scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes, qu'il relate en dix épisodes.
Le Cercle des nageurs, en surplomb de la plage des Catalans. (Photo : VA)
Ah, Les Catalans ! C’est régalant, les Catalans. Ça donne de l’allant, de l’élan, les Catalans. Alors, bienvenue aux Catalans, LA première plage de la Corniche, à deux grands pas du Vieux-Port. Lieu de détente et d’observation, de vie aussi, de vies séparées et partagées. Habitués ou égarés, adeptes de la baignade ou du farniente, sportifs ou éméchés, solitaires ou en tribu : chacun trouve ici sa place.
Des publics variés se succèdent ainsi au fil du jour et des saisons et il suffit de tendre les oreilles et les yeux pour que surgissent des scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes. En voici quelques-unes glanées au fil du temps et saisies comme des instantanés, des saveurs fugaces, des miettes de vie, des galets polis, des bois flottés.
À chaque classe son niveau. En bas le tout-venant, en haut les membres du Club sélect. Les uns cultivent l’entre-soi, les autres supportent la promiscuité. Mais s’il y a sans doute, de part et d’autre, des regards d’envie ou de moquerie, d’indifférence aussi, tous partagent le même plaisir de l’eau et du soleil. Ici, on se côtoie en gardant ses distances. À la marseillaise.
En surplomb de la plage tous publics, dominent donc les bâtiments du Cercle des nageurs de Marseille, cette institution centenaire dirigée par un président qui s’approche tranquillement du record de longévité au poste (40 ans !) détenu par un de ses prédécesseurs. Cette association — logo triangle jaune et bleu avec mouette — a été créée en 1921 sous l’impulsion d’un nageur revenant des J.O. d’Anvers. Elle s’est donnée pour but de “propager parmi ses membres, et plus particulièrement parmi la jeunesse, l’enseignement du sport” et elle essaye “de porter les valeurs de l’olympisme et de la vertu sportive au firmament, et ce, dans un esprit fraternel qui fait du Cercle plus qu’un club sportif, une véritable famille“.
Les équipements de ce lieu de distinction abondent : bassin olympique couvert, bassins 25 m couverts et extérieurs, salle de musculation, sauna, terrain de beach-volley, restaurant panoramique, restaurant bar-snack, salle de séminaire, terrain de water-polo en pleine mer. Ici, on nage, on s’entretient, on se restaure, on fait connaissance ou des affaires et on s’équipe de produits estampillés CNM. L’entrée est règlementée, même si le cercle est beaucoup plus ouvert qu’on ne le dit car “il y a aussi des gens modestes parmi nous”, aiment dire les fidèles. Des héritiers aussi. On l’imagine, car, pour être accepté, il convient de rédiger une lettre de motivation — le parrainage de deux membres du Cercle ayant de l’ancienneté et attestant de la bonne moralité de l’impétrant ne semble plus être de mise si l’on en croit le site — et de verser 1 820 euros par an (moitié moins pour les étudiants et tarif dégressif avec l’ancienneté) après avoir payé 2 500 euros de
droit d’admission.
Moyennant quoi, on profite à foison des installations à condition simplement de respecter les règles de cohérence et d’harmonie du site. De la règle n°1 — Le monokini est autorisé uniquement sur les gradins du bassin extérieur — à la règle n°10 — Merci de respecter la quiétude du lieu (éviter musique, cris, téléphone, etc.) — en passant par des règles évoquant les mesures d’hygiène, la tenue correcte aux restaurants, les cendriers, le respect et divers interdits (pique-nique sur les terrasses, paddle, transats) tout étant mis aux normes CNM. Pour le bien-être de tous naturellement.
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