À Marseille, l' »ancien monde » ne craint plus La République en marche

Reportage
Marsactu et Mediapart
18 Oct 2018 16

Aux législatives de 2017, une « marcheuse » venue de nulle part créait la surprise dans la deuxième circonscription des Bouches-du-Rhône, en ravissant l’un des fiefs de la droite locale. Mais un an et demi plus tard, à Marseille, les enfants du macronisme peinent à s’imposer sur un échiquier politique vieux de quarante ans. Les déceptions sont grandes. Et l’« ancien monde » prépare sa revanche. Premier volet d’une série de reportages réalisés en partenariat avec Mediapart.

Dominique Tian et Claire Pitollat, sur le Vieux-Port. Photo : Ellen Salvi.

Dominique Tian et Claire Pitollat, sur le Vieux-Port. Photo : Ellen Salvi.

Poignées de main chaleureuses, cigarillo aux lèvres, petites blagues décontractées, Dominique Tian est ici chez lui et il entend bien le montrer. Vendredi 12 octobre, sur le Vieux-Port de Marseille, l’ancien député Les Républicains (LR) vient de retrouver Claire Pitollat, qui lui a ravi en juin 2017, sous l’étiquette La République en marche (LREM), la deuxième circonscription des Bouches-du-Rhône, dans laquelle il était élu depuis près de 15 ans.

Les deux anciens adversaires s’apprêtent à embarquer pour l’île du Frioul, où ils assisteront à la présentation d’un projet numérique développé par de jeunes codeurs, dans le cadre d’un événement plus large organisé pendant deux jours par l’antenne régionale de Pôle Emploi. Un an après les élections législatives qui les ont vus s’opposer, Dominique Tian et Claire Pitollat se connaissent encore mal. Ils appartiennent désormais au même monde, partagent parfois les mêmes idées, mais affichent un CV radicalement opposé.

Le cumulard contre la novice

L’un est élu depuis 1988 dans le département, il y a longtemps cumulé les mandats et occupe aujourd’hui encore le poste de premier adjoint au maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin. L’autre ne s’était jamais engagée politiquement avant fin 2016, date à laquelle elle a poussé pour la première fois la porte d’un comité local d’En Marche !, convaincue par l’appel lancé par Emmanuel Macron à la fameuse « société civile ».

Ingénieure dans le secteur de l’énergie, Claire Pitollat travaillait à l’époque pour un centre d’ingénierie des centrales nucléaires d’EDF, basé à Marseille. Une casquette qui aurait pu être compliquée à coiffer pendant la campagne, quand il s’agissait de porter le volet écologique du projet présidentiel, mais la jeune femme, aujourd’hui âgée de 39 ans, n’a finalement pas eu besoin de se justifier, tant elle s’est peu exprimée au cours de cette période.

Claire Pitollat, sur l’île du Frioul, le 12 octobre. Photo : Ellen Salvi.

Arrivée de nulle part

« Je n’avais pas de passé politique et aucun bilan à défendre, cette campagne s’est donc surtout soldée par beaucoup d’écoute », explique-t-elle. La députée ne s’en cache pas : elle est arrivée de nulle part. Sa candidature, elle l’a envoyée après avoir visionné une vidéo d’Emmanuel Macron priant les femmes de ne pas s’autocensurer. Son investiture, ce sont les journalistes de Marsactu qui la lui ont apprise. Tout le reste s’est enchaîné à grande vitesse, sans équipe véritablement constituée et dans l’improvisation la plus totale.

Et pourtant, le 11 juin 2017, au soir du premier tour des législatives, la jeune femme a découvert, stupéfaite, qu’elle devançait largement Dominique Tian, en engrangeant 36,49 % des suffrages exprimés, contre 25,22 % pour le député LR sortant. Dans la circonscription historique du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, terre où la droite a sédimenté depuis des dizaines d’années, ces résultats en ont laissé plus d’un abasourdis. « On a été très surpris par les résultats du premier tour, reconnaît Dominique Tian. On s’attendait à ce qu’il y ait de la perte en ligne, mais à ce point… On partait de haut. »

La Faute à Fillon

La surprise a été d’autant plus grande que deux mois plus tôt, les électeurs des 7ème et 8ème arrondissements de Marseille, qui couvrent, le long du littoral méditerranéen, les quartiers sud de la deuxième circonscription des Bouches-du-Rhône, avaient permis à François Fillon de réaliser quelques-uns de ses plus jolis scores au premier tour de la présidentielle. Arrivé en tête devant Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le candidat LR avait tutoyé les 30 % de suffrages exprimés dans bon nombre de bureaux de vote, alors qu’il dépassait péniblement la barre des 20 % au niveau national.

C’est pourtant sur les épaules de l’ancien premier ministre que repose la défaite de Dominique Tian quelques semaines plus tard, si l’on en croit le principal intéressé. « Les électeurs de droite étaient lassés par la campagne de Fillon, estime le premier adjoint au maire de Marseille. Ils s’étaient beaucoup mobilisés pour lui et ont été d’autant plus déçus par le résultat de la présidentielle. Ils ont voulu tenter l’expérience Macron, qui leur paraissait plus moderne et quand même à droite. Il y a eu ici un phénomène de vote utile : il fallait donner une chance au nouveau président. »

« Le pouvoir politique des petits fours »

Pour la conseillère municipale et métropolitaine socialiste Annie Levy-Mozziconacci, un temps pressentie pour être soutenue par les macronistes, mais finalement elle aussi candidate malheureuse dans la circonscription sous les couleurs du PS, la victoire de Claire Pitollat s’explique surtout par le fait que le « système Tian était affaibli ». « Les électeurs voulaient bousculer cette routine des nantis qui utilisent le pouvoir politique de petits fours en petits fours », affirme-t-elle, rappelant en outre que le candidat LR souffrait, comme François Fillon, d’une « image vérolée ».

Condamné fin janvier 2018 à un an de prison avec sursis, trois ans d’inéligibilité et une amende de 1,45 million d’euros, pour « blanchiment de fraude fiscale » et « déclaration mensongère de patrimoine » – il a fait appel de cette décision –, l’ancien député, connu pour être un pourfendeur de la fraude aux allocations chômage et familiale, reste persuadé qu’il n’y a pas eu de « rejet de [sa] candidature », « quasiment personne » ne lui ayant parlé de sa situation personnelle pendant la campagne. « Nous sommes dans une ville de négociants, tout le monde sait que ça arrive d’avoir des problèmes fiscaux », assure-t-il.

L’indicateur des réseaux de bus

Quelle qu’en soit sa nature, l’envie de changement, lourdement exprimée dans les urnes en juin 2017, a été mal anticipée par la droite. « Il y avait dans cette circonscription le même immobilisme que dans le reste de la ville, indique Claire Pitollat. J’ai grandi ici et j’en suis ensuite partie pour travailler un peu partout, à Paris, à Lyon, à Toulouse. Quand je suis revenue, même les réseaux de bus n’avaient pas changé. C’était les mêmes qu’il y a 15 ans ! »

La suppléante de Dominique Tian, maire des 1/7 arrondissements. Photo : Ellen Salvi.

Ancienne suppléante de Dominique Tian, la maire LR des 1er et 7ème arrondissements de Marseille, Sabine Bernasconi, considère pour sa part que « c’est le basculement du vote bourgeois qui a fait gagner la députée En Marche! ». Convaincue que l’entrée au gouvernement de personnalités de droite – Édouard Philippe à Matignon ; Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy – a rassuré les électeurs traditionnels de LR, l’élue explique que « la suppression de l’ISF, un symbole pour notre électorat, a sans doute aussi beaucoup compté ».

« Isolat de richesse et de bourgeoisie »

Si l’édile parle de « vote bourgeois », c’est que ce dernier est essentiel pour comprendre les dynamiques politiques de la deuxième circonscription des Bouches-du-Rhône, l’une des plus aisées du département. Comme le rappelle l’anthropologue Michel Peraldi, coauteur du livre Sociologie de Marseille (Éd. La Découverte, 2015), les 7ème et 8ème arrondissements constituent un « isolat de richesse et de bourgeoisie » au cœur de la ville.

Y cohabitent, selon ses observations, trois types de catégorie sociale : les « anciennes bourgeoisies qui avaient un temps déserté et qui ont aujourd’hui retrouvé de la splendeur grâce à la flambée du foncier » ; une « population qui a acquis des biens dans les dix dernières années », sorte de « bourgeoisie d’affaires », où l’on retrouve notamment des avocats et des médecins ; et enfin une « classe moyenne supérieure », composée de cadres médicaux ou de chercheurs, récemment installée à Marseille.

« Nos enfants veulent voter Macron »

Pour le chercheur, ce vivier d’électeurs « se reconnaît dans l’idéal néo-libéral » d’Emmanuel Macron et croit en « cette utopie qui consiste à penser que la France peut se gérer comme une entreprise ». « Le système politique marseillais ne représente plus ces catégories sociales, affirme-t-il encore. Même Jean-Claude Gaudin est largué de ce point de vue-là. C’est la droite des notaires, celle de Macron, contre la droite des promoteurs immobiliers, celle de Gaudin. » Dominique Tian estime lui aussi que le « renouvellement urbain » a joué sur l’élection : « Il y a eu un effet de mode. J’ai entendu pas mal de parents me dire : “On t’aime beaucoup, mais nos enfants veulent voter Macron…”« 

Ces enfants du macronisme, Jean-Marc Maini les a vu subitement apparaître lorsqu’il a créé le comité LREM du 8ème arrondissement. Issu des rangs du Parti socialiste – « tendance Le Guen/Collomb », précise-t-il –, ce « marcheur » de la première heure a travaillé des semaines durant aux côtés de jeunes qui n’avaient « jamais fait de politique avant ». Il y avait certes dans son équipe quelques personnes venues de l’UDI ou du MoDem, mais le gros des troupes était selon lui « plutôt de centre gauche ».

Le désamour En marche

L’homme de 57 ans parle encore de la campagne présidentielle avec des étoiles dans les yeux. Il évoque le bouillonnement d’idées, les réunions publiques bondées, les remontées de terrain prises en compte par le candidat en personne, l’engagement citoyen hors norme, l’espoir retrouvé des déçus de la politique… Mais un an et demi plus tard, le constat est amer. « On galère… souffle-t-il. On a perdu beaucoup de monde dans les comités, notamment à cause de certaines orientations comme la CSG et la baisse des APL. »

Les problèmes ont commencé à l’automne 2017. Depuis, ce cadre de la SNCF, syndiqué à l’UNSA Ferroviaire – le 22 mars, il manifestait d’ailleurs dans les rues de Marseille contre la réforme du rail –, a beaucoup ralenti le rythme des « tractages », parce que « les thèmes [le] gonflaient », mais aussi « faute de combattants ». « On avait du mal à mobiliser, mais les choses commencent à aller mieux depuis le plan pauvreté, assure-t-il. Les gens tendent de nouveau l’oreille. Ils reviennent… Bon d’accord, ils reviennent sur la pointe des pieds, mais ils reviennent quand même. »

L’élue socialiste Annie Levy-Mozziconacci, qui a longtemps travaillé aux côtés de Jean-Marc Maini – resté son suppléant pour les législatives par « fidélité » –, n’en est pas franchement convaincue. « Toutes les personnes qui étaient parties vers En Marche! sont en train de revenir vers mon association “Innovons pour Marseille Métropole”, avance-t-elle. Elles sont déçues de ne pas avoir ce qu’elles attendaient… » Cette déception est palpable chez bon nombre de personnes qui se disent de centre gauche et qui ont fait confiance à Emmanuel Macron en 2017.

« Macron est en train de recréer l’UDF »

C’est notamment le cas de ce petit patron du 8ème arrondissement, que nous rencontrons dans le quartier de la Pointe Rouge, et qui, tout en demandant à conserver l’anonymat, laisse éclater sa « colère » face aux politiques menées depuis le début du quinquennat. Lui qui avait soutenu le candidat d’En Marche !, allant même jusqu’à « donner une petite obole » au mouvement, estime aujourd’hui que « Macron est en train de recréer l’UDF, une droite modérée avec quelques alibis sociaux, mais enfin, une droite quand même ». « Je n’avais pas compris qu’on allait d’emblée supprimer l’ISF, s’agace-t-il. Moi, j’avais plutôt retenu la suppression de la taxe d’habitation… »

Voilà pour le côté pile. Côté face, les choses ne sont guère plus reluisantes, si l’on en croit la maire LR de secteur, Sabine Bernasconi. « Les gens de droite sont eux aussi un peu déçus par Emmanuel Macron, affirme-t-elle. Quand ils voient comment les choses se passent… Ils se disent que lui ou un autre finalement, c’est pareil. » À ces problématiques directement liées à l’image du président de la République et à l’action politique de l’exécutif, s’ajoute l’absence totale de structuration au niveau local, que l’on observe un peu partout en France.

« Centralisme et verticalité »

« Ce retard dans la structuration d’En Marche! n’aide pas, reconnaît la députée LREM, Claire Pitollat. Les militants ont besoin de débattre. Il nous faut une vie de parti et il est clair que nous ne l’avons pas aujourd’hui. En l’absence d’élan collectif, le doute s’installe forcément… » Jean-Marc Maini explique lui aussi que « la base se plaint du centralisme et de la verticalité » du mouvement : « Il y a eu une coupure entre le national et le local après la présidentielle. Ils sont devenus intouchables là-haut. Il faut qu’ils lâchent un peu la bride… »

Les difficultés du parti présidentiel sur le terrain font forcément sourire les victimes du raz-de-marée de 2017. Pour Dominique Tian, le constat est limpide : « L’expérience Macron est un échec. » « Ils ont bien réussi leur hold-up national, mais ils n’ont aucune colonne vertébrale, glisse-t-il. C’est un monde idéal qui ne correspond pas à la vie politique. Toutes les décisions viennent d’en haut et en plus, ils ne s’aiment pas trop entre eux. »

« Diagnostic, analyse, préconisation »

Dans les Bouches-du-Rhône, LREM a en effet récemment connu des tensions personnelles, à la suite du départ forcé de la référente départementale, Corinne Versini. Candidate malheureuse aux législatives face à Jean-Luc Mélenchon, aujourd’hui membre du conseil présidentiel des villes, cette cheffe d’entreprise souhaite désormais poursuivre autrement la démarche engagée par Emmanuel Macron, qu’elle résume par le triptyque « diagnostic, analyse, préconisation ». Mais « tant qu’on n’ira pas sur le terrain, ça ne marchera pas », explique-t-elle, pointant notamment les députés de Marseille qui n’y seraient à l’entendre « jamais ».

Cette invisibilité des parlementaires de la majorité revient en boucle dans toutes les conversations. « Ils sont très institutionnalisés, ils travaillent sur les grands sujets, mais pas sur ceux de proximité qui intéressent directement leurs électeurs, indique la maire LR de secteur Sabine Bernasconi. Personne ne les a repéré tellement ils sont discrets. » « Je n’ai rien contre Claire Pitollat, mais je considère qu’elle fait de la politique comme l’ancien système, ajoute l’élue socialiste Annie Levy-Mozziconacci. Elle n’est pas dans la concertation, elle ne monte aucun dossier. »

L’inconnue Pitollat

« Il y a eu une période de démarrage difficile pour nos députés, ils n’avaient pas les codes, nuance le macroniste Jean-Marc Maini. Ils sont davantage visibles depuis quelque temps, mais ils ont aussi beaucoup de travail à l’Assemblée et ils ne peuvent pas tout faire. » « Je pense qu’il n’y a pas 1 % des gens qui ont voté pour Claire Pitollat qui la connaissent », tranche le petit patron du quartier de la Pointe Rouge, cité précédemment.

La députée LREM connaît ce type de critiques, elle les entend chaque jour, mais préfère les balayer en mettant en avant ses différentes rencontres avec les associations et les comités d’intérêts de quartier (CIQ), auprès desquelles elle dit avoir travaillé sur des dossiers locaux comme la carrière antique du boulevard de la Corderie ou le problème de circulation de la route des Goudes qui mène aux célèbres calanques marseillaises.

Un dernier pouvoir, l’influence

« Après, on ne fait pas le tour de tout le monde en un an et demi« , concède-t-elle, rappelant en outre que le non-cumul des mandats et la suppression de la réserve parlementaire sont autant de facteurs qui expliquent que les députés n’ont aujourd’hui « plus qu’un pouvoir d’influence ». « On est dans une position intermédiaire assez inconfortable, affirme l’élue. Je n’ai pas un pouvoir décisionnel direct sur les dossiers locaux, tout ce que je peux faire, c’est essayer d’influer sur les services de l’État. »

Membre de la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale, Claire Pitollat entend en revanche s’investir sur les sujets de solidarités. Elle a récemment cosigné avec le président socialiste du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, Mathieu Klein, un rapport sur l’accompagnement des bénéficiaires du RSA, remis en septembre à Édouard Philippe. Vendredi 12 octobre, à peine revenue de l’île du Frioul, elle rencontrait les comités LREM des 11ème et 12ème arrondissements de Marseille pour leur présenter ce travail.

Critiques feutrées des choix de l’exécutif

Convaincue que ses opposants sont « plus axés sur la promotion de leur action que sur le travail de fond », elle veut quant à elle « continuer à faire avancer ses dossiers », y compris dans l’ombre, sans avoir à s’exprimer sur les sujets de politique pure. Ce qui ne l’a pas empêché de se prononcer publiquement pour que ce soit une femme et non pas Richard Ferrand qui accède au perchoir de l’Assemblée nationale. Ce qui ne l’empêche pas, non plus, de nous confier regretter certaines sorties « dommageables » du président de la République, comme lorsqu’il a expliqué à un jeune qu’il suffisait de « traverser la rue » pour trouver un emploi.

Habituée à changer régulièrement de poste depuis le début de sa carrière dans l’ingénierie, Claire Pitollat fait partie de ces nombreux députés de la majorité qui semblent se moquer de leur avenir politique. Quant on l’interroge sur sa sensibilité politique, elle répond « sensibilité pragmatique ». Or, à Marseille comme ailleurs, la nature a horreur du vide. La République en marche n’ayant pas réussi, en un an et demi, à occuper l’espace, elle a permis à tous ceux qui avaient été battus en 2017 de s’y réinstaller confortablement et de commencer à penser aux municipales de 2020, sans trop d’inquiétudes.

Retour attendu du multipartisme

« On revient à un format multipartite », souligne Sabine Bernasconi. Certes, les quatre députés LREM de la ville ont récemment signé une tribune, concoctée par leurs militants, dans laquelle ils critiquent vertement la gestion LR de la mairie et cherchent à couper court aux rumeurs d’alliances. « La gestion de Gaudin est une catastrophe que l’on vit au quotidien, plaide Jean-Marc Maini. Les clivages nord-sud se sont accentués sur fond de clientélisme. Ils ont construit la ville pour les pépettes et le tourisme. Les intérêts individuels passent avant l’intérêt collectif, c’est pour cela que nous voulons une liste autonome et un projet citoyen pour 2020. »

Mais cette initiative n’a pas franchement tracassé la majorité municipale, dont les élus rappellent que tous les ministres en déplacement à Marseille ont eu à cœur de féliciter Jean-Claude Gaudin pour sa bonne gestion. La perspective d’une véritable recomposition politique, au sein de laquelle les « marcheurs » serviraient de guides, s’éloigne donc jour après jour. L’ »ancien monde », pour reprendre un concept théorisé par la Macronie, résiste. « Il n’y a pas de rupture ou de “nouveau monde”, c’est une vue de l’esprit », affirme Dominique Tian.

Claire Pitollat n’est pas loin d’être d’accord avec lui. « On a changé qu’une toute petite couche de rien du tout, dit-elle. Nous avions promis du renouveau à l’Assemblée, ce que nous avons fait, mais la recomposition politique prendra plus de temps, car elle nécessite de toucher aux couches des collectivités locales. Il faudra que nous soyons prêts le moment venus. » Ce qui est loin d’être gagné. Pour tout un tas de raisons qui lui échappent un peu : le manque de structuration locale, la solidité des forces politiques classiques, mais aussi les vieux réflexes du pouvoir. « Le renouveau est perpétuellement menacé, conclut la députée LREM. C’est un effort quotidien pour s’y tenir… »

Par Ellen Salvi


Boîte noire

Ce reportage est le premier d’une série d’articles consacrés à la recomposition politique et militante dans la ville de Marseille, réalisé avec notre partenaire, Mediapart. Sauf mention contraire, toutes les personnes qui y sont citées ont été interrogées sur place ou par téléphone, entre les 11 et 14 octobre.

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