[MacronLeaks] Législatives : le tableau qui fait trembler En Marche 13

Enquête
Benoît Gilles
9 Mai 2017 10

Ce week-end, un petit tableau coloré a fait des ravages dans les rangs locaux d'En marche. Issu des MacronLeaks, cet extrait d'un mail interne fait ressurgir chez les militants, la crainte du retour de la vieille politique et l'emprise des réseaux de Jean-Noël Guérini.

Les militants et responsables d'En marche 13, quelques instants avant l'annonce du résultat. Photo : B.G.

Les militants et responsables d'En marche 13, quelques instants avant l'annonce du résultat. Photo : B.G.

« Tu l’as vu ? ». L’euphorie est à son comble, leur candidat vient d’être élu président. Et pourtant les macronistes du 13 ont déjà en tête l’échéance prochaine des législatives. Et, à ce sujet, une info circule à toute vitesse, d’un portable à l’autre et sur les réseaux sociaux. En effet, dans cette marche forcée qui les attend, un petit caillou s’est déjà glissé sous les pieds des marcheurs des Bouches-du-Rhône.

Vendredi 5 mai, une grosse masse de données piratées des boites mail de plusieurs cadres d’En Marche ! commence à circuler sur Internet. Dans la masse de plusieurs gigaoctets de ces MacronLeaks figure un petit tableau coloré. C’est une image, seul objet d’un mail que Stéphane Séjourné, conseiller politique du candidat, envoie à Cédric O, membre de la commission d’investiture, le 15 avril. Le mail est intitulé « a ce stade nos candidats pour les bouches du rhone ».

Vert, orange ou jaune

Effectivement, c’est de cela dont il s’agit : des noms sont mis en face des 16 circonscriptions du département avec un code couleur assez clair : en vert des candidatures qui semblent arrêtées, en jaune des candidatures assorties du commentaire « (à tester) » et en orange des candidatures commentées comme « (faible) ». On y retrouve notamment les élus Christophe Masse, Georges Cristiani et Pascal Chamassian (lire notre article).

Capture d’écran du fichier mail, une fois ouvert par nos soins dans un logiciel de messagerie.

Quelques minutes après l’annonce de la victoire, ce dimanche, nous interrogeons donc la référente départementale du mouvement, Corinne Versini, qui répond sèchement : « C’est un fake. » Dans son équipe, les conclusions sont moins définitives : « À l’heure qu’il est, nous n’avons pas moyen de savoir si ce document est un faux ou pas. Ce qui est certain, c’est que cela a été relayé par un site d’extrême droite et que le tableau a été publié sur Twitter par un soutien de Marine Le Pen. On voit d’où ça vient… »

« Totalement incohérent »

La même source proche de Corinne Versini assure faire « tourner » les moteurs de recherche pour trouver ledit mail dans la masse de données mise en ligne « mais, pour l’heure, rien ne remonte. Cela ne veut pas dire que cela n’y est pas mais nous ne trouvons pas. » Un peu plus tard, Corinne Versini revient sur le sujet et assure : « Les noms qui figurent sur cette liste ne correspondent absolument pas à nos échanges avec le national. Cela paraît totalement incohérent. Nous nous posons des questions. Nous nous demandons qui cela peut bien servir. »

Marsactu a pris le temps de vérifier si le courrier en question figurait bien dans les données mises en ligne sous le nom de « MacronLeaks ». Le mail de Stéphane Séjourné est rapidement remonté. À ce stade, il est impossible d’assurer que ce mail est authentique. Joints par nos soins, Cédric O et Stéphane Séjourné n’ont pas répondu à nos appels. Mais tout porte à croire que c’est le cas.

Très tôt, de nombreuses sources ont assuré qu’au sein de ces données, des fausses informations ont été glissées. C’est d’ailleurs la thèse défendue dès vendredi par le mouvement. Il confirme alors avoir « été victime d’une action de piratage massive et coordonnée » mais ajoute que « ceux qui font circuler ces documents ajoutent à des documents authentiques nombre de faux documents afin de semer le doute et la désinformation ». Parmi les courriels que nous avons pu consulter, la plupart paraissent tout à fait dignes de foi. Qui plus est, les noms présents dans cette liste correspondent effectivement à des adhérents d’En marche ! qui ont fait acte de candidature.

C’est d’ailleurs ce qui provoque l’incompréhension chez les militants. Certains des noms cités sont connus pour être des référents locaux, comme Virginie Seclet qui milite à Aubagne et qui a suivi la logistique des bureaux électoraux auprès de Corinne Versini. D’autres sont de simples adhérents, inconnus au-delà de leur comité local. Le simple fait de les retrouver sur une liste émanant a priori du national provoque beaucoup d’émoi. Certains ne cachent pas leur amertume, prêts même à y aller quand même. C’est l’effet pervers de la « boîte noire » de la commission nationale d’investiture mais aussi de la facilité du dépôt des candidatures accessibles en ligne. Personne ne sait si son voisin de tractage n’est pas candidat contre soi.

« Il y aura des déçus »

« Nous savons que ceux qui n’ont pas été choisis vont être déçus, explique Corinne Versini, ce dimanche de victoire. À nous de les remobiliser pour les législatives. Le combat ne fait que commencer. Nous avons un parti à construire. »

Mais ce qui provoque la plus grande inquiétude est la présence de candidats clairement assimilés comme des proches de Jean-Noël Guérini. C’est le cas de Christophe Masse, ancien vice-président du CG13 et patron de 13 Habitat, de Dominique Giner, protégée de sa colistière Lisette Narducci même si elle s’est fâchée depuis avec son mentor, mais aussi de Georges Cristiani, candidat aux départementales pour la Force du 13, le parti de l’ancien président du département multi mis en examen.

Cette emprise est devenue la hantise d’une grande partie des militants locaux qui ont multiplié les signaux et alertes à ce sujet en direction de l’équipe nationale. Nombreux sont ceux qui craignent qu’au nom de la pluralité politique, surgissent des candidatures qui n’incarnent les critères annoncés par le mouvement. Probité, éthique, renouvellement… Ces trois critères sont mis très haut par l’équipe locale. Dans son discours aux militants, dimanche, Corinne Versini insiste sur « le premier engagement d’Emmanuel Macron (…) de remettre de l’éthique dans la politique ». Elle souligne aussi « l’immobilisme qui depuis 20 ans fait tant de ravage à Marseille ».

Autant de messages destinés à marteler son souhait de renouvellement. Elle le dit sans ambage : « Mon rêve est que la commission d’investiture fasse 100 % de renouvellement dans les Bouches-du-Rhône ». C’est aussi la thèse d’autres militants. Ainsi Joël Vanderville, inscrit dans un des comités locaux du 13/14, insiste : « Lors du meeting de Marseille, j’ai eu des échanges avec l’entourage de Macron et c’est que je leur ai dit. Ils n’ont pas forcément besoin de Marseille pour avoir une majorité. En revanche, s’ils n’investissent que des gens issus de la société civile, cela enverra un message clair. »

Déjà, ce lundi, le président de la commission d’investiture Jean-Paul Delevoye a indiqué qu’on pouvait être un élu local et représenter la société civile, avant d’être démenti par le secrétaire général Richard Ferrand. Cela ouvre des perspectives… La liste définitive doit être connue avant jeudi midi.

Le tableau que nous publions aujourd’hui est extrait d’un mail qui aurait été envoyé le 15 avril par Stéphane Séjourné, un des conseillers d’Emmanuel Macron, à Cédric O, membre de la commission nationale d’investiture. Nous ne cautionnons évidemment pas ce genre d’attaques malveillantes (selon Libération, un site de « réinformation » pro-Trump serait le premier à avoir relayé ces documents). Cependant, ces mails étant désormais sur la place publique, nous avons pris le parti de les explorer pour n’en conserver que les données d’intérêt public.

Pour l’heure, concernant le tableau des investitures dont nous parlons dans cet article, Marsactu est à tout le moins en mesure de confirmer les velléités de candidature de la plupart des personnes listées. Y compris celle de noms bien moins médiatiques que ceux cités plus haut. Ils n’avaient pour l’heure pas filtré, ce qui nous semble limiter fortement la probabilité que le document soit un faux. »

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