À la Ville, la fin de la semaine d’hiver pourrait se compter en minutes supplémentaires

Actualité
Benoît Gilles
8 Fév 2018 12

Ce jeudi, la haute administration municipale entame un premier tour de négociations avec des syndicats pour évoquer le retour à un temps de travail légal de 1607 heures annuelles. Contrairement à ce qui était annoncé, cela ne se traduira pas par une suppression de semaine de vacances mais par un lissage à la semaine, voire à la journée.

La direction générale du personnel, boulevard des Dames.

Chaud ou froid ? Avec l'arrivée des frimas, la Ville semble affectionner le changement brutal de température dans le dialogue social sur l'épineux dossier du temps de travail de ses agents. Après la douche froide de l'annonce de la suppression de la semaine d'hiver, la direction générale des services reprend un mode plus cordial de négociations en recevant ce jeudi, le syndicat majoritaire. "Nous verrons comment est le climat. Pour l'instant c'est tendu", prévient Patrick Rué, secrétaire général FO à la Ville et à la métropole. Il a peu apprécié d'apprendre par la presse que la Ville prévoyait de revenir sur la semaine d'hiver après avoir entériné les 1567 heures annuelles par un vote en conseil municipal, en décembre."J'étais tout de même au courant que le contrôle de légalité avait retoqué la délibération de décembre, ajoute le syndicaliste. Mais j'aurais préféré que le directeur général des services réunisse les représentants syndicaux pour nous l'apprendre, plutôt que de le faire par la presse en ajoutant que si les agents n'étaient pas d'accord, ils discuteraient avec la police judiciaire. Les municipaux ne sont pas des criminels."

"Nous ne sommes pas des délinquants"

Le lendemain, Force ouvrière sort la grosse artillerie : bronca contre La Provence qui a sorti l'info, tract vengeur titré "nous ne sommes pas des délinquants" et surtout rencontre immédiate avec le directeur général des services. Ce même 2 février, le directeur général des services, Jean Claude Gondard envoie un message à la haute hiérarchie pour diffusion dans les services "afin que de fausses rumeurs ne perturbent pas les vraies informations à donner aux agents sur ce sujet important".Le message principal y est confirmé : la prescription préfectorale née "d'une évolution de la norme de légalité et de la jurisprudence" sera bien suivie par la Ville. En revanche, pas question de supprimer la fameuse semaine de congé d'hiver qui concentre pourtant les 40 heures en moins.
En toute hypothèse vous pouvez assurer à tous les agents qu’il ne saurait être question de "supprimer la semaine d’hiver", ni les jours du Maire. Il sera proposé aux agents différentes solutions pour une évolution de l’organisation du temps de travail hebdomadaire et quotidien, ainsi que pour le nombre de jours de RTT.
En clair, il n'est plus question de supprimer purement et simplement la semaine d'hiver mais de lisser sur l'année, cette augmentation. Patrick Rué traduit lestement par "onze minutes par jour, le temps de fumer une cigarette et de boire un café". Une disposition au compte-goutte que facilite l'installation des badgeuses dans les services administratifs.

La règle et les exceptions

Mais même en tenant compte de ce lissage annuel, le syndicaliste n'entend pas lâcher "cet avantage acquis". "S'il est question de respecter la loi, respectons là en entier, rétorque-t-il. Si on pose la base légale de 1607 heures annuelles, alors il faut aussi prendre en compte les sujétions particulières de certains corps de métier en fonction de la pénibilité, de la dangerosité, du travail de nuit..." En gros, là où l'exception était la règle, FO propose d'appliquer la règle avec plein d'exceptions.Du côté de la Ville, la direction générale se refuse à tout commentaire avant le début effectif des négociations, autant sur la nature des évolutions que sur celle des interlocuteurs. Dans sa circulaire, Jean-Claude Gondard évoque "les partenaires sociaux" là où d'autres évoquent "des syndicats"."Dès le premier février, Jean-Claude Gondard nous a répondu qu'il nous recevrait dès la semaine suivante, explique Pascale Longhi, secrétaire générale de la CFE-CGC. Depuis, on attend toujours. Je trouve insupportable que notre directeur général des services ne soit pas à l'écoute des gens qui sont opérationnels. Mon souci est de faire en sorte que cette augmentation du temps de travail ne soit pas faite au détriment des agents et bénéficient à tous les Marseillais".Les représentants des syndicats CFE-CGC/CFTC ont tout de suite fait un appel du pied insistant pour prendre part à ce round de négociations. "Pour nous, le préalable doit être le respect de la légalité, assure Ludovic Bedrossian, qui siège au comité technique pour le compte de la CFTC. En revanche, nous sommes pour une souplesse dans l'exécution avec plusieurs propositions sur les RTT, l'organisation de la journée ou de la semaine de travail selon les services. En revanche, nous espérons que l'administration sera moins psycho-rigide sur le calendrier. On ne peut pas négocier d'ici le prochain conseil municipal en avril. Il faut se donner le temps de remettre à plat l'ensemble des cycles et voter en novembre."

Le 9 avril en premier horizon

Pour l'heure, le calendrier administratif est beaucoup plus resserré. Pour l'administration, il est question d'un vote des principes généraux applicables le 9 avril puis d'un "ajustement des cycles" de juin "et [lors des conseils municipaux] suivants en tant que besoin".Membre de l'intersyndicale avec la CGT et l'UNSA, la SDU-FSU avait appelé à la grève pour protester contre les nouveaux cycles de travail "adoptés à marche forcée" en juin dernier. "J'espère que cette fois-ci, nous ferons partie des syndicats consultés par l'administration, espère Jean-Pierre Zanlucca, secrétaire général du syndicat. C'est justement l'occasion de mettre en place une vraie concertation et pas de tout faire dans la précipitation".Comme d'autres, il s'étonne de la coïncidence entre la visite des gendarmes mandatés par le parquet national financier et ce contrôle de légalité opportun. "On le sentait venir, commente pour sa part Patrick Rué. En novembre, ils nous disaient qu'ils n'étaient pas certains que cela passe le contrôle de légalité et en décembre, il faisait voter les 1607 heures à la métropole. Avec le même directeur général des services, Gaudin maire et président, cela sentait l'engambi". Enquête judiciaire pilotée depuis Paris, mise au carré des services municipaux, tous y voient déjà un effet anticipé des prochaines municipales. Voilà que ça recommence.Actualisation le 8 février à 19h25 : ajout de la réaction de Pascale Longhi, secrétaire générale de la CFE-CGC.

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