La Ville d’Aubagne offre à Q-Park un parking qui ne lui appartient pas

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Clémentine Vaysse
10 Mar 2016 11

Du jour au lendemain, la Ville d'Aubagne et Q-Park, à qui elle a confié ses parkings payants, ont mis la main sur celui de la gare. En échange de la mise en place d'une heure gratuite pour les places du centre-ville, Gérard Gazay leur a offert un nouveau parking, au grand dam de la SNCF propriétaire des lieux.

Une carte Zou contre un PV. Jusqu’à présent, les habitants du pays d’Aubagne qui prenaient le train à la gare d’Aubagne bénéficiaient d’un stationnement gratuit sur le grand parking attenant à celle-ci. Il suffisait qu’ils glissent leur titre de transport en lieu et place du ticket d’horodateur sous le pare-brise. Le mois dernier, ils ont eu la mauvaise surprise de découvrir qu’il leur faudrait désormais payer pour laisser quotidiennement leur véhicule et prendre le train vers leur lieu de travail. Le tarif : 10 euros par semaine à payer à l’horodateur. Une petite fortune qui vient doubler pour la plupart le budget transport mensuel.

Depuis des années, ce parking Pierre-Blancard pouvait accueillir quelques 200 voitures gratuitement, malgré des marquages au sol un brin effacés qui indiquent le contraire. Historiquement, la Ville avait passé une convention avec la SNCF, propriétaire des lieux, indiquant que le parking était payant mais que les utilisateurs de car interurbains ou de TER étaient exemptés de paiement. De fait, aucun contrôle n’étant effectué, personne ne payait même pour se rendre faire ses courses au centre-ville tout proche. Cette convention n’a pas été renouvelée quand elle a pris fin en 2013. Mais le lieu continuait à jouer le rôle de parking-relais à la fois pour le train et le tramway tout proche.

Dans le dos de la Région et la SNCF

Les premières amendes, délivrées par la police municipale d’Aubagne, ont donc suscité l’indignation des usagers qui n’ont pas tardé à monter une pétition. Ils y dénoncent le fait que la mairie d’Aubagne a décidé d’ajouter ce parking à ceux déjà gérés par son prestataire Q-Park.

Indigné par la mise en place effective du stationnement payant, Frédéric Pélissier, habitant de Roquefort-la-Bedoule travaillant à Marseille, a lui pris son clavier fin février pour interpeller le conseil régional, gestionnaire des trains express régionaux (TER) par message électronique. Deux réponses lui ont été apportées. Une première indique que la collectivité « a découvert à la dernière minute la situation à Aubagne, comme les usagers du TER ». La seconde, plus saignante, indique : « Le parking n’est désormais plus payant. La société Q-Park s’était engagée à informer les usagers et à recouvrir les horodateurs. Cela n’ayant visiblement pas été fait, la région a de nouveau alerté les acteurs concernés ». 

En effet, la SNCF, propriétaire du terrain et le conseil régional, responsable des transports régionaux se sont saisi de cette question. Les deux institutions, non averties au préalable, ont fait par de leur courroux par courrier à la Ville d’Aubagne et à son opérateur privé, Q-Park, qui perçoivent paiements et amendes sur un lieu qui ne lui appartient pas.

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« Remettre au clair les conditions d’utilisation »

Contactée, la société Q-Park « préfère laisser la ville s’exprimer sur le sujet ». Cette dernière botte en touche, indiquant que « le parking a toujours été payant et qu’il y avait juste une tolérance jusqu’à maintenant ». Quant à la verbalisation, ce serait, selon l’équipe de Gérard Gazay, maire LR élu en 2014, à la demande du prestataire, sans doute insatisfait de ses recettes. Dans deux lettres ouvertes publiées ces derniers jours, l’association Se déplacer en liberté et l’opposition municipale mentionnent un courrier de la SNCF ordonnant de faire cesser ce prélèvement.

Ci-dessous, les lettres ouvertes.

La SNCF confirme cette injonction : « Nous avons écrit à la Ville et à Q-Park pour dire qu’ils n’étaient pas dans les clous », répond le service communication de l’entreprise ferroviaire. Nous sommes en train de discuter avec la Ville pour remettre au clair les conditions d’utilisation de ce parking. Dès que l’on a su, nous avons fait suspendre le paiement ». 

Joint par nos soins, le conseil régional se fait plus diplomate : « Suite à des échanges entre la SNCF et la Ville, une issue favorable devrait être trouvée rapidement. La Région reste en qpark-aubagne-parkingcontact très étroits avec la SNCF afin d’être en mesure de suivre attentivement ce dossier ». La SNCF assure de son côté qu’elle va réitérer sa demande de neutralisation des horodateurs en attendant qu’une solution ne soit trouvée pour les usagers des transports en commun.

Pourtant, sur place, nous avons pu constater que les horodateurs sont toujours en fonctionnement, sans aucune explication. À l’accueil de la gare, un prospectus dédié indique même aux automobilistes : « Nous vous rappelons que vous stationnez sur une zone payante », accompagné des tarifs. Sur les tableaux de bord, les tickets côtoient les billets de train et plus personne ne comprend s’il faut payer ou pas. En ce mardi après-midi, pas de prune encore sur les pare-brises, mais aucune certitude que la police municipale ne viendra pas verbaliser. Pas non plus de portique indiquant l’entrée d’un parking Q-Park comme c’est le cas pour les autres, à Aubagne.

Une heure gratuite contre un espace en plus

Comment cette société en est-elle arrivée à mettre des horodateurs tout neufs sur un terrain qui n’appartient même pas à son autorité délégante ? « En décembre, une délibération du conseil municipal a étendu les parkings payants sur la ville mais nous n’avons rien vu pour l’instant sur cet espace-là », s’étonne l’ancien maire PCF Daniel Fontaine, aujourd’hui dans l’opposition. Selon le compte-rendu de cette séance, le premier adjoint Alain Rousset faisait voter un avenant au contrat de délégation de service public conclu en 2001 pour 30 ans. Il s’agissait pour l’adjoint de « répondre à un engagement [que nous avions] pris lors de la campagne électorale, rendre gratuite la première heure » de stationnement dans deux parkings de la ville.

En réalité, en contrepartie de cette heure gratuite et de cette promesse tenue, la Ville a fait un cadeau à Q-Park : le parking de la gare. On retrouve cet troc planqué dans les annexes de l’avenant. L’accord va jusqu’à préciser qu’« afin de s’assurer du bon fonctionnement de ce parc, la collectivité informe le délégataire qu’elle mettra en place une surveillance matin et après-midi. » En clair : l’entreprise n’aura même pas à surveiller son parking, la mairie enverra ses propres troupes. Bien évidemment, la SNCF n’a pas perçu un centime de leurs recettes.

Au-delà du petit accord passé par Gérard Gazay avec son délégataire, cela pose la question des parkings relais à destination des usagers des transports en commun. Cette politique du maire intervient à peine un an après l’inauguration de la troisième voie Marseille-Aubagne, un chantier de six ans à 252 millions d’euros qui a permis d’accroître la cadence et d’améliorer le service.

En parallèle, la SNCF, la région et la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne ont mené de gros travaux sur la gare. Le passage au payant de ces quelques 200 places, pourrait remettre en cause l’efficacité de ces efforts. Pour une ville de la taille d’Aubagne, les parkings relais restent la condition indispensable à un accroissement de l’intermodalité. Selon les utilisateurs mécontents, Aubagne serait la seule gare de la ligne Marseille-Toulon-Hyères à ne pas (ou plus) avoir d’espace de stationnement gratuit.

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