Une carte rêvée pour les cyclistes marseillais

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Julien Vinzent_
21 Août 2014 30

Décoller de la Timone, dévaler le boulevard Baille, rejoindre l'avenue de la Corse, se faire décoiffer par le vent salé de la Corniche pour garer sa bicyclette 10 minutes plus tard à Malmousque, tout en insouciance, en se contentant de suivre, droit devant, le parcours cyclable bien balisé, bien séparé des voitures… le rêve ! Voilà un peu le genre de fantasme que provoque à première vue le "schéma directeur des modes doux" développé par Marseille Provence métropole (MPM).

Dommage que ce ne soit qu'un idéal à atteindre… "Mais c'est déjà ça !" s'accordent à dire associations cyclistes et responsables de MPM. Dans la bouche de Robert Assante, vice-président à la communauté urbaine en charge de la mobilité, la carte numérique publiée le 29 juillet sur Open Paca est avant tout une "idée de ce que l'on devrait faire". Sauf que pour l'instant, rien de concret n'est prévu : ni délais, ni enveloppes budgétaires. "Le but est d'informer sur ce qui se passe et sur ce qu'il pourrait se passer mais il n'y a pas de planification à proprement parler" confirme l'élu.

Un plan de route

Toutefois, la carte a l'intérêt de montrer – pour la première fois et très précisément – ce qui a officiellement été aménagé à la date du 1er janvier 2012 (lignes vertes dites "l'existant"). Et les lignes en pointillé (bleu foncé pour les "axes structurants" et bleu clair pour "la desserte locale") donnent une idée de l'état d'avancement de la réflexion sur les futures voies cyclables qu'envisage MPM dans le meilleur des mondes : pistes, bandes, lignes de bus autorisées, double sens cyclables, etc.  637 tronçons allant de 100 mètres à plusieurs kilomètres ont été répertoriés. En cliquant sur certaines rues, on peut lire l'aménagement qui a été mis en place, ou conseillé par le bureau d'étude ASCODE. Une bonne base pour commencer à discuter, vérifier, ou faire des suggestions, en utilisant par exemple notre carte participative Carticipe. Quand on sait qu'une ville comme Strasbourg a mis en oeuvre son premier plan d'aménagement de voies cyclables en 1994 et se targue 20 ans après que 8% de ses habitants pédalent quotidiennement (contre 0,4% à Marseille), on peut espérer que ce soit un maigre, mais bon début.

Car la carte cyclable est une part intégrante du plan de déplacement urbain (PDU) voté en juin 2013, qui lui, est plutôt contraignant. Il fixe des objectifs (10 km de pistes cyclables par an) et un budget global (39,5 millions alloués au développement du vélo d'ici 2023). S'il n'y a pas de priorités mises en place pour telle ou telle rue, tel ou tel aménagement, MPM devra rendre compte de ses réalisations. Robert Assante en est bien conscient : "La planification va se faire dans la concertation avec les associations". Notamment avec Vélo en Ville ou Vélo Utile, déjà présentes aux réunions organisées pendant l'enquête publique pour le PDU, à l'initiative de Pierre Sémériva (EELV et ancien élu chargé du dossier). Pour lui aussi, la carte est un bel aboutissement, même s'il regrette que les "places de stationnement pour vélo ou les stations du Vélo [en libre service] n'aient pas été incluses sur la carte, car elles ne figuraient pas sur le cahier des charges du cabinet de conseil".

Les associations devraient donc être prochainement conviées à participer au suivi des aménagements cyclables. Ce qu'elles attendent. François Costé, membre du Collectif Vélo en Ville, retient que la concertation avait été très positive : alors que le projet de PDU initial ne fixait quasiment aucun objectif quant à l'avenir du vélo, la version finale a pris en compte l'avis des usagers des deux-roues. "L'intention a été la bonne, la carte est intéressante. Maintenant on attend de connaître l'avancement des réalisations. Notamment au sujet de la zone apaisée en centre ville qui serait la bienvenue. Surtout, on ne sait pas si ce qui a été décidé sous l'ancienne mandature va être réalisé par celle-ci."

L'inconnue de la métropole

Car la politique a aussi son calendrier et Robert Assante est bien conscient des difficultés : les maires de secteurs avec qui la négociation d'aménagements de voirie est un sujet sensible, certains CIQ qui ne jurent que par le tout-voiture, ou plus globalement le flou qui règne encore quant à l'organisation de la nouvelle métropole qui verra le jour en janvier 2016. Autant d'obstacles à la mise en place d'un plan financé, prédéfini dans le temps. Le vice-président compte donc faire avancer les dossiers déjà prêts, pour que cela serve d'impulsion. "Les travaux prioritaires sont ceux qui sont déjà dans les tuyaux. Le boulevard Sakakini servira de voie pilote exemplaire, avec une piste cyclable sécurisée séparée de la route par un terre plein" développe le vice-président à la mobilité.

De son propre aveu très "amateur des bagnoles", il est le premier à dire que c'est les mentalités des Marseillais qu'il faut changer. Il dénonce sincèrement les incivilités des motards ou des voitures qui squattent les pistes cyclables. Il se verrait même radicalement changer le plan de circulation : pourquoi pas faire plus de sens uniques ? Cela dégagerait de la place pour les vélos et pour les stationnements… En revanche, il n'est personnellement pas très adepte des voies de bus ouvertes aux vélos (contrairement à son prédécesseur) : "Trop dangereux", dit-il. Un avis que ne partage pas Vélo en Ville, et qui sera sûrement l'objet d'intenses discussions. François Costé (par ailleurs candidat sur la liste de Pape Diouf aux municipales et ancien technicien aux transports à MPM) espère surtout que les décisions ne se feront pas unilatéralement: "MPM a le droit de modifier ce qui était prévu, mais il faut en discuter." L'urbanisme, une affaire de tact et de compromis.

Le couperet de la loi

Surtout que l'article L228-2 du code de l'environnement est assez clair: "A l'occasion des réalisations ou des rénovations des voies urbaines, […], doivent être mis au point des itinéraires cyclables pourvus d'aménagements sous forme de pistes, marquages au sol ou couloirs indépendants… " Pour ne pas l'avoir respecté, MPM avait perdu un procès contre Vélo en Ville en janvier 2012. C'était avant le PDU, avant le schéma directeur des modes doux.

La carte, si elle est suivie d'actes concrets menés en concertation pourrait donc tenir à carreau les associations en leur donnant des gages. D'un autre côté, le schéma pourrait servir d'élément à MPM en cas de procès pour argumenter que telle rue en rénovation n'a pas été aménagée pour les cyclistes parce qu'elle n'est pas prévue dans le plan. Pas sûr que ça passe juridiquement, mais c'est toujours plus crédible que les questions de "sécurité" invoquées antérieurement. Une sorte d'arme à double tranchant, qui devrait canaliser l'avancement des rénovations en mettant tout le monde autour de la table, autour de la carte.

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