Un patient disparu retrouvé mort dans un étage abandonné de la Conception

Actualité
le 5 Sep 2019
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Disparu depuis le 19 août, un patient suivi à La Conception a été retrouvé dans un étage désaffecté de l'hôpital. Les circonstances de son décès ne sont pas encore connues. Une enquête de police est ouverte. La famille annonce avoir porter plainte contre l'hôpital.

Jean Hospice se lève puis se rassoit, nerveux. Il est sur des charbons ardents, entouré de journalistes et de caméras sur le parvis de l’hôpital La Conception. Sur un banc, à ses côtés, des cousins, « une partie de la famille », qui, depuis le 19 août, cherchait Jean Ligonnet, un patient de 73 ans, suivi pour un cancer et atteint de démence. Son corps a été retrouvé mardi dans un étage désaffecté de l’hôpital de la Conception comme l’a révélé La Provence ce jeudi. Les causes de son décès sont pour l’heure inconnues.

« Ils ont tué mon père », dit Jean Hospice, en jetant un regard vers l’hôpital contre qui il a porté plainte quelques jours après la disparition. En cette fin d’après-midi, il attend d’une minute à l’autre un appel du service médico-légal où le corps a été transféré pour autopsie. Mécaniquement, il accepte les demandes d’entretiens, de direct télé ou radio qui se succèdent. Il se retrouve brutalement projeté dans un scénario de série américaine.

« Hier, j’ai eu un appel du directeur de l’hôpital mais j’ai raccroché avant qu’il me parle, raconte encore le jeune homme. C’est ensuite un policier qui m’a rappelé. Mais lui aussi, je l’ai pas cru. J’ai eu tellement d’appels anonymes, de blagues depuis que j’ai mis mon numéro sur des affiches ». Finalement, un appel au commissariat lui confirmera la terrible nouvelle.

Pour l’assistance publique des hôpitaux de Marseille qui tenait une conférence de presse quelques minutes plus tôt dans les étages, ce 19 août était un jour comme les autres dans le suivi de ce patient. « Il venait depuis 11 mois subir un traitement spécifique, fabriqué sur place », raconte Régis Costello chef du service hématologie de la Conception. Comme à chaque fois, c’est un taxi qui le conduit à Marseille depuis l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes où il vivait.

« Un petit retard » dans la prise en charge

Arrivé à 11 heures, il patientait dans la salle d’attente. « Il y a eu ce jour-là, un petit retard. Nous lui avons apporté un plateau-repas », précise Françoise Boretti-Picchi, directrice des soins à la Conception. Arrivé à 11 heures, il est un peu plus de 14 heures quand les personnels qui veillaient sur lui perdent sa trace.

Son fils le décrit comme une personne docile, désorientée. « On lui dit Jeannot, mets toi là, il le fait », mime-t-il. Il a déjà fait deux fugues de plusieurs heures dans les mois précédents sa disparition, raconte-t-il encore : « Et à chaque fois j’ai été prévenu tard par l’EHPAD. Je les avait menacés de porter plainte ». Lors de l’une d’elles, il a retrouvé son père à 500 mètres de l’établissement au bout de plusieurs heures de disparition. L’AP-HM souligne que personne dans ses services n’avait été informé de ces fugues. « Il aurait été préférable qu’il soit accompagné », souligne Sylvia Breton, la directrice générale adjointe de l’AP-HM.

« Un dispositif de recherche important et répétitif »

Aussitôt la disparition connue, l’hôpital met en branle la procédure de recherche. L’ensemble du personnel d’encadrement est alors prévenu de la disparition, assure la direction. « Un dispositif important et répétitif », décrit la directrice adjointe. La fouille complète des étages en fait partie, y compris le sixième étage désaffecté. Le parking public est également fouillé à de nombreuses reprises.

Lors d’une des fouilles de l’unité désaffectée dont la porte principale est fermée par une lourde chaîne, le personnel découvre que la porte de secours a été fracturée. Le patient a donc pu passer par là avant de se glisser dans la salle où son corps a été retrouvé. La porte de celle-ci n’avait plus de poignée intérieure. « L’hôpital nous a dit qu’ils avaient regardé par le hublot à plusieurs reprises et rien vu, précise le fils. Mais il aurait très bien pu être dans un coin sans qu’ils le remarquent. Si ça avait été leur père, ils auraient vraiment cherché partout et ouvert touts les portes ».

Des personnels « très choqués »

La direction de l’hôpital dit se sentir « responsable » de cette disparition à l’issue macabre tout en renvoyant vers l’enquête de police la question de la responsabilité pénale. La directrice adjointe, Sylvia Breton, aura aussi un mot pour les personnels, « très choqués ». L’histoire est sur toute les lèvres et alimentent les conversations d’un bout à l’autre de la Conception.

Outre les causes de la mort, de nombreuses inconnues entourent les circonstances de ce décès. Notamment la question de la vidéo-surveillance qui n’a pas pu permettre de déterminer avec précision si l’homme avait ou non quitté l’hôpital. « Il était habillé comme vous et moi, constate Catherine Michelangeli, directrice de la Conception. C’est très difficile à repérer sur des images ».

Le fils du défunt souligne le discours erratique de la direction à chaque fois qu’il abordait la question des caméras : « un coup, elles marchaient pas, un coup, il fallait une réquisition policière, un coup, les images étaient inexploitables… » L’enquête de police permettra peut-être de savoir à quel moment Jean Ligonnet a pénétré dans cette salle vide d’un étage désaffecté où il a fini ses jours.

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