Certains ont-ils ressorti de vieilles pancartes, samedi 25 mai à Saint-Joseph ? En 2009, le slogan "Ne rajoutons pas de la misère à la misère" rassemblait 700 manifestants au chemin des Aygalades (15e), unis contre un projet de terrain d'accueil pour des familles Roms. Bien moins nombreux quatre ans plus tard, leur banderole portait le même slogan à quelques encablures de la bastide Fontainieu (14e), où la préfecture travaille avec une association à la "stabilisation" d'une centaine de personnes.

Si l'on excepte le remplacement d'une maire de secteur, Samia Ghali, (qui n'a pas souhaité bouleverser son agenda pour une manifestation au message flou) par un autre, Garo Hovsépian, l'histoire semble bégayer. Les mêmes élus socialistes sont présents : les députés Henri Jibrayel et Sylvie Andrieux, les conseillers généraux Rebia Benarioua et Jean-François Noyes. En tête de pont de l'organisation dans les deux cas : Gérard Marletti, président de la fédération des CIQ du 15e arrondissement.

Certes, la prudence du mot d'ordre a été redoublée. Pour les organisateurs, il ne s'agit "pas d'une manifestation contre les Roms". D'ailleurs, ils ne s'opposent même plus officiellement à un projet, en l'occurrence le site de Fontainieu. Mais en ouvrant ses oreilles le long du cortège, Marsactu n'a récolté que des airs connus, dont le reportage ci-dessus offre un florilège. Sans écarter a priori ces propos, nous avons tâché d'en sonder la réalité.

La "mendicité agressive"

Pour les voisins de bidonvilles ou de sites plus organisés (comme Cardot, Saint-Pierre et Fontainieu), c'est le contact le plus fréquent – pour ne pas dire le seul : la manche. "Et si vous ne donnez rien, ils sont d'une agressivité maladive", peste notre interlocutrice dans la vidéo. Interrogés lundi, les commerçants de la rue Paul-Coxe, point de rendez-vous de la manifestation, livraient un spectre d'avis très large suivant le ressenti.

"Ils sont là, c'est tout. La plupart du temps une femme avec un enfant. Ça dérange certains clients et il faut parfois leur demander de partir lorsqu'il y a des attroupements et beaucoup de monde dans la boutique. Mais il n'y a pas de gros problèmes, d'altercations", témoigne le boulanger. Quelques mètres plus loin, la présence passe moins bien, surtout pour le côté usant de la répétition, sans pour autant susciter de réactions excessives. Mais à la supérette, "on n'en peut plus".

Autre point soulevé dans la vidéo : "Les enfants vont soi-disant à l'école. Ils ne peuvent pas : on les voit qui mendient". Une évidence qui oublie qu'"on" ne les voit pas tous. Sur le site de Fontainieu, une dizaine d'enfants sont scolarisés. En la matière, la stabilité qu'offre ce genre de structure est même le meilleur chemin vers l'école. Ce n'est qu'avec difficulté que la famille suivie par un documentaire de LCM a pu maintenir depuis deux ans ses enfants scolarisés à la Bricarde en dépit des changements de lieux au gré des expulsions.

"Les rapines, les vols"

"Quand les Roms se mettent quelque part, c'est avéré après on a une recrudescence des cambriolages". Si ce n'est l'identité de son auteur, la sénatrice-maire du 15/16 Samia Ghali, cette phrase résume une idée partagée par nombre de manifestants. "Ils ne peuvent pas vivre qu'en faisant les poubelles. Même s'il y en a quelques uns qui travaillent, ils vivent de rapine", théorise même Jean-François Noyes.

Inutile de préciser que, s'agissant de Roms, les enquêtes des riverains sont souvent expéditives. "Je n'en ai jamais pris, mais on les soupçonne. Quand tu as 50 centimes en poche, tu ne fais pas le tour du magasin", observe-t-on dans un commerce. Où le cambriolage récent subi par un proche épargné depuis des dizaines d'années est – forcément – attribué aux derniers arrivés. "Le policier m'a dit que c'était eux car la maison était marquée d'une croix, dont ils se servent pour passer le message qu'elle a été visitée".

Au syndicat SGP-Police, Alphonse Giovannini se montre bien moins catégorique : "On ne classifie pas les cambriolage par rapport à une communauté, ce serait démentiel… Mais ce jour, rien ne m'est rapporté qui laisse penser qu'on a une frange de la population qui s'est spécialisée dans cette activité". Le mode opératoire décrit lui rappelle en revanche "une équipe qui il y a quelques années laissait des signes après avoir repéré les lieux". Quoi qu'il en soit, les recoupements géographiques aux alentours des bidonvilles ne donneraient rien selon lui. "Ils ont compris que ça allait jeter le discrédit sur eux, ils ne vont pas se faire remarquer", observe-t-il.

La tuberculose

Parallèle frappant avec les discours qui ont accompagné les précédentes vagues d'immigration à Marseille, la référence a une supposée propagation de maladie dont les Roms seraient responsables. "À l'Hôpital Nord, il y a une augmentation des cas de tuberculose, dont la plupart viennent des pays de l'Est. Il faudrait au moins qu'on ait l'honnêteté de nous donner les chiffres", alerte un riverain qui n'a visiblement entendu que des bruits de couloirs d'hôpitaux. Une affirmation solidement contredite par Michèle Bellenfant, médecin responsable du centre de lutte anti-tuberculose : ce service du conseil général n'observe "pas d'augmentation nette. Depuis 4 ou 5 ans, on est toujours autour de 150 à 180 nouveaux cas par an dans les Bouches-du-Rhône".

Loin du risque épidémique agité, elle explique d'ailleurs que si "le centre et le nord de Marseille sont les zones les plus touchées", laissant penser à une corrélation avec la présence de bidonvilles, "cela a toujours été le cas. Cela s'explique par de plus grandes difficultés sociales, des problèmes d'accès aux soins". Ce qui signifie donc en revanche que les conditions de vie dans un bidonville exposent à des facteurs de risque, comme le soulignait Médecins du Monde en juillet 2011. Comme pour la scolarisation, la prise en charge institutionnelle – avec l'installation il y a quelques jours de douches et sanitaires à Fontainieu – est là encore la meilleure réponse aux inquiétudes de la population.

Le bruit

Au rang des "nuisances" listée par les voisins réels ou potentiels, le bruit arrive dans le trio de tête. A Saint-Joseph, la configuration des lieux n'est pourtant pas loin d'être idéale : il faut marcher longuement sur le chemin de Fontainieu pour déboucher, de l'autre côté de la voie ferrée, sur la bastide abritée par de grands arbres. "Le seul problème, c'est la barre du Castellas en face. Le son s'y répercute, revient et repart, comme un écho", admet Dominique Michel de l'Addap, l'association chargée de la gestion du lieu.

Venu de Saint-Pierre (5e) "par solidarité", un riverain de la place Pol-Lapeyre où l'église loge une soixantaine de personnes n'a pas la même expérience : "Ils m'enboucanent avec le bruit depuis un an. J'en ai rien à faire de la race des gens, je veux juste dormir". Sa colère se tourne surtout vers l'Ampil, partenaire de l'initiative accusé de ne pas être suffisamment présent pour gérer les débordements : "On ne peut plus faire confiance à ces associations", lance-t-il.

Avis partagé par Monique Cordier, présidente de la confédération des CIQ : "J'estime que je suis plus favorable aux Roms que ces associations qui mettent l'eau et l'électricité et repartent. On ne peut faire un projet que quand on maîtrise le nombre de personnes, et qu'on est là 24 heures sur 24. A Fontainieu, de 100 personnes on est passés à plus de 200, c'est ingérable". Il est vrai que la situation à la caserne Cardot n'est pas des plus carrées. En ce qui concerne Fontainieu, l'Addap dément le chiffre avancé, recensant environ 130 personnes. Une barrière va d'ailleurs être installée pour filtrer les entrées et sorties. Dominique Michel précise que le site occupe cinq emplois à temps plein et qu'"un délégué du préfet a établi une relation privilégiée avec les CIQ et les copropriétés", par exemple pour les questions de bruit. "Sinon pour le tapage nocturne, il y a la police…"

"Qu'ils rentrent chez eux"

Certaines déclarations politiques laissent toutefois penser que la non-cohabitation est une position de principe. "Ou on les héberge et on essaie de les intégrer… mais je ne crois pas que ce soit la solution", tranche Jean-François Noyes. En cause, "l'appel d'air, ils vont tous venir. La solution c'est de couper les vivres (les aides européennes, ndlr) à la Roumanie". Absente car "pas invitée", l'adjointe au maire Nora Preziosi (UMP) se dit favorable à ce "qu'on s'occupe de cette communauté". C'est-à-dire in fine, "qu'ils rentrent chez eux".

D'autres se montrent moins directs mais multiplient les conditions. Rebia Benarioua estime que le projet Fontainieu est "une très mauvaise idée, il faut une mixité pour que l'assimilation se fasse. Sinon le mode de vie, qui n'est pas compatible avec la France, ne changera jamais". Garo Hovsépian veut des "lieux d'accueil à la périphérie des villes, là où il n'y a pas de population urbaine". Si l'on en croit notre carte de Marseille, on serait proche de la solution : après Fontainieu, commencent les collines…

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Julien Vinzent_
Journaliste.

Commentaires

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  1. cani cani

    Que deviennent les fonds européens versés à la Roumanie afin que leur situation soit améliorée DANS leur pays et non au dehors ?

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  2. David David

    Très bon article! J’apprécie la méthode Marsactu : il y a un certain nombre d’idées reçues, qu’en est-il de la réalité…? C’est du moins une tentative d’y voir plus clair et de contribuer à INFORMER.

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  3. Jean-Paul KOPP Jean-Paul KOPP

    Je comprends pourquoi Julien Vinzent n’a pas jugé nécessaire d’interroger les élus FN qui, eux aussi, étaient présents. Je ne vois vraiment pas ce qu’ils auraient pu dire de pire que les élus socialistes. Prétendre lutter contre le FN en reprenant son discours, c’est certainement pas la meilleure des stratégies.

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  4. Mausner Mausner

    Bel exemple d’article orienté: les riverains sont des gens peu intelligents, bourrés de préjugés, dans le rejet, etc… Leurs propos sont forcément sujets à caution, et les roms sont des anges.. Circulez, Français, et payez, surtout pour les privilégiés d’Europe d’ l’Est, vous n’êtes que des contribuables, des cotisants, des citoyens, bref une sous-catégorie humaine sans droits. Vivement les municipales…

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  5. jdeharme jdeharme

    Garo Hovsépian veut des “lieux d’accueil à la périphérie des villes, là où il n’y a pas de population urbaine”

    Est ce une position personnelle ou la position de la communauté arménienne De toute façon une position discriminatoire car dire qu’il faut installer les roms là où il n’y a pas d’autres populations équivaut à la création de ghettos.

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  6. sand sand

    Avec ma mère, j’allais aidé les familles espagnoles, arméniennes, italiennes qui étaient dans le besoin dans les années 50, nous avons ensuite continué avec les familles venues d’Algérie dont les maris, les Frères, construisaient nos routes et nos écoles…aujourd’hui j’ai l’impression que les persécutés d’hier sont devenus les persécuteurs d’aujourd’hui..

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  7. Anonyme Anonyme

    Galhi , Noyes voila des vrai socialistes !

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  8. chato13 chato13

    J’ai cru comprendre qu’on interdisait aux Roms de travailler en France, est-ce vrai ?
    Si c’est vraiment le cas, eh bien … il faudrait que ça s’arrête, qu’ils puissent travailler pour gagner leur vie, non ?

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