Sur la plage de la Pointe-Rouge, la Ville veut moins de pizzas et plus de transats

Actualité
le 22 Juin 2018
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Après un premier appel à candidature avorté, la mairie de Marseille va relancer la procédure pour la délégation de service public sur la plage de la Pointe-Rouge. Cette fois-ci, elle espère diversifier les activités. Avec une montée en gamme inévitable.

Cet été, la plage de la Pointe-Rouge arbore un nouveau visage. Fini les terrasses en bois devant les restaurants. Fini les tables qui grignotent petit à petit l’espace. Cet été, tout le monde a les pieds dans le sable et les tables des restaurants ont été remises au carré, bien rangées, sans débord. L’État est passé par là, et a fait appliquer en octobre dernier la loi Littoral, en faisant supprimer toutes les constructions en dur qui empiétaient sur le domaine public léché par les vagues. Un premier lifting avant le grand relooking.

Comme vous le racontait Marsactu l’été dernier, la Ville, qui dispose d’une concession de l’État pour la gestion de la plage, a prévu pour ce bout du littoral un réaménagement complet : allée en bois de châtaigner, terrasses aux structures en acier galvanisé, ombrière en lattes de bois… Parallèlement elle lançait, en juillet dernier, une consultation pour l’attribution de sept lots en sous-concession pour une gestion privée d’une partie de la plage, celle actuellement occupée par les restaurants.

Mais, surprise, la mairie a finalement décidé d’annuler cette consultation pour faire voter au prochain conseil municipal, le 25 juin une autre procédure qui rebat les cartes de la privatisation de la plage.

Transats, parasols et matelas

Pour justifier cette marche arrière, la Ville invoque dans le rapport soumis au vote deux éléments. L’un d’eux repose sur “l’absence de diversité des offres proposées et une concurrence très insuffisante.” En clair, ni la Ville ni la Direction de la concurrence  et de la répression des fraudes n’ont apprécié de voir uniquement les anciens restaurateurs concourir sur leurs anciens lots.

Or, la mairie considère que l’on mange trop sur la plage de la Pointe-Rouge et verrait bien d’autres activités s’y développer. Le rapport en cite quelques exemples : “location ou vente de produits balnéaires tels que des transats, parasols, matelas de plage, bouées, palmes/ masque/ tubas” ou encore l’“animation de plage (par exemple sportive ou culturelle) pour tout type de public (jeune, adulte)“.

Capture d’écran du “carnet des détails” du projet de réaménagement de la plage de la Pointe Rouge.

“Il y a des gens qui viennent sur la plage pour trouver des services. Que ce soit de restauration, de jeux pour enfants par exemple, ou même de détente. Aujourd’hui, ces gens là s’en vont en dehors de Marseille et dépensent entre 60 et 70 euros par jour dans le Var ou l’est du département”, explique Didier Réault, adjoint à la Ville chargé de la mer et du littoral.

La plage de la Pointe Rouge va-t-elle donc monter en gamme pour s’aligner sur ce que l’on trouve sur la Côte d’Azur, quitte à perdre son côté populaire ? “Quand on garde 80 % de la plage en accès public et gratuit je ne pense pas qu’on perde l’aspect populaire de la plage. Par contre, qu’on permette à une partie de la population d’accéder à des services qu’ils demandent, ce qui va créer de l’emploi, c’est ça l’avenir : une vision de nos plages à la fois populaire et diversifiée pour ceux qui souhaitent bénéficier de services”, répond l’adjoint. Sur place en revanche, on a du mal à se projeter dans cet avenir.

Délégation réduite de 9 à 6 ans

Sur la plage de la Pointe-Rouge, même après le service, Cyrille Rebuffat, patron de l’Escale et président de la branche saisonnier de l’UMIH (Union des métiers des industries et de l’hôtellerie), a du mal à se détendre. Il doit d’abord trancher une question : “Est-ce que je reste sur mon activité de restauration sachant que cette activité marche très bien ? Ou est-ce que je garde la restauration pour le soir et je fais du transat la journée pour éviter d’être en concurrence avec ceux qui le proposeront ? Le tout sachant que les horaires de ces deux activités se chevauchent. Honnêtement, je ne sais pas encore”. 

Mais c’est le deuxième élément qui justifie l’annulation du précédent appel à candidatures qui inquiète plus encore le restaurateur. En effet, le rapport au conseil municipal indique  que “les services de l’État ont informé la Ville de Marseille qu’une « durée de 6 ans est suffisante pour l’amortissement des investissements à prévoir sur les futurs lots d’exploitation»“. À l’origine, le premier appel à projets prévoyait une durée de 9 ans. “Je voulais ouvrir toute l’année, faire une terrasse avec des baies vitrées et du chauffage à l’intérieur, finalement je vais devoir revoir ma copie et l’investissement qui allait avec”, regrette Cyrille Rebuffat.

“Plus de pizzas mais des coquillages”

Enfin, la dernière interrogation du patron de l’Escale porte sur les prestations qu’il va devoir offrir, avec en perspective, une montée en gamme. Jusqu’ici, la faiblesse du loyer l’autorisait à proposer des petits prix. “Pendant des années, l’État a proposé des AOT [autorisations d’occupation temporaires, ndlr] d’un an aux commerçants. Cela leur était très favorable économiquement mais précaire. Avec une concession de 6 ans, la situation est plus confortable et nous leur proposons un tarif qui est le même que celui des concessions dans le reste des espaces publics de la ville”, précise Didier Réault. Des tarifs indexés sur la superficie et le chiffre d’affaire des restaurateurs et forcément plus élevés que ceux jusque-là pratiqués.

“Depuis les années 1970, on nous a toujours renouvelé sans problème nos AOT”, explique le patron de l’Escale qui estime que les loyers seront désormais entre 2,5 et 4 fois plus chers. “Si le loyer augmente, forcément il va falloir se poser la question de l’augmentation des prix de vente, et donc de la qualité de ce que l’on sert. Je vais peut-être arrêter les pizzas et faire plutôt du poisson et des coquillages, poursuit Cyrille Rebuffat. Aujourd’hui, on a 90 % de notre clientèle qui est marseillaise. J’ai l’impression qu’on veut faire de cette plage une carte postale pour les touristes, qui, comme à Saint-Tropez, sont prêts à payer beaucoup plus cher.”

À terme, la mairie, qui investit de “10 à 12 millions d’euros pour la protection de la plage”, envisage de relier la plage à celle de la Vieille-Chapelle que l’érosion a peu à peu séparé de sa voisine. “Cela permettra d’ouvrir un nouveau lot”, se réjouit Didier Réault qui compte bien, comme la loi le permet, privatiser jusqu’à 20 % de l’espace balnéaire ainsi élargi.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    « Il y a des gens qui viennent sur la plage pour trouver des services.” Ils “dépensent entre 60 et 70 euros par jour…” Mince alors, Marseille n’est plus la ville populaire que je croyais, où les “gens” allaient à la plage pour aller à la plage et se baigner.

    Sans rire, quelle proportion de la population locale peut sortir “entre 60 et 70 euros par jour” pour louer un transat et un parasol et manger une médiocre salade ? Où vivent nos élus ? Faut-il vraiment marchandiser jusqu’aux mètres carrés de sable ?

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    • Magnaval Magnaval

      “populaire” ? Quand on voit le prix du mètre carré et le revenu moyen des residents du quartier, l’adjectif est assez usurpé.
      Et surtout, il est assez injuste de réduire “populaire” à un synonyme de graillon et de salmonelles.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Sauf erreur de ma part, les Marseillais qui fréquentent les plages de Marseille ne sont pas seulement “les résidents du quartier”, loin de là : les plages ne leurs sont pas réservées, pas plus à la Pointe-Rouge (qui attire beaucoup de monde en raison de la facilité de la mise à l’eau) qu’ailleurs.

      Je ne réduis en rien “populaire” à quoi que ce soit : je n’étais pas plus favorable à la pérennisation des cafoutches qui défiguraient cette plage que je ne le suis à sa privatisation partielle et à sa “montée en gamme”. Je postule que sur une plage, on n’a pas besoin de “services”, “d’activités” ou de restauration qui prennent de la place et génèrent des nuisances, qu’ils coûtent 60 euros ou 10 euros : on n’y a besoin de rien d’autre que de sanitaires.

      L’exemple de la plage de Pampelonne, qui fut magnifique et est totalement défigurée par un chapelet d’établissements commerciaux tout son long fait peut-être rêver certains, mais pas moi.

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Où vivent nos zélus , au “Cercle des Nageurs” ou bien au club “La Pelle” cher 8e, donc bien loin des marseillais qui “vont” à la mer prendre un bain.
    Encore un délire de la mairie qui veut transformer la Pointe rouge et la Vieille Chapelle en Moorea ou bien en Voile Rouge comme à Ramatuelle.
    Monsieur Réault , l’été, un conseil. Faut mettre le ‘bob” Ricard sur le teston, le cagnard y tape

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    • Magnaval Magnaval

      Si les gens se contentent d’aller à la mer “prendre un bain”, ils n’auront besoin ni de oparasols et transats, ni de restaurants. Et rien ne les prive de ce droit de prendre un bain.
      En revanche, livrer ceux qui le veulent à la mafia du cradingue qui squattait le domaine public auparavant n’est pas un objectif acceptable.

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  3. Dark Vador Dark Vador

    A lire les commentaires ci-dessus tout est dit. Mais nos “édiles” ne veulent rien savoir, donc on aura, évidemment, tout ce que l’on ne voulait pas. Il n’y aura pas de surprise, les choses vont repartir comme avant. Ce que ne dit pas Monsieur Réault, c’est qu’il a un parent implanté là depuis des décennies. Mes amis, le débat est (d’ores et déjà) clos.

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  4. barbapapa barbapapa

    Non monsieur Reault, dégun ne veut des matelas transats à la Pointe Rouge, sauf des voyous “plagistes” bien en cour à la mairie, et svp arrêtez de privatiser à tout crin les minuscules bouts de plage qu’il reste à Marseille !

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Cela sent aussi bon qu ‘à Cortiou cette affaire.

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  6. reuze reuze

    C’est un secret de Polichinelle que la consultation qui vient d’être annulée était taillée sur mesure pour les restaurateurs existants, tout comme les modalités du réaménagement de la plage elle-même.
    Pas étonnant que les restaurateurs de la Pointe Rouge aient été les seuls à se positionner…

    Ensuite, je ne comprends pas bien les regrets de M. Rebuffat: suite au démontage des installations en dur ordonné par les services de l’Etat, le projet des restaurateurs consiste à… installer des baies vitrées et du chauffage pour ouvrir à l’année? Vraiment?

    Enfin, j’aime toujours beaucoup les chiffres avancés à la volée concernant la dépense qui s’évapore de Marseille. Après les hordes de consommateurs s’envolant vers les centres commerciaux d’Aix, d’Aubagne et d’ailleurs, les poches pleines de billets ; la manne des croisiéristes dépensant sans compter autour du Vieux Port en faisant chauffer la carte bleue ; voici les CSP++ de la plage, dépensant 60 à 70 euros par jour pour un transat et trois boissons.

    Et si on parlait plutôt de tous les contribuables qui paient la taxe foncière, la taxe d’habitation, et consomment, et finissent par fuir Marseille devant la qualité déplorable des services publics et le bazar généralisé?

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  7. Brallaisse Brallaisse

    Contribuable marseillais payant taxe foncière et taxe d habitation de montants exorbitants je confirme les observations de Reuze, seuls ces derniers chiffres sont vrais à Marseille. Les autres chiffres pondus par la mairie sont toujours aussi fantaisistes.
    Je trouve même le terme de bazar employé un peu léger, mes cousins italiens eux emploiraient celui de Casino, à vos dictionnaires.

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      C’est le bazar à l’hôtel de ville, quoi.

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  8. petitvelo petitvelo

    Les transats de l’escale Borely ne semblent pas saturés, et il reste encore beaucoup de marseillais sur les routes de la cote bleue ou de St Cyr le week-end. Il semble donc un peu pré-maturé de transformer aussi la pointe rouge en centre commercial. Maintenant, si les 20% de privatisé sont pris sur la nouvelle liaison avec vieille chapelle, c’est plutôt gagnant, gagnant pour tous les bords. Mais les promesses, on a l’habitude.

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  9. Athena Athena

    Les gens qui vont dans le Var cherchent des plages sans staphylocoques et une eau sans matière fécale… peut être est ce par la qu il faudrait commencer…

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