Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : les enjeux d’un scrutin opaque

Décryptage
par Julien Vinzent & Lisa Castelly
le 3 Sep 2020
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Ce jeudi, le PS des Bouches-du-Rhône arrête sa stratégie pour les sénatoriales du 27 septembre. Marsactu fait le point sur le fonctionnement et les enjeux d'une élection qui devrait être marquée par le retour en force de la droite et un renouvellement des parlementaires.

L'hémicycle du sénat en 2018. Crédit : Jacques Paquier/Flickr

L'hémicycle du sénat en 2018. Crédit : Jacques Paquier/Flickr

Encore des isoloirs. Mais cette fois-ci réservés à 3488 grands électeurs. Après la longue séquence des élections municipales et métropolitaines, les partis repartent pour une courte campagne des sénatoriales. Organisé le 27 septembre dans 63 départements dont les Bouches-du-Rhône, ce scrutin est le plus complexe de la vie politique française. C’est aussi le seul où les rapports de force sont connus précisément à l’avance. Tour d’horizon des enjeux saillants.

1.

Qui vote aux sénatoriales ?

Principalement des conseillers municipaux. Scrutin indirect, les sénatoriales sont ainsi le reflet des résultats des municipales 2020. Dans les communes comptant jusqu’à 30 000 habitants, tout ou partie des élus – cela peut aller jusqu’à 35 – participeront au scrutin, en fonction de la population. Dans les plus grandes villes, des délégués supplémentaires permettent d’assurer une représentation équitable.

Ainsi, à Istres, 16 personnes désignées par les différents groupes politiques viennent s’ajouter aux 43 conseillers municipaux. À Marseille, les longues listes affichées lors du conseil municipal du 12 juillet comptaient… 1041 noms, soit au total 1299 bulletins pour la plus grande ville du département. Les partis doivent ainsi trouver des “grands électeurs” de confiance, souvent issus des cercles familiaux, amicaux des réseaux militants ou parapublics.

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À ces représentants des communes, s’ajoutent 129 parlementaires et conseillers régionaux ou départementaux. En cas de cumul de mandats, l’élu ne peut pas voter deux fois. Il désigne alors un autre électeur, là encore souvent un proche, pour porter le bulletin en son nom. La députée Valérie Boyer fait par exemple appel à son assistant parlementaire Maxence Jouve pour son mandat de conseillère municipale.

2.

Des sortants vers la sortie

En octobre 2020, il se peut qu’aucun des sénateurs élus dans le département quelques jours plus tôt n’ait déjà foulé les marches du Palais du Luxembourg. Quel que soit le résultat, ces sénatoriales seront marquées par un renouvellement important. Alors qu’en 2014, cinq des huit sortants des Bouches-du-Rhône avaient été reconduits, la plupart d’entre eux ne se représentent pas. C’est le cas à droite bien entendu de Jean-Claude Gaudin qui a pris sa retraite politique mais aussi de Bruno Gilles, victime de son échec personnel à Marseille, et Sophie Joissains, qui se recentre sur Aix-en-Provence. Même Anne-Marie Bertrand, propulsée sénatrice en 2017 à la faveur du non-cumul de Jean-Claude Gaudin, ne figure pas sur la liste LR.

À gauche, Samia Ghali a choisi d’honorer son mandat de 2e adjointe à la maire de Marseille. Jean-Noël Guérini (ex PS) et sa colistière Mireille Jouve tentent en revanche de sauver leur siège acquis par leur liste Force du 13, Michel Amiel ayant lui préféré retourner diriger la mairie des Pennes-Mirabeau. On voit cependant mal comment l’ancien président du département, renvoyé au tribunal correctionnel de Marseille pour prise illégale d’intérêt, pourrait rééditer ce coup politique qui nécessite l’appui de nombreux élus.

Quant à Stéphane Ravier (RN), la perte de son secteur des 13e et 14e arrondissements réduit fortement ses chances de passer la barre des 300 à 400 voix nécessaires pour arracher un siège. Avec 103 bulletins acquis à Marseille et l’appui de 18 conseillers régionaux ou départementaux, il lui faudrait ratisser large dans le reste des Bouches-du-Rhône, où son parti n’a enregistré aucune victoire, perdant même des conseils municipaux dans plusieurs villes comme Aix-en-Provence. Il présente sa liste ce jeudi.

3.

Qui sont les candidats ?

Les listes ne sont pas toutes rendues publiques, les partis ayant jusqu’au 11 septembre pour les déposer. Favori de ce scrutin dans le département, LR a été le premier à faire connaître ses candidats fin juillet. En première place figure le maire de La Ciotat, Patrick Boré, suivi de la députée Valérie Boyer – qui laisserait donc son siège à son suppléant à l’assemblée, le maire de secteur Julien Ravier. Viennent ensuite le maire de Rognac, Stéphane Le Rudulier, l’adjointe aixoise Brigitte Devesa et le maire de Graveson, Michel Pécout. C’est le dernier qui peut espérer entrer au Palais Bourbon, sauf performance inédite ou désunion de la gauche. À gauche, justement, la ou les listes sont toujours en cours d’élaboration (voir plus bas).

Pour LREM, ce sont Jean-Pierre Serrus, maire de la Roque d’Anthéron et Caroline Pozmentier, ex adjointe marseillaise à la sécurité qui mènent la liste. Une candidature de témoignage, au vu de la faible implantation du parti présidentiel dans les municipalités locales.

4.

À droite, Vassal et Muselier en propulseurs

Leur présence en 9e et 10e position est symbolique, pour une élection où la droite peut espérer au mieux rafler six des huit sièges. Mais la présidente du conseil départemental et de la métropole Martine Vassal et son homologue du conseil régional Renaud Muselier auront tout de même un rôle à jouer dans la campagne.

Comme l’a déjà montré l’élection à la présidence de la métropole de Martine Vassal, le paysage politique des Bouches-du-Rhône comprend de nombreuses majorités sans étiquette ou oscillant entre divers droite, centre et divers gauche. Des centaines de voix qui peuvent basculer et pour lesquelles la relation déjà existante compte. Avec Vassal et Muselier, LR peut ainsi compter sur le poids institutionnel de leurs collectivités respectives, interlocuteurs réguliers des maires et financeurs importants de leurs projets. Un aspect sonnant et trébuchant qui est évoqué plus ou moins finement, comme l’avait illustré notre reportage en 2014 dans les pas du candidat Gaudin.

5.

un vote du PS attendu ce jeudi

L’union n’est pas encore actée pour les formations de gauche. Les tensions pas si lointaines des municipales sont encore présentes, sans parler des appétits qui s’aiguisent pour les départementales et les régionales à venir. Comme l’ont déjà évoqué plusieurs médias dont Gomet’ et La Marseillaise, les discussions se concentrent sur une alliance façon Printemps marseillais, avec PS, PCF et EELV. À Marseille, les trois formations, alliées à Samia Ghali totalisent 577 grands électeurs, ce qui représente déjà un siège, presque deux.

Mais de nombreux paramètres coincent encore. Au sein du PS, une réunion de rentrée du conseil fédéral doit décider ce jeudi soir de la stratégie à adopter. Deux personnalités sont candidates pour porter les couleurs du parti, le maire de Miramas Frédéric Vigouroux, et l’ex ministre marseillaise Marie-Arlette Carlotti. Et avec elles, deux lignes. Le premier, qui n’a pas souhaité faire de commentaire, serait plus favorable à une liste 100 % socialiste, hypothèse soutenue par la première fédérale Nora Mebarek. La seconde souhaite l’union avec les autres partis “pour traduire la dynamique du Printemps marseillais et la poursuivre derrière aux cantonales et aux régionales”.

Dans le cas d’une union, il faudrait toutefois parvenir à combler une équation à plusieurs inconnues. Jérémy Bacchi (PCF) souhaiterait la première place, car son parti estime avoir derrière lui le plus de grands électeurs. Parité oblige, la seconde place sur cette liste serait une femme, et c’est ici que se positionnerait Marie-Arlette Carlotti. Un scénario qui a de quoi agacer au sein du PS, où certains commencent à se lasser des compromis, mais aussi du leadership des Marseillais sur le reste du département. “On a tout de même une sénatrice sortante”, pointe une élue socialiste, faisant référence au siège de Samia Ghali, qui n’a pas renouvelé sa carte au parti depuis plusieurs années. En 2008, le PS comptait quatre sénateurs.

EELV accepte de son côté, avec Guy Bennaroche, d’occuper la troisième place sur la liste. Mais dans le cas où les socialistes feraient bande à part, il faudrait s’attendre à voir trois listes se présenter, chacun reprenant ses grands électeurs dans son panier.

6.

Une Union pour jouer la sécurité ?

Dans les Bouches-du-Rhône, le scrutin des sénatoriales se joue à la proportionnelle pure. Ce système permet en théorie une représentation plus diverse des partis, sans la pression forte pour se regrouper pour arriver en tête, comme cela a pu être le cas aux municipales. Mais dans la configuration de la gauche, encore faut-il que chacun soit assuré de passer séparément la barre des 300 à 400 voix nécessaires pour obtenir un siège. Le tout sous la pression d’une déperdition des voix des élus restés fidèles de Jean-Noël Guérini, mais surtout de conversions d’électeurs flottants à la domination institutionnelle de LR.

Ainsi, Guy Bennaroche, co-secrétaire régional EELV, estime entre 250 et 300 le nombre de grands électeurs acquis aux écologistes, un nombre insuffisant pour s’assurer un siège de sénateur. PS et PCF pourraient quant à eux gagner un sénateur sortant en partant seul. “Si PS, PC et EELV partent ensemble, on fait deux élus sûr, et probablement un troisième. Si chacun part dans son coin, aucun des trois n’est assuré d’avoir un élu”, insiste-t-il. Selon ses calculs, les trois formations de gauche rassemblées peuvent s’appuyer sur un socle de “1080 à 1200 grands électeurs”. “Des statistiques pas de la politique”, reconnaît celui qui espère devenir le premier sénateur écologiste des Bouches-du-Rhône.

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Commentaires

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  1. didier L didier L

    Tambouille en cours … pour quels résultats concrets !

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    • BRASILIA8 BRASILIA8

      c’est ce système d’élection totalement anti démocratique qui donne cette tambouille

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  2. patrick patrick

    cette assemblée ne sert à rien sauf à recycler les bras cassés de la politique

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    • Jacques89 Jacques89

      De temps en temps, ils arrivent à se réveiller quand même, quand la population constate leur léthargie (affaire Benalla) et qu’elle se pose la question de leur utilité (comme un violent coup de pied au cul des endormis).
      Mais ce sera une bonne occasion de voir si le taux de participation sera le reflet de la dernière “expression populaire” (j’en doute). Comme d’ab ce sera un entre-soi qui conduira à déconnecter un peu plus les représentants de leurs bases (si tant est qu’elles existent encore).

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      @Jacques89 le taux de participation sera de 100%, les grands électeurs sont obligés d’aller voter sinon ils ont une amende.

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  3. Sentenzza Sentenzza

    ça devient la cours des miracles cette assemblée, les miraculés de la justice !

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  4. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Puisqu’on parle actuellement de Jospin dans l’actualité, rappelons qu’il avait, à juste titre, qualifié le Sénat “d’anomalie démocratique”. C’était en 1998.

    Qu’a-t-on fait, depuis 22 ans, pour que la composition de cette assemblée reflète mieux le pays réel ? Rien.

    Ses membres restent élus par les copains et la famille, et les alternances politiques s’y produisent presque aussi souvent qu’au Soviet Suprême à l’époque de l’Union Soviétique.

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    • Julien Vinzent_ Julien Vinzent_

      Bonjour,
      c’est pourtant suite au rapport de la commission présidée par ce même Lionel Jospin (Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique, rendu en 2012), que le mode de scrutin du Sénat a été modifié pour étendre la proportionnelle (gage de parité et de représentation plus forte des partis minoritaires) à davantage de départements (seuls les départements n’élisant qu’un ou deux sénateurs continuent à voter au scrutin uninominal à deux tours, le même que pour les députés) et corriger la représentation des villes (avec 1 délégué supplémentaire pour 800 habitants et non 1000, même si la proposition de la commission allait plus loin).
      Je vous renvoie à la présentation de la loi https://www.senat.fr/leg/etudes-impact/pjl12-377-ei/pjl12-377-ei.html

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Merci Julien. Je corrige donc mon commentaire : il faut remplacer “rien” par “presque rien” 😉

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Cher 8e, moi aussi j’aimerai être Sénateur.
    7000 euros, autant en frais et possibilité d’embaucher un assistant. Sans compter une cantine gastronomique, le coiffeur, les voyages d’études, une convention obsèques royale, une retraite au top, un régime chômage dont le qualificatif pourrait être de superbe.
    Franchement, cela fait rêver, même si certaines siestes crapuleuses peuvent êtres rigolotes, rien à voir avec les siestes sénatoriales qui elles sont enrichissantes et durent à minima 6 ans.

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      Pourquoi crois-tu que Valou-la-Catho-pas-Arménienne veuille y aller ?

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    • Félix WEYGAND Félix WEYGAND

      Une excellente bibliothèque avec des documentalistes hors pair, un jardin magnifique, des fauteuils sur-mesure…
      On ne comprend pas pourquoi les sénateurs ne produisent pas tous des romans…

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  6. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Toujours d’actualité cette chanson de Michel SARDOU
    “Dans les années trente,
    Le tabac augmente,
    Il faut trouver des milliards.
    La gauche et la droite
    S’insultent et se battent
    Et retour à la case départ.”

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  7. ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

    Bacchi en tete de liste d’union de la gauche.
    Pour faire élire Muselier et Vassal au Sénat c’est une bonne stratégie.
    Le PCF est une machine à gagner cette année : Bacchi abandonne le 7e secteur (livré en cadeau à Vassal), Charroux fait le vide des élus de gauche à la métropole, Jorda et La Piana perdent le bastion de Gardanne et Papy Rosso (Le Rove) oublie son parti pour un poste de vice président de la Métropole.
    Allez-y les gars !

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    • Brallaisse Brallaisse

      Nous connaissons maintenant le prix d’un traître aux idées, un poste de sénateur. Mes “amis” communistes sont de sortie.
      Mourir pour des idées, disait le poète,
      Faut quand même pas déconner, camarade.

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    • Mistral Mistral

      Effectivement Bacchi en tête de liste ce n’est pas de bonne augure !

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Bacchi a donc une ambition sénatoriale. Tout s’éclaire… On le comprend, les fauteuils du Sénat sont plus confortables que le maquis de son grand père

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