Roms à Marseille : errance et préjugés

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le 16 Fév 2012
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Roms à Marseille : errance et préjugés
Roms à Marseille : errance et préjugés

Roms à Marseille : errance et préjugés

"Les Roms, boucs-émissaires d'une politique sécuritaire qui cible les migrants et les pauvres". C'est le titre sans équivoque du rapport national de Rom Europe, qui revient sur les années 2010 et 2011.

Composé d'associations nationales – Médecins du Monde (MdM), Secours Catholique, Ligue des Droits de l'Homme – et locales – Ampil, Rencontres Tsiganes – le collectif dresse par le menu la gestion de ce "groupe aux contours flous et fantasmés", avec "l'éloignement [comme] objectif prioritaire" et la "multiplication des violences de tous ordres". Avant de lister ses recommandations, adressées – comme il est de coutume dans cette période – aux candidats à la présidentielle.

Le constat local de Cendrine Labaume (MdM), qui a présenté le rapport à Marseille aux côtés des autres associations membres, est dur :

"Il n'y a pas eu de trêve hivernale pour les Roms, qui sont passés d'un habitat certes précaire, comme des cabanes, à des bouts de trottoir"

Etienne Noël (Secours Catholique) observant une "aggravation de leur situation de santé mais aussi morale, avec une énergie qui se perd". Pas sûr que ce signal d'alarme soit autant entendu des pouvoirs publics que les propositions de la conférence des présidents d'université (qui était la semaine dernière à Marseille), du Medef ou de la Mutualité… Mais il résonne tout particulièrement à Marseille, qui a les honneurs d'un encadré dans le rapport.

Le Samu Social dans le viseur

"Le Samu social municipal, depuis le mois de septembre 2011, en accord avec les services de la Préfecture, est présent au moment des évacuations et propose un hébergement d'urgence", explique le document, qui cite les deux expulsions de La Capelette et de Fontvert. Jusqu'ici, rien qui vienne mettre en défaut le fameux "traitement humaniste" dont se prévaut le maire UMP Jean-Claude Gaudin.

La suite, qui explique l'insertion de l'encadré dans le chapitre "l'utilisation de l'aide au retour humanitaire comme nouvelle forme d'éloignement", oui : l'hébergement serait "conditionné à l'acceptation (par signature) de la proposition OFII" (Office français de l'immigration et l'intégration) d'un retour dans leur pays d'origine.

Contacté, le directeur du Samu Social René Giancarli n'admet ni ne dément vraiment. "Cela dépend de la saison", et donc de la place disponible. "Au mois d'août, nous avions 220 personnes pour 370 places, on a pu loger tous les Roms de la porte d'Aix, sans condition. Mais après vient la période du plan hivernal, où l'on se retrouve dos au mur".

On n'a pas ciblé les gens, mais on a dit "si vous voulez partir on vous loge, sinon cela va être compliqué".

Invasion et problème culturel

Et au-delà du cadre général de la politique de l'Etat, de nombreux points évoquent Marseille. Face à la migration, pour beaucoup économique, de ces populations dont Rom Europe souligne la diversité, le collectif déplore le "fantasme de l'invasion". Et rappelle notamment que "leur nombre est stable depuis plusieurs années, et de l'ordre de 20 000 personnes sur l'ensemble du territoire national".

"Invasion", le mot (sous sa forme verbale "envahir") a été utilisé récemment par Jean-Claude Gaudin lors de ses voeux au CIQ. Et son adjoint à l'Exclusion Michel Bourgat en vient parfois lors d'entretiens à l'argument selon lequel Marseille ne pouvait pas accueillir les 10 millions de Roms – environ – présents sur le territoire européen.

C'est un autre élu, cette fois-ci encarté Europe Ecologie-Les Verts, qui vient illustrer "l'autre assertion affirmant que les difficultés d'intégration sont culturelles" : en août, dans les Grandes Gueules sur RMC, il avait lancé que « si demain [les Rroms] pouvaient travailler facilement je ne suis pas convaincu que culturellement parlant ils se jetteraient sur les offres d’emplois du Pole Emploi ».

Preuve que la droite n'a pas le monopole en la matière. C'est d'ailleurs la maire PS du 2/3 que l'on voyait sur Canal+ dimanche exposer une variante de l'argument de Michel Bourgat ("le 3e arrondissement ne peut pas accueillir toute la misère du monde") après que le reportage avait rappelé sa participation à l'apéro organisé par des habitants de la Belle-de-Mai après l'évacuation d'un camp.

Gardère et Hollande sur Dimanche+

Une petite sauterie où le préfet de police Alain Gardère avait été immortalisé le godet de rosé à la main. Ce dernier est d'ailleurs interrogé par les journalistes de Dimanche+, et occupe le thème affectionné par son ministre de tutelle de la "délinquance roumaine". Membre de Rencontres Tsiganes, Jean-Paul Kopp y voit un exemple "de la rhétorique gouvernementale (…) de faire passer ces familles pour un groupe très homogène et tous délinquants, évidemment".

 

 

Après le reportage à Marseille, Anne-Sophie Lapix a cuisiné François Hollande sur le sujet. Le candidat socialiste à la présidentielle s'est attiré, par ses propos, un bad buzz déclenché par l'UMP, qui y a vu un dépassement par la droite…

 

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Interrogé, Jean-Paul Kopp, est mal à l'aise sous son autre casquette de militant socialiste.

 

 

Il faut dire que l'analyse et les recommandations du rapport sont effectivement loin de celles de son champion.

 

 

Et qu'à Marseille l'expérience de l'Espace d'hébergement solidaire – animé par l'Ampil avec le soutien du conseil régional et la participations de membres de Rom Europe – démontre la possibilité d'une autre politique. "On est en sur-sur-occupation (sic), l'accueil est un peu sauvage (re-sic), mais le conseil d'administration et les salariés en prennent la responsabilité", souffle Kader Attia, directeur de l'Ampil.

Même restreinte, celle du logement diffus de familles menée par cette même association apporte elle une preuve par les faits d'une possibilité d'intégration. Dans sa défense, René Giancarli dit aussi travailler dans ce sens avec le Samu Social : "nous sommes en train de chercher trois logements pour des familles qui ont trouvé du travail".

 

 

Attendue de longue date, une table ronde pour des solutions d'intégration se profile enfin, avec l'annonce ce jeudi d'une mission conduite par le préfet délégué à l'Egalité des chances Raphaël Le Méhauté. "Une série de réunions techniques avec les collectivités et les municipalités concernées (…) pourrait constituer, à la condition que des solutions en émergent, un préalable à la tenue d'une table ronde", a indiqué la préfecture dans un communiqué.

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Commentaires

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  1. anonyme anonyme

    Enchantée de mettre un visage sympathique sur un posteur proche de ma sensibilité

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