Retournement inattendu dans la gauche marseillaise : Payan renonce et soutient Rubirola

Actualité
le 7 Jan 2020
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Longtemps pressenti comme candidat pour mener la liste d'union de la gauche à Marseille, le socialiste Benoît Payan a annoncé lundi qu'il ne se présenterait pas pour ne pas "servir de prétexte à la division". Alors que les signataires du mouvement doivent se prononcer par vote jeudi et vendredi, il annonce soutenir la candidature de l'écologiste Michèle Rubirola.

Tout était quasiment prêt pour démarrer à la mi-janvier. Du duo de têtes de liste formé avec Sophie Camard au sein du Printemps marseillais, un rassemblement de partis et d’associations de gauche, Benoît Payan devait progressivement en devenir la tête de pont, le candidat à la mairie centrale. Cela aurait dû être officialisé ce mardi puisqu’il était programmé pour prendre la tête d’une liste de cadres du mouvement où l’on aurait aussi compté l’écologiste dissidente Michèle Rubirola et le communiste Jean-Marc Coppola, côté politiques, et des figures de la société civile de l’autre.

Mais cette patiente construction menée par le président du groupe PS au conseil municipal s’est effondrée. Benoît Payan ne mènera pas le combat pour la mairie de Marseille. C’est sa binôme Sophie Camard (membre de la France insoumise) qui l’a d’abord officialisé dimanche 5 janvier dans un mail au “comité de pilotage” en accord avec l’intéressé.

Après avoir gardé le silence auprès des membres du Printemps marseillais pendant les vacances, il l’a annoncé lundi par une vidéo mise en ligne sur Facebook : Benoît Payan a choisi de pousser l’élue qui est son binôme au conseil départemental, l’écologiste Michèle Rubirola. “Je refuse de servir de prétexte à la division. C’est parce que je suis convaincu que Marseille peut et doit changer, parce que je sais que ma responsabilité est grande, que j’ai pris la décision de ne pas me présenter comme tête de liste et de soutenir Michèle Rubirola”, déclare-t-il. 

🔴 Ma seule ambition, c'est Marseille. Marseillaises et Marseillais,Au moment où je m’adresse à vous, j’ai conscience du moment historique que s’apprête à vivre notre ville. Jamais l’enjeu n’aura été aussi important pour l’avenir de la deuxième ville de France, et je veux m’adresser directement à vous.Vous êtes des milliers à me suivre, et je veux vous dire combien vos mots et vos messages m'encouragent à mener ce combat pour Marseille.Ce combat, nous l'avons mené dans le Conseil municipal et en dehors, pour défendre les plus fragiles, pour rénover nos écoles, pour exiger une autre politique du logement, pour défendre notre environnement et notre cadre de vie.Au risque de voir perdurer ce système qui a conduit Marseille dans le mur, et face au danger du FN, nous n'avons pas d'autre choix que de nous rassembler pour gagner. C'est notre seul et unique espoir. Ce rassemblement de la gauche, des citoyens et des écologistes, il existe aujourd'hui, il s'appelle le Printemps Marseillais.Bien évidemment, des esprits chagrins ont eux préféré leurs petits intérêts personnels à la construction d'une alternative crédible pour Marseille. Marseille se meurt de ce personnel politique médiocre, de ces diviseurs et de ces irresponsables. Je ne serai jamais de ceux-là.Marseille, c'est ma ville, et j'ai consacré tout mon temps et toute mon énergie à la connaître, à la comprendre et à vouloir la changer en travaillant sans relâche, en portant votre voix dans l'hémicycle et en dehors, en me battant dans mon propre parti pour faire que le rassemblement soit enfin possible. Cela a été dur, j'ai pris des coups de la part du système.Je sais que ma candidature a été souvent évoquée, et vous avez été nombreux à me dire qu'elle suscite de l’espoir. Je sais qu'il y a des milliers de Marseillais de tous horizons qui me disent d'y aller. Et je sais que j'y suis prêt.Et pourtant, je vois aussi que certains se servent de moi comme d'un prétexte pour leurs petits calculs, comme d'un alibi malhonnête pour refuser l'union. Ils ne critiquent pas mes convictions, juste mon étiquette.Et bien je ne leur servirai pas d'excuse.Je ne suis pas fait du même bois qu'eux, et contrairement à eux, je sais faire passer l'intérêt général avant mon intérêt personnel.Je suis là pour me battre pour mes idées, pas pour moi-même.Je suis là pour servir une cause, pas pour faire une carrière.Je crois en chacun des mots et des actes que j'ai posés pour faire naître le rassemblement, et je refuse de servir de prétexte à la division.C'est parce que je suis convaincu que Marseille peut et doit changer, parce que je sais que ma responsabilité est grande, que j'ai pris la décision de ne pas me présenter comme tête de liste et de soutenir Michèle Rubirola. Dès demain, je serai candidat à ses côtés, pour porter l'espoir et le changement.Michèle Rubirola est une femme libre, un médecin du service public qui combat les injustices dans les quartiers nord et la première et la seule conseillère départementale écologiste de Marseille.Avec Michèle Rubirola, nous avons réussi ensemble en 2015 à battre le FN et la droite de Martine Vassal, et à vaincre les tenants du système qui voulaient nous faire échouer.Je sais qu'elle symbolise ce rassemblement, cette exigence de solidarité et d'écologie, de justice et d'environnement.A partir d'aujourd'hui, toutes celles et tous ceux qui continueront la division seront des alliés du système, des soutiens cachés des héritiers. Et parce qu'ils ouvrent la porte de la Mairie au front national, ils me trouveront sur leur chemin.Notre force sera l’union, et nous ferons taire tous les diviseurs. Pas pour nous, mais pour tous les Marseillais qui souffrent et qui espèrent une autre ville, et que cet autre ville est possible.La décision que je prends aujourd'hui est évidemment une décision difficile et je sais qu'elle va susciter des déceptions, mais je veux vous dire avec force, que c'est un engagement résolu et déterminé à gagner Marseille. Aujourd'hui, je fais passer mes idées avant ma personne, au service de Marseille et des Marseillais. Ma détermination est totale pour l'avenir de notre ville.Gagner Marseille, la rendre plus verte et plus juste, la réunir, j’y consacre toute mon énergie.Gagner Marseille, c'est possible si chacun prend ses responsabilités comme je prends aujourd'hui les miennes.Gagner Marseille, c'est le seul combat qui mérite d'être mené en 2020, et rien ne justifie qu'on sacrifie l'espoir des Marseillais.Tous ceux qui veulent changer Marseille doivent aujourd’hui se rassembler. Se mobiliser.Je sais que l'espoir arrive, l'espoir est là !Le rassemblement est possible, et au Printemps, l’espoir va gagner !

Publiée par Benoît Payan sur Lundi 6 janvier 2020

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe au sein du mouvement. Alors qu’il s’apprête lui aussi à être candidat à la tête de liste autour d’une proposition d’équipe alternative, Stéphane Coppey, écologiste suspendu d’EELV, ne cache pas sa stupéfaction : “Je ne comprends pas vraiment ce qu’il se passe. Le schéma qui semblait écrit depuis longtemps voire trop longtemps ne tient plus.”

Un vote jeudi et vendredi

Le Printemps marseillais est tenu par ses propres règles. Un vote des 4500 signataires de l’appel à un “mouvement sans précédent” publié le 11 juillet sont invités à se prononcer par un vote physique et en ligne les 9 et 10 janvier. Les listes doivent se faire connaître avant ce mardi 7 janvier à midi. Le règlement précise qu’il faut “a minima indication de la tête de liste générale”. Le vote de vendredi vaudra donc investiture pour le leader de la liste arrivée en tête.

Dans ce contexte, Sophie Camard, la suppléante de Jean-Luc Mélenchon, se range elle aussi derrière Michèle Rubirola : “Benoît Payan et moi on a servi de paratonnerre, suffisamment tous les deux. On a atteint avant les vacances de Noël un niveau de violence énorme. On a bien entendu le message. On pense que la meilleure solution, la plus concertée et la plus collective, c’est Michèle Rubirola.”

Un duo Camard-Payan “qui ne fonctionnait pas”

La figure de Benoît Payan était depuis longtemps clivante au sein de la gauche locale (lire notre article publié en septembre 2019). Pour ses soutiens, de cœur ou de raison, il était le seul candidat à avoir le charisme, l’éloquence et l’expérience politique pour conduire ce collectif à la victoire. Pour d’autres, son appartenance au Parti socialiste depuis plus de vingt ans le disqualifiait pour mener le combat.

Toutes ces questions s’effacent donc aujourd’hui mais de nouvelles naissent : quelle stratégie adopteront les militants de la France insoumise qui avaient fait un casus belli d’une tête de liste PS ? Leur leader, le député Jean-Luc Mélenchon a salué dans un communiqué la décision du jeune élu marseillais. “Son message a porté. Benoît Payan a pris acte et il n’a pas joué la logique suicidaire de son maintien“, écrit-il, saluant  son “sens du devoir”. Mais le député prévient : “le retrait de Benoit Payan ne doit pas être galvaudé ni récupéré par une combinaison de circonstance“, appelant de ses vœux l’émergence d’une “fédération populaire“.

Cela augure de nouvelles négociations pour déterminer l’équilibre des forces dans la première lise de chefs de file qui doit être présentée au vote dans deux jours et validé d’ici ce mardi midi. Le retrait de Benoît Payan peut-il permettre le ralliement du mouvement du Pacte démocratique ? Voire le maintien de la CGT ? Le syndicat a annoncé par communiqué ce lundi soir, dans un timing surprenant, quitter le Printemps marseillais en raison de la possible désignation de Benoît Payan.

Autre interrogation, la liste qui regroupe EELV et d’autres petites formations écologistes “Debout Marseille !”, menée par Sébastien Barles, regardera-t-elle d’un œil différent le Printemps marseillais ? Comment se positionnera-t-elle face à la candidature d’une de ses membres, suspendue du parti en raison de sa dissidence ?

“On a testé des formules, on a bien vu que ça ne fonctionnait pas, explique Sophie Camard. Notre duo ne calmait pas les choses. On dit à celles et ceux qui ne voulaient pas de candidat de la France insoumise ou de candidat issu du Parti socialiste qu’ils n’ont plus de raison de ne pas nous soutenir.”

Pour le Printemps marseillais toute alliance doit désormais aller vite. À deux mois du scrutin, le mouvement sait que sa priorité est de se tourner vers des électeurs qui ne le connaissent pas encore. Mais, s’il a depuis peu un mandataire financier, le Printemps marseillais doit encore travailler sur les 303 noms qui constitueront les listes. De source interne, on indique que le pari d’une liste paritaire entre militants politiques et membres de la société civile est loin d’être acquis. À ce jour, un peu moins de 60 personnes seulement ont déposé une candidature spontanée pour y figurer.

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Commentaires

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  1. ALAIN B ALAIN B

    Votre article est surprenant, pour quoi dire que seul Payan avait la carrure pour être Maire, d’abord il faut gérer la ville à l’inverse de GAUDIN, il faut une véritable partage de responsabilité avec tous les adjoints, les maires de secteurs, les élus et même les habitants
    Payan représentait (je ne le connais pas) l’ancienne idée du PS avec ses favoritismes, ses élus condamnés en particulier dans le 13ème et 14ème, …
    Certainement des socialistes sont sincères et travailler avec eux sera profitable pour tous
    Alors au lieu de discuter des têtes de liste il faudrait discuter des programmes et discuter des orientations de l’ancienne municipalité et pourquoi ces orientations ont amené Marseille dans cet état déplorable
    Ne pas se faire piéger par la droite qui ne discute pas de programme, et le peu qu’elle donne, qu’elle le réalise ou non ce n’est pas son problème mais le notre certainement

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    • julijo julijo

      Tout à fait d’accord.
      le “retrait” de payan semble une bonne nouvelle, même si la tête de liste ne m’a jamais passionné, (il est vrai que cela a son importance)…. l’essentiel est dans une équipe qui fonctionne dans le même sens.
      Maintenant, le PROGRAMME ????? si on parlait sérieusement du programme !!

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  2. vékiya vékiya

    pour se présenter avec l’étiquette ps il fallait un certain aveuglement, revendiquer le bilan de hollande et marcher dans les pas du ps local avec le soutien de faure était de mauvais augure. son retrait arrive un peu tard.

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  3. didier L didier L

    Ok; la décision de Payan est certainement la bonne … il était temps. Nous sommes le 7 janvier ! Mais tout de même depuis plusieurs mois on assiste dans la gauche marseillaise à une gueguerre de clans, de personnes, de courants, de chapelles de plus ou moins bonne ou mauvaise foi qui parfois ne représentent qu’eux mêmes.
    Bref on ne parle que de tambouille, alors j’abonde dans le sens des commentaires précédents quel est le ou les programmes qui émergent de ce panier de crabes.
    Gagner les élections ok, mettre un terme à l’ère Gaudin ou à celle des siens ok … prendre le pouvoir, sièger à la Métrolope, à la mairie centrale ok … mais ppour fa

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  4. didier L didier L

    … la suite, mais pour faire quoi ? Il m’a peut-être échappé, mais à ce jour je n’ai pas vu ou lu le début d’un programme du ” Printemps Marseillais”. Que feront-ils du ” système Fo” qui paralyse la ville ? Que feront-ils du stade Velodrome ? Comment gèreront-ils la nécessaire réhabilitation de l’habitat dans le centre ville ? Quelle sera leur strategie en matière de logement social ? Que feront-ils de la dette ? Développeront-ils les pistes cyclable et les modes de transports ” doux” Gaudin a commencé mais avec 25 ans de retard etct etc

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  5. Tarama Tarama

    La décision de Benoît Payan l’honore et confirme la bonne impression que j’ai de lui. Il semble s’intéresser, et c’est rare, plus à Marseille qu’à son propre intérêt personnel (cette remarque est valable pour de nombreux apparatchiks locaux, même dans les partis dit “alternatifs” qui veulent tous le rassemblement… derrière eux, de Jean-Luc à Sébastien, en passant par Hendrik et autres. Beaucoup d’hommes au passage…).

    On est à deux mois des élections ! Il faut incarner les idées, il est grand temps de faire connaître les candidats. Le programme, ça devrait faire deux ans qu’il est bouclé, tant Gaudin laissé un champ de ruines et tout est à faire dans cette ville.

    Les apparatchikounets de notre gauche locale portent déjà une lourde responsabilité dans le fait que la droite ou le FN sont encore en mesure de l’emporter, après 26 ans de gaudinisme.
    Devant ce constat, je serais presque tenté de reprendre un slogan qui leur est cher : “qu’ils dégagent tous”.

    Sophie Camard et Michèle Rubirola, qui se sont élevées toutes les deux contre leurs appareils, semblent avoir du courage, et faire passer l’intérêt de Marseille avant le leur. C’est une grande qualité, dont nous avons besoin ici.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Oui, le fait que des personnes sachent s’effacer devant l’enjeu (re)donne de l’intérêt à la démarche du Printemps Marseillais, quoi qu’en pense un politicien professionnel adepte du dégagisme pour les autres. Mais que de temps perdu depuis l’été dernier ! Il faut maintenant parler projet, ça urge.

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    • corsaire vert corsaire vert

      ouf ! cela fait plaisir ! enfin des candidats qui ont le courage politique de jouer la carte de la ville et non la personnelle .
      J’aurais voté blanc mais si une vrai équipe avec un programme plausible et sans démagogie électoraliste se présente je réfléchirai ….
      Bravo les femmes!!!!!

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  6. Pitxitxi Pitxitxi

    Mélenchon, il a découvert Marseille sur une carte de France il y a 2 ans et demi. Il a très vite compris que c’était un endroit facile pour se parachuter, dans une circonscription imperdable. Grillant, au passage, la priorité aux insoumis “du cru”, obligés de laisser leur place à sa majesté. Et voilà qu’il se permet encore de dire quoi faire, qui choisir, etc.

    Revoilà les bonnes vieilles ficelles politiciennes que l’on n’a que trop connu. Et ce sont les “militants” et élus du coin, qui oeuvrent depuis des années pour tenter de redorer le blason de la ville, qui s’en retrouvent écartés.

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  7. didier L didier L

    Je partage l’avis de Pitxitxi, Mélenchon est l’un des responsable du champ de ruine à gauche à Marseille – il a flingué ses amis de trente ans socialistes – alors surtout qu’il ne vienne pas donner de leçon. Et qu’il soit discret, ” gazeux” durant la campagne, à Marseille, il ferait plus perdre de voix à la gauche qu’en gagner J’ai cru un temps à ses capacités de rassemblement et d’homme d’Etat, mais son ego et ses pathologies multiples ont complétement neutralisé le potentiel qu’il aurait pu porter. Que Sophie Camard, qui semble sincère se démarque de cet apparachik c’est plutôt bien, aux politiques locaux maintenant de donner un sens à ce que pourrait être “une gauche plurielle et responsable”. Mais ce n’est pas gagné, tous ces mois perdus en vaines palabres pèseront dans la balance électorale

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    • Brallaisse Brallaisse

      Homme d’Etat Melanchon ?, vous êtes sérieux ? . Un singe savant uniquement bon qu’à répéter fes citations.

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Quand on voit comment il a pété les plombs d’avoir perdu, on se demande comment il les aurait pétés s’il avait gagné…

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  8. B Filippi B Filippi

    Quand il pleut , c’est la faute à ce pauvre Mélenchon aussi ?

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  9. marseillais marseillais

    Avouons que c’est un sacré fouteur de merde !

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  10. Marble madness Marble madness

    Bon ben le printemps marseillais ne passera pas l’hiver…

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