Renvoyé en correctionnelle, le militant Kevin Vacher dénonce une décision « politique »

Actualité
le 18 Sep 2019
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Membre actif du collectif du 5 novembre, Kévin Vacher a été libéré après 28 heures de garde à vue. Il devra répondre devant le tribunal de faits de "violence volontaire en réunion avec préméditation". Des faits qu'il conteste, dénonçant un traitement politique pour nuire aux actions du collectif contre le mal-logement.

Épuisé mais soulagé. Le militant du collectif du 5 novembre, Kévin Vacher est sorti du palais de justice après plus de 28 heures de garde à vue au commissariat de Noailles ce mardi soir. « Il devra répondre de faits de violence volontaire en réunion avec préméditation« , explique son avocat Laurent Bartoloméi. Des faits qu’il entend contester devant le tribunal le 30 janvier prochain. « La réunion ne tient pas puisqu’il était le seul convoqué à ce jour, poursuit l’avocat. Quant à la préméditation, tout tend à prouver qu’il s’agissait d’un rassemblement pacifique. » Nous n’avons pas réussi à joindre le parquet ce mardi pour commenter sa décision.

Lui-même dit n’avoir pas souvenir des faits qui lui sont reprochés. Le mardi 10 septembre, il se rend avec les familles expulsées la veille du 36, rue Curiol, un ancien hôtel meublé propriété de Marseille Habitat (lire notre article sur les conditions de cette expulsion) au siège de ce bailleur social. Lors de cet envahissement du siège, une employée de cette société d’économie mixte de la Ville a le doigt cassé, ce qui lui vaudra cinq jours d’interruption temporaire de travail. C’est sa plainte, conjointe à celle de Marseille Habitat, qui a déclenché la procédure judiciaire contre le militant. « Une dame m’a effectivement dit cela, reprend Kevin Vacher. Je lui ai répondu à plusieurs reprises que j’étais désolé pour elle mais que je n’y étais pour rien« .

D’autres militants auditionnés par la police ce mardi ont insisté sur le caractère pacifique de l’intrusion à l’image du président de la Ligue des droits de l’homme Bernard Eynaud. « Nous avons tenu la porte ouverte pour que les familles puissent nous accompagner. Plusieurs employés étaient présents. Il y a d’abord eu une certaine confusion. Puis nous avons ensuite pu discuter avec les gens de la direction pour trouver des solutions de relogement à ces familles. Il n’y a pas eu de violences et nous avons quitté les lieux en début de soirée« , assure-t-il.

Contrôle judiciaire

En attendant l’audience de janvier prochain, Kévin Vacher est également soumis à un contrôle judiciaire lui interdisant d’approcher le siège de Marseille Habitat. « La procureure souhaitait étendre ce contrôle à une interdiction d’approcher la présumée victime et de me faire pointer au commissariat tous les mois, explique-t-il. La juge des libertés et de la détention ne l’a pas suivie en soulignant que je contestais les faits et que le pointage avait un caractère vexatoire« .

Il dénonce le caractère politique d’un traitement aussi poussé pour des faits qu’il conteste, destiné selon lui à « ouvrir un contre-feu alors que nous dénonçons le caractère illégal des agissements de Marseille Habitat ». « Les policiers ont souligné qu’il était rare de consacrer autant de temps à une affaire de cet ordre », explique-t-il. Son avocat constate de la même manière « qu’un traitement aussi inhabituel sera très utile aux très nombreuses victimes qui attendent parfois plusieurs mois avant de voir une personne convoquée dans leur affaire. Dans le cas présent, il aura fallu moins d’une semaine après la plainte de cette personne ».

Garde à vue immédiate

Informé d’une convocation pour ce lundi, à 14 heures, à la fois par téléphone et par une visite de « cinq policiers » à son domicile, Kévin Vacher se rend au commissariat de Noailles sans avocat. Sa mise en garde à vue lui est aussitôt signifiée. « C’est une décision très largement discutable à partir du moment où il était convoqué et qu’il était parfaitement coopératif », constate Antonin Sopena, le premier avocat à venir l’assister ce jour-là.

L’annonce de sa garde à vue a aussitôt entraîné une importante mobilisation devant le commissariat où il était entendu, ce lundi, puis à nouveau mardi en attente de sa libération. Plusieurs heures durant, une bonne centaine de personnes ont battu le pavé devant le commissariat de Noailles.

« Marseille Habitat fait mal aux droits »

De temps en temps, fusent des slogans dénonçant la répression policière ou demandant la libération de Kévin Vacher. « Marseille Habitat fait mal aux droits », crient les militants du collectif, levant pouces, index ou majeurs couverts de sparadrap. « Un an après les effondrements de la rue d’Aubagne, personne n’est mis en examen, aucun marchand de sommeil n’est poursuivi mais on met un militant pacifique en garde à vue ? », s’insurge un militant.

« Je crois qu’au-delà de la pénalisation du mouvement social, Kevin est traité ainsi parce qu’il a mis un doigt sur le système du mal logement et qu’aujourd’hui, le travail du collectif dérange », estime Sophie Camard, suppléante du député France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, présente comme de nombreux représentants politiques des partis de gauche, dès lundi.

Pour sa part, la présidente de Marseille Habitat, Arlette Fructus a dénoncé jeudi dernier, soit bien avant la garde à vue de Kévin Vacher, lors d’une conférence de presse l’attitude de certains militants « qui enveniment la situation et mettent sous tension les personnes en grande difficulté qu’ils prétendent aider ». Les collectifs et associations de lutte contre le mal-logement souhaitent que toute la lumière soit faite sur les conditions d’évacuation du 36 rue Curiol, point de départ de toute cette affaire.

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