Racisme assumé à la Pointe-Rouge : la justice frappe au portefeuille

Actualité
le 17 Déc 2021
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L'ex-président du Yachting club de la Pointe-Rouge a été condamné à 10 000 euros d'amende, assortis de dommages et intérêts. En février 2021, il avait déclaré lors d'un conseil portuaire vouloir être "le premier à s'armer pour aller faire de la ratonnade". Une condamnation forte qui satisfait les parties civiles mais laisse l'avenir du club en suspens.

Le Yachting club de la Pointe-Rouge est responsable de la gestion du port de plaisance. (Photo : Google Maps)

Le Yachting club de la Pointe-Rouge est responsable de la gestion du port de plaisance. (Photo : Google Maps)

Après un procès le mois dernier qui a vu intervenir une victime de ratonnade, la décision du tribunal correctionnel qui a été rendue aujourd’hui est claire. Selon la présidente, les propos tenus par Christian Tommasini le 22 février dernier en conseil du port de la Pointe-rouge tombent sous le coup de la loi, ont un caractère public et sont particulièrement injurieux.

Contrairement aux demandes du procureur, le prévenu n’est pas condamné à de la prison, et les faits de provocation publique à la discrimination ne seront pas retenus. Mais la peine n’en sera pas pour autant légère. Christian Tommasini, ex-président du Yachting club de la Pointe-rouge (YCPR) est reconnu coupable d’appel à la haine et à la violence raciale, et devra verser 10 000 euros auxquels viendront s’ajouter la même somme en dommages et intérêts et le remboursement des frais aux parties civiles. Au final, son monologue raciste lui coûtera une condamnation en justice, et près de 20 000 euros.

Pour rappel, le 22 février dernier, lors d’une séance du conseil portuaire de la Pointe-Rouge, organe gestionnaire du port où il siégeait en qualité de président de l’YCPR, Christian Tommasini avait tenu de nombreux propos racistes incitant à la violence. Devant les différents représentants, notamment plusieurs élus, il avait entre autres qualifié les maghrébins de “melons”, souhaitant “être le premier à s’armer pour aller faire la ratonnade”, avant de déclarer : “il faut les exterminer”. Des propos révélés par Marsactu, enregistrement à l’appui.

“Une intention claire de publicité”

Christian Tommasini avec son avocat Jean Boudot lors de l’audience. (Photo : Iliès Hagoug)

Durant le procès, la défense avait largement discuté le caractère public de cette réunion. Jean Boudot, avocat de Christian Tommasini avait ainsi à de multiples reprises comparé à une discussion dans un restaurant d’entreprise. Ce n’est pas l’avis de la juge, qui a expliqué qu’il s’agit “d’une séance non ouverte au public, mais composée de représentants de communautés aux intérêts distincts”. Elle retient également une volonté claire de la part de l’accusé de publier ses propos : “Il y a dans ces propos une intention claire de publicité, avec une invective au dactylo de la séance de bien noter ses propos”, pointe-t-elle. Dans l’enregistrement de la réunion publié par Marsactu, Christian Tommasini insistait en déclarant : “notez-le”.

Jean Boudot est visiblement déçu : “Même sur les vilaines affaires, il faut respecter le droit. La jurisprudence a été complètement ignorée, et au final c’est une très forte sanction économique pour M. Tommasini”. Il se laisse la possibilité avec son client de faire appel.

Serge Tavitian, avocat de la Licra, l’une des nombreuses associations qui s’est portée partie civile, sort tout sourire de la salle d’audience, “assez fier” même. C’est à l’initiative de l’association qu’il représente qu’était intervenu Khaled Cid, victime de ratonnade en Lorraine, durant le procès. “La prison n’était pas le but de ce débat, mais plutôt de savoir ce qu’il est admissible de dire. Je suis particulièrement attentif au côté pédagogique de cette décision. Peut-être que cette affaire aura servi à quelque chose”.

Le seul fait que la prison soit demandée est important. Ça ouvre la voie à une jurisprudence, ou plus de fermeté sur des propos inacceptables.

Amine Abdelmajid, avocat de la LDH

Même son de cloche pour Amine Abdelmadjid, qui représente la Ligue des droits de l’homme (LDH) : “Le seul fait que la prison soit demandée est important. Ça ouvre la voie à une jurisprudence, ou plus de fermeté sur des propos inacceptables.” La LDH touchera 1 euro symbolique de dommages et intérêts, conformément à ce qu’elle avait demandé. “Un euro symbolique parce que le dommage est symbolique, cette condamnation est également symbolique. Elle veut tout simplement dire que la haine n’a pas sa place dans notre pays, que les Arabes ne sont pas des sous-hommes mais des Français comme les autres”. L’avocat va même plus loin : “Il s’agit d’une affaire qui a un écho national et cette décision l’est aussi. À Marseille, à Dunkerque ou à Lyon, il est inacceptable de tenir ces propos et la justice l’a bien montré aujourd’hui”.

L’YCPR face à ses responsabilités

La révélation des propos de Christian Tommasini avait créé de nombreux remous et réactions chez les institutions et dans le club dont il était le président. Malgré sa démission rapide de la présidence du Yachting club Pointe-Rouge, il en était resté membre du conseil d’administration. Ce maintien avait eu pour conséquence notable le départ de plusieurs membres du club et l’annulation d’une compétition majeure cet été suite au retrait de subvention par la mairie de Marseille. Cet été, le nouveau président du YCPR Patrick Nideroest justifiait la position de Christian Tommasini au CA du club. ”Il faut laisser la justice faire son travail : s’il est condamné, la situation ne serait plus du tout la même, et nous devrons prendre d’autres dispositions”, déclarait-il. Aujourd’hui, suite à cette condamnation, le ton semble moins définitif. Sollicité, il répond par écrit que “seul le conseil d’administration décidera de la suite à donner en accord avec les membres du club, au verdict de ce jour”.

Quelques heures seulement après cette décision de justice, l’organisation des compétitions de voile des Jeux Olympiques était discutée au conseil municipal de Marseille. L’YCPR est toujours en charge du port de la Pointe-Rouge, site pressenti pour accueillir ces événements sportifs. À ce sujet, et après avoir pris connaissance de la décision du tribunal, Hervé Menchon, adjoint au maire de Marseille en charge du littoral lance un appel au club : “L’YCPR doit maintenant se questionner sur le maintien d’une personne condamnée pour appel à la haine, à l’horizon des J.O. 2024”.

Interrogée au sujet de cette décision de justice portant sur des faits qui ont eu lieu durant un conseil portuaire, organisé par la métropole, celle-ci a refusé de commenter la décision du jour ou le fait que les propos condamnés n’apparaissaient plus dans le procès verbal final de la réunion.

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Commentaires

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  1. louise louise

    tout mon respect à la source qui a révélé ces propos ignobles

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  2. Rubiscube Rubiscube

    Merci pour votre vigilance et votre travail.

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