Quel amour ! Pour 2018, la culture scelle son union avec les patrons

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Benoît Gilles
15 février 2017 4

L'association Marseille Provence culture présente les grandes lignes de MP 2018 autour du thème "Quelle Amour !" Les 15 acteurs culturels promettent une saison culturelle inédite de février à septembre, pour seulement 6 millions de budget. Ce rejeton lointain de la capitale européenne de la culture est le fils légitime de l'union de la culture et du monde économique.

Le Vieux-Port, le soir du lancement de la capitale européenne de la culture. Photo : Esther Griffe

Le symbole est connu : dans l’escalier qui mène à l’un des salons d’honneur du palais de la Bourse, le visiteur découvre les portraits des différents présidents de la chambre de commerce et d’industrie immortalisés par des peintres, photographes ou graphistes. Quoi de mieux que l’art pour s’installer dans la durée et ainsi frôler l’éternité.

C’est donc au cœur de la CCI, le jour de la Saint-Valentin, que l’association Marseille Provence culture a choisi de dévoiler les premières ébauches de MP 2018, ricochet lointain de la capitale européenne de la culture. Si longtemps les élus politiques et les gouvernants ont été les princes qui octroyaient les fonds et assuraient la subsistance des structures culturelles, désormais ce sont les patrons qui mènent la danse en compagnie des dirigeant(e)s des quinze grandes institutions culturelles du département.

Une bonne note

Tout était déjà dans la note que Marsactu avait dévoilé en mai 2016 : le thème, « Quel amour », le budget « modeste », inférieur à 6 millions, les acteurs décrits plus hauts et les ingrédients que Laurent Carenzo, ancien conseiller du président Pfister, reprend mot pour mot : « L’occupation de l’espace public, la manifestation populaire – l’ADN de 2013 – un périmètre territorial départemental, une exigence culturelle de haut niveau et un rayonnement national voire international. »

Ce dernier terme est – avec l’attractivité – le mot-clef de cette conférence de présentation. Là encore, la culture est mise au service du territoire, qui poursuit toujours l’objectif d’entrer dans le top 20 des métropoles européennes.

La capitale européenne de la culture, en 2013, avait jeté les bases d’un rapprochement inédit entre le monde économique et celui de la culture. Le premier avait contribué à hauteur de 16 % au budget global de 91 millions d’euros par le biais d’actions de mécénat, lesquelles donnent ensuite droit à des ristournes fiscales. Depuis, la raréfaction de la ressource publique a poussé les acteurs culturels à solliciter plus avant les mécènes privés. Pour MP 2018, ce sont donc des patrons qui portent l’aventure avec en président, l’armateur et ancien du Medef, Raymond Vidil.

Moitié-moitié

Cette fois-ci, l’effort financier est partagé à part égale entre le monde économique via le club Top 20 et mécènes du sud et les institutions publiques (département, région, ville de Marseille, État et Aix-Marseille université). Outre le rayonnement, le maître-mot du président Vidil, est de faciliter les flux car « c’est ce qui fait l’attractivité et le dynamisme d’un territoire » et notamment des centres-villes.

Avec une saison 2018 qui démarre le 14 février et se termine en septembre, l’idée est ainsi d’étirer la saison culturelle pour inciter les publics du cru à sillonner le territoire et attirer des touristes pour qui la culture est un atout dans le choix de destination. D’ailleurs, au sein de la gouvernance de l’association, un collège réunit les acteurs du tourisme local. Entre la culture et les patrons, le mariage est donc d’amour et de raison.

Stratégie de contournement

Cette logique était déjà clairement dessinée dans le rapport de la Cour des comptes sur MP 2013. Les acteurs culturels comme économiques y plaidaient directement pour « une stratégie de contournement des acteurs institutionnels (…) pour ne les faire intervenir qu’a posteriori et non comme initiateurs des projets culturels ». Le peu d’entrain des politiques à donner une suite à MP 2013  – alors même qu’ils s’y étaient engagés – a achevé de les convaincre de faire sans, au moins dans un premier temps.

« Avec le think tank Perle [Pour ne pas en rester là, ndlr], nous avions commencé à projeter un après 2013 mais cela n’avait pas débouché sur quelque chose de concret, reprend Laurent Carenzo. Nous avons continué les discussions avec Christian Carassou-Maillan de Mécènes du sud, Nicolas Barthe de l’agence Stan et moi-même pour la Chambre. Fin 2015, à l’initiative de Bernard Foccroulle, cinq des directeurs des grandes institutions culturelles dont La Criée, les rencontres d’Arles, le Mucem, La Friche… ont commencé à discuter sur un projet en 2018. Ce n’est qu’ensuite que nous sommes allés voir Sabine Bernasconi. »

Bas de laine de 2013

Au vu des sommes à débloquer (500 000 euros pour le Département), la vice-présidente déléguée à la culture n’a pas été compliquée à convaincre, tout comme la région par le biais du président délégué Renaud Muselier. En revanche, la Ville a été plus rétive à suivre le mouvement. « Il a fallu batailler pour convaincre certains élus de mettre le trésor de guerre de MP 2013 dans MP 2018. Certains élus voulaient se l’accaparer », glisse un opérateur. En effet, l’association MP 2013 a laissé un bas de laine de 750 000 euros et ce premier pécule doit venir abonder le budget de MP 2018.

Nulle trace de soutien des autres collectivités autrefois unies autour de la capitale culturelle. « Nous avons déjà des discussions avec Aubagne, Martigues, Arles, note Jean-François Chougnet, le directeur du Mucem qui fait partie du comité d’orientation programmatique. La première adjointe d’Istres, Nicole Joulia est également présente. J’ai bon espoir que d’autres nous rejoignent. Et même s’ils n’abondent pas directement au budget, ils participeront ». Ces communes font partie du petit groupe de villes, baptisé G6, déjà volontaires pour prolonger le partenariat créé en 2013. La ville d’Aix n’en fait pas partie, elle qui avait fermement décliné toute proposition de poursuivre l’aventure commune, dès 2014. « L’essentiel est que les grands acteurs culturels comme le festival d’art lyrique, la fondation Vasarely, ou les théâtres de Dominique Bluzet, soient présents », sourit l’ancien patron de l’association MP 2013.

60 % du budget à la création

Mais cette raréfaction de la ressource publique risque d’être un souci quand on veut à la fois séduire le public local, attirer des touristes… Loin d’être évident avec un budget de moins de 6 millions d’euros dont 60 % est directement dévolu à la programmation. « Les 15 institutions culturelles qui font partie du comité d’orientation ont signé une charte par laquelle elles s’engagent à ne pas utiliser de fonds de MP 2018 pour leur propre programmation. Au contraire, chacun de nous va mettre une partie de son budget au profit d’une création de cette année culturelle, précise Alain Arnaudet, le patron de la Friche. Par ailleurs, nous avons misé sur la coopération et le travail en commun. Les créations qui seront financées doivent au moins compter trois partenaires. » C’est aussi de cette façon que le budget modeste est censé être un levier pour démultiplier les fonds.

« En 2013, pour notre projet Ulysse, nous avions obtenu 850 000 de l’association MP 2013, explique pour sa part Pascal Neveux, le directeur du Fonds régional d’art contemporain. Au final, le budget global était de 2,5 millions si on compte la part que chaque partenaire a mis dans le projet. » Ce levier est sans cesse mis en avant. Il correspond à la volonté de mutualisation des deniers publics déjà à l’œuvre pour l’organisation des Dimanches de la Canebière.

Éviter l’effet label

Comment, dans ce cadre, éviter l’effet label, le petit cœur rose sur l’affiche, sans rien derrière ? « C’est un risque, reconnaît Pascal Neveux. Mais notre volonté est d’être exigeant. Nous avons déjà réuni 200 acteurs culturels à la Friche. Ils étaient très enthousiastes. Ils ont jusqu’au 28 février pour nous remettre une lettre d’intention. Il y a déjà de belles propositions. »

La programmation complète ne sera dévoilée qu’en automne. Pour l’heure, on ne connaît que le lancement le mercredi 14 février 2018, jour de la Saint-Valentin… et des enfants. Il leur sera « remis une mallette pédagogique pleine de surprises, notamment en écho à la création du festival d’art lyrique d’Aix à la croisée du mythe d’Orphée et d’Eurydice et de celui de Leïla et Majnun », détaille Alain Arnaudet de la Friche.

Le week-end d’ouverture sera lui une version expansée du 48 heures chrono inventé à la Friche Belle de Mai. « L’idée est de proposer deux jours d’ouverture, nuit et jour, sur tout le territoire, dans les centres-villes et les quartiers, explique Alain Arnaudet. Un moment participatif, très ouvert à la société civile et pas seulement au milieu culturel. Une sorte de feu d’artifices de cultures ». En espérant qu’il dure un petit plus longtemps.

4
commentaires

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  1. Victor LeoVictor Leo

    Un petit PEU plus longtemps ? Très intéressant, merci

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  2. Danièle JeammetDanièle Jeammet

    Dommage que vous n’ayez pas rappelé le long passé commun de Carenzo avec Tapie. Vue sous cet éclairage l’affaire ressemble vraiment à ce qu’elle est : mi-com(munication) mi-com(merce). Quant à l’art c’est une autre affaire !

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  3. enzoenzo

    « l’association MP 2013 a laissé un bas de laine de 750 000 euros et ce premier pécule doit venir abonder le budget de MP 2018. » cet élément m’interpelle en termes de finances publiques par ce qu’on appelle le principe d’annualité. Une collectivité peut prévoir des financements sur plusieurs années, toutefois une fois l’action terminée on fait les comptes et on solde l’action. Si la structure n’est pas en capacité de justifier les dépenses, l’argent est rendu à la collectivité via un titre de recette.

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    • leravidemiloleravidemilo

      Oui, je crois que nous sommes assez nombreux à être interpelés par ce genre de méthode concernant l’argent public, et il semble bien que le principe d’annualité, comme bien d’autres, soit sujet à interprétation… (peut être aurons nous droit à une explication, on peut rêver…)
      Personnellement, je suis également interpelé pour un autre motif : Bien des acteurs culturels associatifs ont succombé du fait des baisses de budgets culturels consécutifs aux folies de la kapitale , et auraient pu (du?) pouvoir bénéficier, en toute priorité, des retombées de ce « bas de laine »que nous découvrons, pour la continuité de leurs actions aujourd’hui disparues. Mais il est vrai qu’ils ne faisaient pas parti des 15 GROS qui remontent au front, et que les publics concernés et bénéficiaires n’étaient pas touristiques ou croisièrisques.
      En matière culturelle plus qu’ailleurs, ce vérifient les deux dictons bien connus : small is beautiful; et il pleut toujours où c’est mouillé…

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