Préempté, le jardin des sœurs de la rue Breteuil pourrait être partagé avec une école privée

Actualité
Benoît Gilles
10 Avr 2019 9

À l'automne, la Ville a acheté l'ancien couvent des soeurs franciscaines avec l'ambition d'y installer un parc urbain et un équipement public. Mais le maire de secteur entend également faire de la place pour l'école privée voisine à l'étroit. Au grand dam de certains riverains qui crient au bétonnage.

Le parc du couvent vu avec, au premier plan, une des cours du lycée Notre-dame de France.

Le parc du couvent vu avec, au premier plan, une des cours du lycée Notre-dame de France.

Cela n’arrive pas chaque année à Marseille qu’un jardin ouvre comme une fleur au printemps. Avec le rachat du terrain de la congrégation des sœurs franciscaines, cet automne, la Ville semblait plutôt sur la voie de l’ouverture au public d’un jardin privé sur les hauteurs de Breteuil. Certes, le texte de la préemption était vague, évoquant “la création d’un parc urbain accompagné d’un équipement public structurant [permettant] un développement qualitatif du quartier”.

Or, certains riverains craignent que l’intention de départ se retrouve considérablement amoindrie. Ainsi, lors de l’assemblée générale du CIQ Villas de Périer-Vallon de Montebello le maire de secteur (LR) Yves Moraine a ouvert la voie à une extension du cours privé catholique Notre-Dame de France, dont les bâtiments surplombent en partie le site de l’ancien couvent.

Le maire de secteur a effectivement indiqué qu’il ne souhaitait pas voir partir Notre-Dame de France, un établissement indispensable au quartier, indique Anne-Marie Chaix, la nouvelle présidente du comité d’intérêt de quartier. Mais il a bien insisté pour préserver ce havre de verdure et éviter tout nouveau bétonnage. Pour l’heure, ce n’est qu’une intention.”

“Ne pas connaître un autre Saint-Thomas d’Aquin”

Joint par Marsactu, Yves Moraine insiste sur les trois objectifs qu’il souhaite voir aboutir avec la préemption municipale. “Préserver le jardin remarquable, installer un équipement culturel de la mairie de secteur comme c’est le cas avec le Hang’Art dans les 4e et 5e arrondissements et enfin, permettre si c’est possible l’agrandissement du cours privé Notre-Dame de France, explique-t-il. C’est un établissement qui refuse chaque année plusieurs centaines de candidatures. Je ne veux pas connaître un autre Saint-Thomas d’Aquin”.

L’élu fait référence à cette école privée du 6e, vendue en quasi catimini par la congrégation propriétaire, pour y installer un projet immobilier sans que la ville ne préempte. À l’époque, la Ville n’avait pas souhaité préempter, au grand dam de l’opposition qui souhaitait y voir construire une école publique pour le quartier Noailles, très proche.

Pour l’heure, nous sommes sur une intention, prévient Yves Moraine. Je ne connais pas celles de l’établissement. La prochaine étape est de lancer les discussions entre la direction de Notre-Dame de France et le service d’urbanisme, en voyant ce qui est possible réglementairement.” Jointe par Marsactu, la direction de l’école privée n’a pas répondu à nos sollicitations dans le délai de publication de cet article.

Double protection au titre du plan local d’urbanisme

Pour l’heure, le plan local d’urbanisme (PLU) propose une double protection au site. La bastide elle-même fait l’objet d’une fiche qui signale son caractère patrimonial ancien. “Le réaménagement du couvent et de nouvelles constructions sont possibles à condition que la vocation paysagère soit préservée”, indique la fiche.

Extrait de la fiche du PLUI consacrée au couvent des sœurs franciscaines.

Sur la planche du PLU, deux types de protection couvrent la parcelle. Le premier zonage signale un “espace d’accompagnement remarquable” qui entoure la bastide et comprend notamment d’anciennes restanques destinées à la culture maraîchère, longtemps utilisées par les religieuses avant que l’âge ne les rattrape. L’autre type de protection est un “espace boisé classé” qui déborde sur une partie de la parcelle de l’école privée. Or, ce type de zonage interdit toute construction à moins de déclasser la parcelle.

Le quadrillé avec ronds verts indique un espace boisé classé. Le motif à étoiles figure un espace d’accompagnement remarquable qui entoure le couvent et sa chapelle.

Lors de l’enquête publique du plan local d’urbanisme intercommunal, plusieurs voix se sont exprimées sur ce registre de l’inquiétude et de la crainte du bétonnage. “Vous voulez construire des immeubles sur le domaine des sœurs : le bâtiment n’est il pas classé ? (…) Vous allez gâcher la vue de ce magnifique ensemble classé composé d’une chapelle entourée de verdure”, peut-on lire sous une plume anonyme, sur le registre numérique mis à disposition du public.

Cette riveraine anonyme pointe également la construction d’un nouvel ensemble immobilier sur le site de l’ancienne poste, immédiatement voisine de Notre-Dame de France. Ce programme de 65 logements dont la commercialisation démarre à peine est porté par Arkadea, une filiale commune de la Poste et d’Icade, du groupe public Caisse des dépôts.

L’ancienne poste de Vauban, objet d’un projet immobilier porté par une filiale de La Poste.

Le site de l’ancienne poste aurait sans doute permis une extension de l’école privée sans toucher à l’espace boisé classé mais quand le propriétaire vend à sa propre filiale de promotion immobilière, il est toujours difficile de s’immiscer. Plus simple alors de négocier avec la Ville.


 En attendant le parc, un lieu d’accueil pour les délogés

Lors du dernier conseil municipal, le maire a clairement laissé entendre que la Ville recherchait des sites susceptibles d’accueillir les familles délogées lors de la récente vague d’arrêtés de péril et toujours accueillies dans des hôtels. Les dernières familles qui n’auraient pas été relogées cet été pourraient donc être accueillies dans l’ancien couvent.

“C’est un hypothèse sur laquelle nous travaillons, reconnaît Yves Moraine. Nous cherchions un moyen d’éviter tout squat en attendant que le parc et le futur équipement culturel de secteur puisse ouvrir. Or, le couvent accueillait jusqu’à il y a peu un établissement destiné aux personnes âgées dépendantes (Ehpad). Il est donc tout à fait adapté à un hébergement provisoire. J’y suis favorable.”

En effet, les sœurs franciscaines installées sur cette colline depuis la fin du XIXe siècle ont vieilli avec le lieu. Le couvent s’est alors transformé en maison de retraite puis en Ehpad à mesure que les religieuses perdaient en autonomie. L’établissement s’est ensuite ouvert à d’autres personnes âgées que les seules franciscaines.

En complément, Yves Moraine envisage également l’accueil d’une structure culturelle en attendant que le projet du site soit stabilisé. Il pense notamment aux structures hébergées au sein de Montevideo, en difficulté avec leur propriétaire depuis de longues années.

Le maire de secteur LR est également favorable à la création d’une voie publique qui puisse permettre un accès facilité au parc et rejoindre ainsi la rue Lacédomène. Une perspective qui ne soulève pas l’enthousiasme de certains riverains. “D’expérience, on sait que lorsqu’on crée un point vert cela devient un point noir, estime Claude Palazzolo, vice-président du CIQ. Si on crée ce type de passage, cela va attirer les jeunes qui vont faire des rodéos, boire, fumer et faire du tapage”. Les négociations sur la vocation du lieu risquent donc d’être animées.

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