Prado Carénage offre un nouveau tunnel en forme de traquenard

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Benoît Gilles
17 Fév 2015 14

"Vous êtes tellement persuadé que nous allons faire des conneries, que vous allez l'écrire. Je vous rassure : nous n'en ferons pas." C'est par ce langage fleuri que le président Guy Teissier accueille une question sur le montage financier alambiqué qui devrait permettre à la communauté urbaine de faire creuser un quatrième tunnel dans le même périmètre du quartier Menpenti. Il intervenait ainsi à l'occasion de la conférence de presse précédant le conseil communautaire. Ce jeudi, les élus examinent une délibération officialisant le lancement de "la concertation préalable relative à la construction de la liaison souterraine Schloesing".

Ce tunnel devra permettre aux usagers de rejoindre de rejoindre "librement l'autoroute A50, traverser la place du général Ferrié ou s'engager vers le tunnel Prado Carénage"Marsactu a déjà évoqué ce projet conjointement porté par la communauté urbaine et la société marseillaise du tunnel Prado Carénage puisque cette dernière a pris en charge les études de l'ouvrage pour le compte de MPM du temps du président Caselli. L'idée est de procéder à un échange avec la société marseillaise du tunnel Prado carénage qui exploite aussi le tunnel Prado sud : un nouveau tunnel "gratuit pour les usagers" serait réalisé tout aussi gratuitement par la SMPTC en contrepartie d'une prolongation de la concession des deux tunnels payants. Eugène Caselli avait finalement renoncé  compte tenu des difficultés juridiques liées à ce montage complexe.

Prolongation de concession

Reprises par l'équipe Teissier, les négociations avec la filiale marseillaise de Vinci et Eiffage se poursuivent. À MPM, on confirme que la discussion porte notamment sur les variations de trafic dans les deux autres tunnels induites par le nouvel ouvrage. En clair, les effets sur la fréquentation peuvent elles aussi être compensés par une prolongation de la durée des concessions des tunnels Prado Sud et Prado Carénage. "Nous allons faire nos propres études pour les confronter à celles du concessionnaire", indique-t-on au cabinet du président.

"Jusqu'à présent, le droit français prévoit que vous ne pouvez pas prolonger la durée d'une concession si le gain induit est supérieur à 20% du montant actualisé de l'ouvrage. Or, en mars prochain, la transposition du droit européen en droit français prévoit de faire passer ce taux à 50%", poursuit la même source. "Ces modalités juridiques et contractuelles" modifient le cours des négociations.

Pas de montant officiel 

Aujourd'hui, du côté du cabinet, on ne confirme aucune durée de concession, pas plus qu'on ne glose sur le montant total de l'ouvrage."Comme nous ne pouvons pas dire que ce tunnel sera réalisé sous maîtrise publique, privée ou même dans le cadre d'un partenariat public-privé", balaie-t-on. En décembre, il était question d'une facture globale comprise entre 95 et 100 millions d'euros. Vu les finances de MPM et la propension de son président à réaliser des économies, la balance penche plutôt côté privé.

Résumons : la société SMPTC pourrait donc faire réaliser un ouvrage gratuit de près de 100 millions d'euros sans demander une once d'argent public en sus. Par philantropie ? Pas tout à fait. En effet, la rentabilité du tunnel Prado Carénage, n'est plus à prouver. En 2013, elle a ainsi réalisé 11,3 millions d'euros de résultat net et devrait en espérer autant pour 2014. Multiplié par sept, voire plus, on se rapproche de la facture desdits travaux qui auraient l'avantage supplémentaire d'apporter de l'activité et du chiffre d'affaires à leurs filiales en charge de la construction.

Du trafic pour Prado Sud

Autre avantage induit, pendant la durée des travaux les automobilistes auront tout avantage à utiliser le tunnel Prado Sud qui peine à attirer le trafic depuis son ouverture. Une fois l'habitude et l'abonnement pris, ils préféreront peut-être la voie souterraine et payante du périph' marseillais plutôt que sa version gratuite, la fameuse L2 construite par Bouygues. 

Le président Teissier ajoute un élément de poids dans le plateau public de la balance. Il est ainsi décrit dans la délibération : "les dispositions relatives à la mise en service du Boulevard urbain sud, incluses dans le contrat du concession du tunnel Prado Sud seront supprimées". Le président fait référence à l'annexe 7 de ce contrat qui oblige MPM à ne pas réaliser le boulevard urbain sud avant 2026 sous peine de devoir compenser le manque à gagner pour la SMPTC. Guy Teissier reformule ainsi le langage juridique : "Ce scandaleux codicille qui oblige à renvoyer la réalisation du Boulevard urbain sud aux calendes grecques". Une délibération soumise ce jeudi prévoit bien le lancement d'une enquête publique sur cette liaison qui complète la L2 au Sud. Mais la réalisation en plusieurs phases pourrait amener MPM à respecter la clause en ne le bouclant pas avant 2026.

En passant, le président de MPM omet de rappeler que le document en question a été signé par Jean-Claude Gaudin entre les deux tours des municipales de 2008 puis déposé dans la corbeille de la gouvernance partagée avec Eugène Caselli. Mais, surtout, il ne fait pas mention d'un autre point de cette annexe. Au paragraphe 1 intitulé "Aménagements sur la base desquels s'est déterminé le concessionnaire" on peut lire : "fermeture à la circulation de la passerelle Ferrié à la mise en service du tunnel Prado Sud". Les automobilistes s'aperçoivent tous les jours que cet autopont est toujours debout. Rien de grave ? Au contraire, il pourrait bien constituer une autre clause léonine.

Quelques paragraphes plus haut, le concessionnaire définit avec précision les conséquences du maintien de la passerelle : 

Si ces aménagements ou des mesures d'effets équivalents ne sont pas réalisés à cette date et s'il en résulte des effets négatifs sur la fréquentation de l'ouvrage, la collectivité et le concessionnaire conviennent de se rapprocher en vue d'examiner les moyens à mettre en oeuvre pour compenser lesdits effets négatifs pour le concessionnaire. 

Le percement d'un tunnel raccord à Prado Sud serait une belle "mesure d'effets équivalents" pour le concessionnaire. À MPM, on assure que le concessionnaire n'est pas venu chercher des noises sur ce paragraphe de l'annexe 7. Les exploitants ont tout bonnement préféré proposer un nouvel ouvrage. "La destruction de la passerelle est inscrite à l'annexe 7. Nous avons besoin de détruire la passerelle pour faire passer le tramway. Nos intérêts convergent", reprend impassible notre source au cabinet.

L'impératif du tramway

Le président Teissier valide cette analyse : "Si nous voulons faire passer le tramway à cet endroit, il faut détruire les passerelles et pour permettre aux voitures de passer, il faut réaliser un tunnel". Pourtant la synthèse d'une étude de l'Agam sur le secteur Rabatau/Schloesing, disponible sur le site de l'agence d'urbanisme, dit le contraire. Nulle part, il n'est question de la réalisation d'un tunnel en contrepartie des nouveaux aménagements. On peut admirer un beau plan de coupe du boulevard Schloesing qui prévoit de faire passer un tramway, quatre voies pour les voitures, des arbres, des trottoirs, voire même des pistes cyclables si on élargit un peu la voie.

Contacté par nos soins, le directeur de l'agence d'urbanisme qui dépend de MPM, Christian Brunner, ne voit là aucune contradiction "avec les orientations de la communauté urbaine dans ce secteur. Depuis différentes études sont venues compléter celle-ci, notamment liées au passage du tramway par Cantini vers les hôpitaux Sud". Quant à l'étude globale dont est extrait cette synthèse, "elle n'est pas disponible à l'Agam" mais auprès de MPM. À la communauté urbaine, on évoque aucune étude générale mais une série d'études mises en oeuvre entre 2009 et 2012 notamment liées au tramway et à ses effets sur la circulation. Bizarrement, elles n'ont pas eu d'influence sur le Plan de déplacements urbains (PDU), le document officiel qui projette la future carte des transports de l'agglomération. Adopté en 2012, il ne mentionne nulle part l'hypothèse d'un tunnel à cet endroit.

"Mais le PDU est un document très général qui n'entre pas dans ce genre de détail", répond-on au cabinet. Ah ? En tout cas, il prévoit bien la ligne Sud du tramway via Cantini et même la destruction de la passerelle Ferrié. Mais ce document ne s'est pas attardé au détail d'un tunnel à plusieurs dizaines de millions d'euros. En revanche, Vinci et Eiffage ont su se montrer prévoyants. Côté chemin de l'Argile, les constructeurs du Prado Sud ont réalisé le cadre en béton qui permettra de raccorder le futur tunnel Schloesing. "Ce n'était pas inscrit au cahier des charges. Cela ne leur a pas coûté grand chose de la faire", note-t-on au cabinet. Effectivement, cela ne coûte rien de se montrer prévoyant.

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