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le 31 Mai 2013
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Quel est le point commun entre la Fête de la musique, une aire de camping-car, la création d'une bibliothèque à la Belle de Mai et le prolongement de la ligne 40 ? Toutes ces questions vont l'objet d'une pétition numérique. En moins de trente secondes, en échange d'une adresse IP, d'un nom et d'un code postal, l'internaute peut soutenir une cause. Aussi rapide que "poker" un ami sur Facebook. Prolongation moderne d'une pratique qui remonte à fort longtemps, les pétitions en ligne se sont multipliées ces derniers mois au niveau national mais particulièrement au niveau marseillais.

On aurait pu penser que la trentaine de pétitions marseillaises actuellement hébergées par la plateforme Change.org étaient filles de l'affaire Guetta qui peut se vanter d'avoir recueilli plus de 77 000 signatures, dont plus de 16 000 marseillaises déposées sur le bureau du Maire. En réalité, le mouvement a commencé quelques mois auparavant comme l'explique Sarah Durieux de Change.org : "C'est l'appel des Marmottes pour l'ouverture du métro la nuit qui a lancé la dynamique en novembre dernier. Deux jours après, MPM étendait les horaires d'ouverture. Nous avons communiqué par mail sur ce succès". A l'époque, Marsactu avait relayé ce frémissement sur la toile.

Pour les marmottes, ce recours à la pétition ne relevait pas d'une stratégie. "On m'a donné l'idée sur les réseaux sociaux, explique Lagachon qui avait lancé un coup de gueule sur son blog. En deux jours, la pétition a décollé". Son appel sera signé par 1300 personnes et couronné par une belle victoire, mais le blogueur reste lucide sur l'impact qu'a eu son initiative sur la prise de décision : "La variable la plus forte est l'état des forces en présence. En l'occurrence, la pétition est venue donner une légitimité aux partisans de notre cause dans les services de MPM"

Du national au local

Peu de temps après, une autre pétition pour sauver le savon de Marseille lancée par un particulier fait à son tour parler d'elle. Victoire là encore puisqu'en mars, alors que plus de 20 00 signatures sont rassemblées, le gouvernement annonce la création d'une indication géographique contrôlée. "La pétition sur les subventions pour le concert de Guetta est née de ces deux-là", explique Sarah Durieux, qui compte entre 20 et 22 000 utilisateurs marseillais. L'affaire Guetta avait tous les éléments réunis pour exploser les records. Toutes pétitions confondues sur Change.org, la pétition du Commando anti 23 juin s'est classée 5ème  en termes de signatures.

Aussi médiatique fut-elle, elle ne serait cependant pas un cas à part. "Quand nous sommes implantés en France en mars 2013, explique t-elle, les pétitions étaient majoritairement sur des thèmes internationaux, notamment sur les droits de l'Homme. Nous avons de plus en plus de pétitions sur des revendications locales". Loin derrière l'Ile-de-France qui compte 2 400 initiatives de ce genre, la région PACA se classent devant Rhône-Alpes avec 1200 pétitions.

Chiffon rouge

Parmi cette kyriade de pétitions, les objets diffèrent autant que les initiateurs. Certaines sont lancées par des citoyens via une initiative personnelle, comme celle du savon de Marseille. D'autres sont des appels à l'aide d'associations en difficulté. L'institut de beauté solidaire Hygia voit son avenir obscurci du fait de subventions toujours incertaines. Elle lance sa pétition il y a quinze jours. "Les adhérentes ont voulu faire entendre leurs voix et pour elles cela passait par là, explique la présidente Sylvie Bareille. Nous n'avons pas eu de retour des collectivités pour l'instant". Dans ce cas, le recours à la signature en ligne est un chiffon rouge qu'on agite. 

Marseille a également connu le cas du collectif citoyen, sans réel forme juridique, ni association 1901 ni parti politique avec le commando anti 23 juin devenu "les Sentinelles" sur les réseaux sociaux. Le groupe a lancé une pétition ironique sur les subventions accordées à une société de production dans le cadre de la Fête de la Musique de France Télévisions sur le Vieux-Port. "Le recours à une énième pétition n'a pourtant pas fait l'unanimité au sein des Sentinelles", confesse Frédéric Coupet, auteur du texte. Mais ces critiques ont fini par se raviser pour lancer à leur tour leur propre pétition sur le sujet. Du coup, on nage en pleine confusion, ce qui évidemment, fait perdre de l'efficacité au combat engagé.

Ces pétitions fonctionnent en vase communicant avec les réseaux sociaux. La pétition Guetta a ainsi été partagée 21 000 fois sur Facebook et Twitter (depuis le site change.org) et 7700 partages ont été enregistrés pour une des deux pétitions sur les frais de justice de Guérini. L'un de leurs initiateurs, Dominique David, a d'ailleurs déposé un recours administratif sur le sujet. Preuve s'il en est que l'action de signer ne suffit pas en soi. Il faut, à un moment, que la démarche passe au réel, en passant par exemple par la voie judiciaire.

"Les pétitions effraient les politiques"

La réponse politique est rarement rapide, comme le montre l'affaire Guetta où l'infléchissement a émané de l'artiste et non de la Ville. Pour les Sentinelles, Frédéric Coupet explique que les élus leur tournent autour discrètement : "Les élus nous ont contacté de manière officieuse, nos téléphones n'ont pas arrêté de sonner. A gauche, au centre et chez les écolos, on nous a fait des propositions, notamment pour les municipales qui arrivent". Preuve, selon Coupet, que "les pétitions effraient les politiques". A gauche, on a bien senti la dynamique du mouvement avec une véritable envie citoyenne de changements. Guetta a été évoqué à plusieurs reprises dans le cadre de ce début de campagne pour la primaire socialiste.

Peut-on pour autant considérer que l'essor de ces pétitions construit un nouveau rapport de force entre  les politiques et les citoyens ? Si certaines pétitions deviennent de véritables outils pour renforcer la légitimité de ses initiateurs, beaucoup restent sans réel poids. En revanche, elles révèlent une nouvelle forme de participation et d'implication. "Le fait que des citoyens expriment par une pétition un désaccord avec la politique mise en oeuvre relève d'une délégitimation de la souveraineté du politique voire d'une motion de défiance, explique Yann-Arzel Durelle-Marc, historien du droit auteur d'une thèse intitulée "Pétitionnement et droit de pétition durant l'Assemblée nationale constituante".

Ce n'est pourtant pas un renouveau, le support seul est nouveau. Il y a depuis longtemps des pétitions, surtout au niveau local même si c'est une habitude plutôt anglo-saxonne.

Le lancement d'une pétition suppose toutefois que les citoyens sont dans une certaine relation avec les élus et les pensent capables d'entendre leurs voix. "C'est une forme de contrôle démocratique, notamment de l'usage des deniers publics, poursuit Yann-Arzel Durelle-Marc. Les gouvernants sont toujours hésitants sur le fait de répondre aux pétitions pour des aspects pratiques". Nul doute pourtant que dans la campagne à venir, ces pudeurs devraient rapidement sauter sous les nécessités du pragmatisme électoral.

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Commentaires

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  1. SDF SDF

    Attention !! Les campings cars ont le même classement européen que les automobiles ! Donc pas de stationnement payant nocturne !

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  2. Oeil de lynx Oeil de lynx

    La grosse différence entre ces pétitions, c’est que certaines ne se contentent pas juste d’appeler à signer. Les sentinelles se servent des sujets pétition pour montrer le fonctionnement des prises de décisions, et étayent leurs propos avec des documents officiels- par exemple des conventions d’accord de subventions – qu’ils décryptent et recoupent, ainsi qu’avec des articles de presse parfois anciens. Pour mieux montrer les contradictions entre les mécanismes des décisions, les paroles à la presse des protagonistes et la communication officielle. Ca aussi c’est du réel ! Il y a plus que besoin de faire cette forme de pédagogie détachée de discours idéologique. Et qu’il soit détaché d’idéologie et ne veuille pas s’abriter derrière des candidats aux prochaines élections semble déplaire.
    Vous avez une curieuse tendance à oublier le travail d’équipe de ce groupe, et la participation active de ses membres, alors que lors des interviews il a toujours été mis en avant. Oubli de journaliste?

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  3. strangerinthenight strangerinthenight

    ce matin j’ai reçu une nouvelle pétition,”contre l arrêt de TARATATA”,euh…
    faut pas pousser mémé ,vraiment il y en a qui ont rien a foutre .regardez ARTE bande de ploucs.
    a quand une petition contre les petitons en bois .

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