Pour les régionales, Yvon Berland divise les centristes d’Agir

Info Marsactu
le 6 Jan 2021
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L'ensemble des élus locaux du parti politique Agir signe une lettre contre le positionnement du candidat malheureux aux municipales Yvon Berland, nouvellement adhérent, comme chef de file pour les élections régionales. Au motif que cette candidature hypothèquerait une alliance future avec la présidente sortante Martine Vassal (LR) lors des élections départementales.

Affiche de campagne d'Yvon Berland, lors de la présentation de son programme, durant les élections municipales en mars 2020. Photo J.V.

Affiche de campagne d'Yvon Berland, lors de la présentation de son programme, durant les élections municipales en mars 2020. Photo J.V.

“Nous, élus locaux, membres de l’équipe de travail de notre parti dans les Bouches-du-Rhône, candidats potentiels aux prochaines échéances électorales, vous demandons solennellement d’être entendus et de rejeter la candidature d’Yvon Berland à nous représenter pour les élections régionales 2021.” Ainsi se conclut cette lettre datée du 15 décembre dernier, adressée aux dirigeants nationaux d’Agir, son président Franck Riester en tête, et que Marsactu a pu consulter.

Sur quatre pages, ses signataires – tous membres de l’antenne départementale de ce parti, composante de centre-droit de la majorité présidentielle – disent leur opposition à un potentiel rôle aux régionales d’Yvon Berland qui aux municipales marseillaises n’a pas soulevé les foules. “Il n’a fait qu’un score de 7,88 % à l’échelle de la 2e ville de France, qui n’a rapporté aucun élu Agir à Marseille, et qui a fait perdre la ville à la droite. La droite le considère comme l’artisan principal de sa défaite”, écrivent-ils. Depuis l’élection, l’intéressé a toujours estimé qu’il n’avait pas été aidé dans cette campagne, notamment par le calendrier choisi par la majorité présidentielle qui ne l’avait désigné qu’en décembre, trois mois avant le premier tour.

Légitimité

L’ancien président d’Aix-Marseille université (AMU) a adhéré au mouvement de centre-droit à la fin du mois de novembre dernier. Jean-Luc Ricca, ex-élu de la majorité Gaudin, co-délégué départemental et colistier de Berland aux municipales est l’artisan de son arrivée chez Agir. Le Conseil national d’action du parti se réunira à la mi-janvier pour désigner les chefs de file qui dans chaque région assumeront l’organisation et la coordination des élections régionales. “Dans ce cadre-là nous avons proposé Yvon. Et j’espère qu’il sera missionné pour assurer les négociations avec la République en marche et le Modem pour les régionales. C’est une personnalité reconnue, de grande qualité, il donnerait lisibilité et envergure à notre démarche“, assure Jean-Luc Ricca.

Son enthousiasme n’est pas partagé par tous. “Notre opposition tient à des considérations stratégiques et non personnelles”, résume Valérie Giacomazzi. La déléguée départementale Agir et conseillère municipale d’opposition à Bouc-Bel-Air, est l’une des initiatrices de ce courrier cinglant signé par les 13 conseillers municipaux et adjoints d’Agir dans le département. “Nous apprécions l’homme, son passé professionnel, mais pour nous ce n’est pas l’évidence”, reprend-elle. De son côté Monique Cordier, ancienne adjointe de Jean-Claude Gaudin issue de la société civile, nouvelle adhérente d’Agir et signataire du texte s’interroge: “Quelle est sa légitimité à incarner un mouvement dynamique… surtout après son échec aux municipales ?”

Berland perçu comme un frein à une alliance avec Vassal

La lettre des élus mécontents développe aussi très clairement sa stratégie d’union de la droite. Que l’implication d’Yvon Berland viendrait, selon eux, déstabiliser : “Ce choix aurait également et surtout un impact sur les élections départementales (…). Les cantons où nous avons des chances de pouvoir l’emporter se gagneront sur nos valeurs de droite, et probablement grâce à une alliance avec Martine Vassal. (…) Or, le choix d’Yvon Berland est pour elle un casus belli qui pourrait réduire à néant nos chances de discussions et d’alliances.” On imagine bien mal, en effet, celle qui vu la mairie des 6e et 8e arrondissements de Marseille lui échapper notamment en raison du maintien du candidat soutenu par La République en marche, venir tisser une alliance avec lui pour les échéances électorales futures.

Enfin, la missive rappelle l’importance du rôle de la présidente du département des Bouches-du-Rhône en matière de dotation aux communes. Pas question de voir, sous prétexte d’une négociation assurée par Yvon Berland, s’assécher ce généreux robinet: “Nous nous permettons de vous rappeler que le département est un grand pourvoyeur de fonds pour les communes dans lesquelles nous sommes élus. Il est pour nous d’une importance capitale que le département reste aux mains de la droite.”

Contacté par Marsactu, Yvon Berland n’a pas donné suite. Jean-Luc Ricca, son ancien colistier aux municipales, affirme respecter la position de “cette quinzaine de personnes”: “C’est une minorité et nous ne sommes pas d’accord”, évacue-t-il. Convaincu du “bien-fondé” d’une mission confiée à l’ancien candidat à la mairie de Marseille, il croit ferme dans les chances de son champion.

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Commentaires

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  1. nicolas maisetti nicolas maisetti

    Merci pour cet article – et bravo pour votre “entrée” dans l’équipe. J’avais une question à propos des Régionales au centre. Il se murmurait qu’une candidature de Frédérique Vidal se préparait pour LREM. Ça se confirme ? Au-delà, on peut imaginer une candidature LREM ET une candidature Berland (Agir) ? Ou cette dernière enterre-t-elle l’hypothèse d’une candidature LREM ?

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    • Coralie Bonnefoy Coralie Bonnefoy

      Bonjour et merci 😉 d’abord. Ensuite, pour répondre à votre question, Agir (comme LREM et le Modem, autres composantes de la majorité présidentielle) vont désigner dans les jours à venir des “chefs de file” régionaux qui auront pour tâche, dit-on pudiquement, de “coordonner” les élections futures. En clair de négocier avec les autres partis pour établir des listes qui conviennent à tous (il est évidemment exclu qu’Agir parte seul, par exemple). La cheffe de file de LREM en Paca devrait, comme vous le dites, en toute logique être la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal. Et Yvon Berland est donc proposé pour devenir celui d’Agir (hypothèse qui ne réjouit pas certains élus locaux comme le montre ce courrier).

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  2. petitvelo petitvelo

    “Nous nous permettons de vous rappeler que le département est un grand pourvoyeur de fonds pour les communes dans lesquelles nous sommes élus. Il est pour nous d’une importance capitale que le département reste aux mains de la droite.”
    Entre clientélisme et intérêts général, ces élus se positionnent sans ambiguïté.

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    • MarsKaa MarsKaa

      J’allais soulever le même passage, tellement révélateur des pratiques locales… y aura-t-il un “printemps provençal” pour décrocher toutes ces arapèdes toxiques ?

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Cette phrase est tellement incroyable que je suis allé la relire en me pinçant.

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  3. Jean Peuplus Jean Peuplus

    2021 année exceptionnelle de la transparence où les élus locaux n’hésitent plus à louer par écrit les bienfaits du clientélisme. Mais que faut il comprendre, que le département accorde des subventions aux communes en fonction de leurs orientations politiques et non pour l’intérêt commun?

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    • MarsKaa MarsKaa

      Avec cet aveu écrit (et quelques faits notables) il n’y a aucun doute..

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    • Annette Placide Annette Placide

      Vous en doutiez ?
      Il suffit de regarder les subventions accordées aux communes de droite et les autres !
      Stupéfiant !
      Si vous voulez profiter des plus beaux équipements, actuellement emménagez dans une commune de droite de la Métropole !

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  4. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Il est grand temps que les critères d’attribution des fonds départementaux aux communes soient votés publiquement par l’assemblée départementale, connus de tous, stables et dépolitisés.

    Il faut sortir de ce clientélisme mortifère qui aboutit à ce que le bon plaisir du président ou de la présidente soit le critère principal. Et à ce que des élus municipaux écrivent en toute innocence qu’en raison de ce clientélisme assumé, il leur paraît “d’une importance capitale que le département reste aux mains de la droite.”

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    • julijo julijo

      oui, c’est vraiment LE point déterminant : l’attribution des fonds aux communes, qui permet toute une série d’arrangements politiques parfois contre nature…. et souvent en incohérence avec d’autres élections.

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    • GlenRunciter GlenRunciter

      Ce “clientélisme” est en réalité généralisé, vous le savez bien. Les “renvois d’ascenseur” de ministres à des élus qui les ont aidé à acceder au pouvoir, etc, etc… C’est vieux comme le monde.

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  5. patrick patrick

    et pourtant Yvon Berland est le mieux placé compte tenu de sa performance à la municipale

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  6. Manipulite Manipulite

    La distribution de fonds du département au bénéfice des communes est en effet un puissant levier de clientélisme. Il se pare d’appellations ronflantes : « contrat de développement » …La preuve : un ancien président du conseil général 13 continue à se faire élire sénateur à la faveur de cette reconnaissance du ventre par les petits maires et conseillers municipaux.

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  7. Dark Vador Dark Vador

    Monique Cordier qui déclare (à propos de Berland) : “quelle est sa légitimité à incarner un mouvement dynamique?” L’hôpital qui se fou de la charité! 😂😂😂

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  8. Tyresias Tyresias

    Ah bon ! C’est qui ? -;

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  9. Dark Vador Dark Vador

    Monique Cordier, ancienne adjointe de Jean-Claude Gaudin issue de la société civile, nouvelle adhérente d’Agir et signataire du texte

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  10. Brallaisse Brallaisse

    Surtout ancienne présidente des CIQ marseillais et dont Gaudin l’a affublé de la légion d’honneur.
    On se pose la question d’ailleurs à quel titre ?

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  11. raph2110 raph2110

    Difficile et complexe la politique ici et ailleurs. Je ne crois pas qu’on lave plus blanc dans d’autres villes, d’autres grandes agglomérations, d’autres régions. Peut-être que dans le midi on est moins discret qu’ailleurs ? Ce qui est certain c’est que le pouvoir contraint certains à passer des convictions à des arrangements, d’intérêts collectifs ou personnels. Le citoyen dans un vote qu’il pense démocratique, se soucie majoritairement de l’intérêt public et il ignore tout, de ce qui se trame en coulisses et qui vient généralement modifier le projet pour lequel les citoyens ont voté. Une démocratie plus forte devrait associer davantage durant le mandat, la société civile, mettre en débat les grands projets avec les citoyens pour passer de l’information (pas toujours très transparente) à une vraie concertation en tenant compte de l’expertise des usages, des avis techniques, politiques et financiers. Malheureusement une fois le temps du vote passé, le pouvoir en place décide et la démocratie ne devient plus qu’un hologramme pour laisser croire qu’elle existe bien en vue de prochaines élections.

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  12. philippesanmartin philippesanmartin

    test

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