Pour le parquet, Zéribi a “vampirisé” une association au profit de sa campagne électorale

Actualité
le 9 Juil 2020
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Au dernier jour de son procès pour abus de confiance et abus de biens sociaux, Karim Zéribi a maintenu se sentir victime « d’une forme d’injustice ». Le parquet a requis 2 ans de sursis et 50 000 euros d’amende.

“Désolé d’avoir été long. Mais cela me paraissait nécessaire vu que tout est contesté dans ce dossier”, se justifie le procureur de la République Étienne Perrin. Ce mercredi en fin de matinée, le magistrat a requis à l’encontre de Karim Zéribi deux ans de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende. Ce dernier comparaissait depuis lundi pour abus de confiance et abus de biens sociaux. Les réquisitions comprennent également quatre ans de privation des droits civiques, civils et de famille et cinq ans d’interdiction de gérer une société. De quoi signifier à l’ancien eurodéputé d’Europe écologie-les Verts qu’il serait malvenu “de le voir revenir sur la scène politique”, prévient le procureur.

À l’annonce des réquisitions, l’ancienne figure des « Grandes Gueules » et chroniqueur des émissions de Cyril Hanouna est restée muette. Au cours de ses dernières déclarations lors du troisième et dernier jour de son procès, Karim Zéribi explique surtout avoir “l’impression de subir une forme d’injustice”. En cause : la somme des témoignages qui l’accablent. Car comme Marsactu l’a écrit à l’ouverture du procès, l’enquête est nourrie par de nombreuses auditions d’anciens salariés d’APC et d’APC-R, deux associations qu’il a créées pour les jeunes de quartier. Selon eux, ces structures ont servi de “véhicule politique” aux campagnes menées par leur fondateur. Ces témoignages n’ont pas fait vaciller l’ex député européen, souriant aux magistrats : “vous savez, il y a bon nombre de personnes que j’aurais aimé confronter ici !”

Mais à la place, les deux avocats de Karim Zéribi ont convoqué d’autres témoins bien plus favorables à leur client. Au deuxième jour du procès ce mardi (lire notre compte-rendu de la première journée), le tribunal a par exemple pu faire la connaissance de Hassen Hammou, jeune militant politique auteur d’un petit buzz médiatique en 2014 (lire son portrait). “Grâce à l’association APC-R, j’ai pu bénéficier d’un tuteur et créer ma société”, promeut-il. Quant aux mauvaises langues causant du tord à Karim Zéribi, il affirme, énigmatique : “vous savez, je peux trouver 1000 personnes dans les quartiers Nord qui en veulent à des personnalités publiques”.

Des dépenses qualifiées d’abus de biens sociaux

En début d’après-midi, le tribunal aborde le second volet du dossier : l’abus de biens sociaux, considérant que Karim Zéribi s’est servi des fonds d’une société pour effectuer des travaux chez lui. C’est lui qui a créé la SARL K2C en 2007. La gérance a successivement été assurée par Chrystelle L., épouse d’un ami proche puis par son fils. La société a principalement permis à son fondateur d’exercer ses activités médiatiques. “En 2004, j’ai commencé à participer à l’émission ‘”Les Grandes Gueules”. Au début, je facturais ma prestation en free-lance puis un jour, la direction de RMC m’a dit que je devais créer une interface”, assure-t-il. En cinq ans, plus de 300 000 euros alimentent alors les comptes de K2C.

Sauf qu’en analysant les dépenses, les enquêteurs découvrent qu’au moins 47 000 euros de travaux au domicile familial ont été directement réglés via la société. “En soi, vous avez financé ces opérations avec l’argent que vous avez gagné et personne ne le nie. Mais la question que tout le monde se pose, c’est de savoir si vous n’en n’avez pas sciemment retiré un avantage fiscal”, avance la présidente. Avec cette manœuvre, Karim Zéribi a mécaniquement réduit le chiffre d’affaire de K2C et donc le montant des prélèvements. Il s’en offusque : “à quel niveau ? Cela ne m’a même pas effleuré l’esprit, je ne suis pas assez compétent sur le plan fiscal pour cela !”.

“Karim m’a dit : j’ai besoin de faire des travaux à la maison.”

Chrystelle L. est la première gérante de K2C choisie par Karim Zéribi. Sous son mandat, elle achète une Mercedes à 19 000 euros. Une décision engagée “toute seule”, promet-elle au tribunal. Mais par la suite, le véhicule est cédé gratuitement à Karim Zéribi. “C’était peut-être une erreur de jugement”, reconnait-elle. Guidée par les magistrats, elle poursuit : “Puis Karim m’a dit : j’ai besoin de faire des travaux à la maison. Alors j’ai appelé le comptable, qui m’a assurée que je pouvais faire les chèques et que ça serait régularisé.”

S’ensuit la gérance du fils de Karim Zéribi, alors qu’il n’a que 21 ans et étudie en BTS.  La présidente le confronte : “comment ça se passe quand on est le fils de celui qui fait entrer l’argent dans l’entreprise ? Est-ce qu’on est en mesure de s’opposer aux dépenses ?” “J’étais associé avec mon père et c’est moi qui gérais l’administratif”, assure-t-il. L’enquête leur reproche notamment d’avoir transformé le sous-sol familial en salle de sport et hammam aux frais de l’entreprise. Le jeune homme aujourd’hui producteur musical avoue avoir “fait quelques erreurs de laxisme. Mais aussi, le comptable n’a pas fait son suivi”, estime-t-il à son tour.

“L’association est vampirisée, détournée de sa voie.”

Au moment de requérir ce mercredi matin, le procureur affirme à l’inverse “qu’on n’attend pas d’un expert-comptable qu’il enquête sur les fonds d’une entreprise. Par ailleurs, il est difficile vu le profil des associés de plaider l’ignorance sur l’abus de biens sociaux”. Pour le magistrat, le “cœur du dossier” est ailleurs : “c’est le détournement des emplois associatifs” évoqués au début du procès. “Les salariés sont la force vive des associations. Les auditions montrent que leur travail a été détourné pour venir au soutien de la campagne électorale et des objectifs personnels de monsieur Zéribi.” Lorsque naissent les ambitions politiques de ce dernier, “l’association APC est vampirisée, déviée de sa voie. Elle avait mené des opérations auparavant comme le Parlement des banlieues. Pourquoi tout s’arrête en 2007 ?”.

L’avocat de Karim Zéribi, qui n’est autre que l’ancien élu socialiste Michel Pezet, a son idée sur la question : “dans ma carrière, j’ai vu des jeunes de quartier se cramponner à leurs rêves. Tous les élus ne vont pas les voir. Mais Karim Zéribi, il y est allé ! Est-ce que le Parlement des banlieues peut suffire à lui seul à régler les problèmes ? Est-ce que les associations de mon client ont aidé 1000 personnes ? Pas forcément ! Mais si on en aide 10 ou 20, c’est déjà énorme”. L’avocat dénonce aussi un dossier “confus où tout le monde se perd”, alimenté de “petits détails”, avant de plaider la relaxe.

“On m’a fait passer pour un pourri profiteur, conclut Karim Zéribi. Je crois en la justice républicaine et je crois que ma place n’est pas ici.” Pour la suite, il assure ne “plus vouloir entendre parler ni d’association ni de politique. Tout ça, c’est fini !” Il sera fixé sur son sort le 9 septembre. Il encourt 5 ans de prison et 375 000 euros d’amende.

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Quand il y a tant de preuves et d’indices concordants contre soi, comment peut-on regarder en face un magistrat en niant l’évidence ? Comment l’avocat Pezet peut-il suivre son client dans cette voie ?
    “On m’a fait passer pour un pourri profiteur” dixit K Zeribi, peut-être n’est-il que profiteur pourri ?
    + une mini faute à corriger, pour ne pas tordre les mots, on cause du torT.

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      Le cabinet Pezet a refusé de porter mon dossier de placardisation et de harcèlement moral contre le Département au TA http://frama.link/fsoPmjqm, et j’ai donc dû m’adresser à un autre avocat… Je comprends mieux pourquoi maintenant : il n’attaque pas les pourris…parce qu’il les défend !

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  2. Input Output Input Output

    Pauvre chérubin innocent et incompétent en droit fiscal…Sa présidence de la RTM ne lui aura donc rien appris ? Il n’est qu’un des ces politichiens fraudeurs aux associations plus ou moins fictives des quartiers nord dont Andrieux reste la championne incontestée…

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