Le grand port maritime de Marseille présentait jeudi le nouvel appel à projets du hangar J1. Le président du conseil de surveillance lui rêve un destin international, hôtelier ou commercial mais en lien avec le maritime. La Ville reste en embuscade et souhaite participer à ce projet d'ouverture.

New-York, Anvers, pas Miami. Le président du conseil de surveillance du grand port maritime de Marseille, Jean-Marc Forneri a une ambition internationale pour le J1. L’ancien hangar portuaire, un temps occupé par la capitale européenne de la culture, doit embrasser un nouveau destin d’ici 2020. Le port va donc lancer un appel à projets international en juillet 2017. Entre temps, l’un des étages sera occupé par l’association MJ1, lancée par la Ville de Marseille et des acteurs économiques pour servir de vitrine de l’attractivité du territoire jusqu’en 2018.

La Ville en embuscade

En 2013, les précédents appels à manifestation lancés par le port avaient débouché sur un véritable bras-de-fer avec la municipalité. Jean-Claude Gaudin avait même proposé par courrier de racheter le bâtiment pour 15 millions d’euros. Une somme qui est longtemps restée en travers de la gorge des responsables du GPMM. Le port avait fini par ranger ses appels à projets pour ne conserver qu’une version transitoire, en attendant le déménagement de l’activité des ferries vers le Cap Janet.

La Ville a obtenu d’y installer une vitrine de l’attractivité du territoire portée par l’association MJ1. Elle devra rendre les clefs en décembre 2018. À moins qu’elle regimbe à le faire. Déjà, elle a diffusé un communiqué dans la foulée de la conférence de presse du GPMM pour annoncer “son intention de soumissionner dans un projet qui pérenniserait à long terme l’ambition dont cet espace est porteur”. Avec, toujours, la volonté d’en faire “une vitrine des atouts de l’aire métropolitaine dans une dimension culturelle, économique et maritime”.

La direction du port – Christine Cabau-Woehrel pour le directoire et Jean-Marc Forneri pour le conseil de surveillance – souhaite enjamber cette parenthèse pour se projeter dans “le long terme“. “Nous n’avons pas d’idées arrêtées sur le type d’activités qui doit s’installer sur les 22 000 mètres carrés du J1 et les 700 mètres de quai de la partie Sud, explique le président du conseil de surveillance. Nous savons ce dont nous ne voulons pas : pas de casino, ni de boîte de nuit.” On peut ajouter sans peine un aquarium à cette liste des interdits.

Il ferme ainsi la porte à quelques hypothèses avancées par la Ville en 2013, même si Celle-ci continue d’y glisser le pied (lire ci-contre). La Ville ou la métropole pourront toujours se glisser dans un des “consortia” que Jean-Marc Forneri espère voir venir. Il vise clairement “un grand groupe international associé à des architectes de grand renom. Nous voulons un très grand projet à la hauteur de ce bâtiment historique”.

Il s’agira de respecter la vocation maritime et portuaire du propriétaire tout en installant des activités commerciales, hôtelières et de loisirs. Cela peut-être un grand hôtel, “un musée de l’océanographie, un centre de formation aux métiers de la mer, un centre des congrès dont Marseille à tant besoin”, énumère-t-il. Chaque idée n’entrant pas forcément en concurrence l’une avec l’autre mais devant se hiérarchiser dans le cadre des groupements constitués. “Cela peut-être un groupe hôtelier avec une compagnie maritime de luxe comme le Grand Ponant pour les quais et le plan d’eau, reprend Forneri. L’essentiel est que le projet soit pluridisciplinaire.” Si le port ne s’interdit rien, il écarte très clairement une participation essentiellement publique, la sienne ou celle d’une collectivité.

“Ce n’est pas l’Albanie”

Le J1 en chiffres

Le hangar J1 comprend 3 niveaux de 22 000 m2 au total. Le tout est coiffé d’un toit aux armatures métalliques conçues par l’entreprise Eiffel. Le toit amianté devra entièrement être repris. L’appel à projets comprendra 10 000 m2 de terre-plein, 150 mètres de quai et 4000 m2 de plan d’eau. Une option est possible sur la partie la plus au sud de la digue du large qui comprend 700 mètres de quai “et deux bâtiments certes en mauvais état mais remarquables”, ajoute Forneri. L’appel à projet sera lancé à l’été 2007 pour une remise des offres en fin d’année. Suivront six mois de dialogue avec les 3 ou 4 équipes présélectionnés. Un jury international fera son choix en novembre 2018 pour un lancement des travaux à l’horizon 2020.

“Nous ne sommes pas un service public mais un établissement public industriel et commercial, s’emporte-t-il. Ici, ce n’est pas l’Albanie. Les projets 100% public, ça n’existe plus nulle part ou alors peut-être encore en Corée du Nord. C’est de l’argent privé qui permettra l’aménagement du site.” Il s’agit avant tout de valoriser du foncier et “d’obtenir des recettes” de la part du locataire qui reprendra le bâtiment sur 40 ans au prix d’un investissement de “150 millions d’euros environ”. Quant au loyer espéré par le port, il refuse d’en donner le montant : “Il comprendra une part fixe et une part variable liées aux recettes. Ce pourcentage peut varier selon le type d’activités qui peut s’y installer”. Jean-Marc Forneri estime à “5 à 6 millions annuels”, les recettes espérées.

Dans son dessin actuel, l’appel à projets se distingue fortement des précédents appels à participation notamment sur les parties extérieures. Très clairement, à l’époque, le GPMM appelait de ses voeux une offre de services destinés à la haute plaisance. Ses ambitions sont aujourd’hui plus larges. Christine Cabau-Woehrel pointe clairement les difficultés de cohabitation avec le trafic des ferries qui continueront d’utiliser la partie Nord des quais du J1.

Le bâtiment et le projet qui doit l’habiter ne peuvent être regardés isolément. D’abord parce que sa réalisation dépend encore du départ “des activités voyageurs à l’international au Cap Janet”. En clair, les bateaux qui assurent les liaisons avec le Maghreb doivent monter plus au Nord en 2019 ou 2020. Un déplacement toujours suspendu aux aménagements routiers à l’intérieur du port mais aussi sur l’autoroute A55, financés par l’État, la région et la métropole dans le cadre du contrat de plan.

plan-j1

D’autre part, il paraît difficile de séparer le J1 et ses abords de toute la partie Sud des bassins du Mucem aux tours d’Arenc. La Ville, Euromediterranée et le port sont censés réfléchir ensemble un projet urbain d’ensemble dont les contours restent flous. La présidente du directoire ne veut rien souffler du devenir du J0, un hangar du même type qui jouxte le siège du grand port. Elle ne veut pas non plus évoquer le départ du siège lui-même que Jean-Marc Forneri trouve “dégradé” avant de revenir à un “vintage” qui sied plus à la directrice.

Le rêve du high tech

En revanche, le port annonce le lancement d’un second appel à projets sur l’urbanisation des bassins Est du grand port. Le mot paraît gros tant les hectares de la Joliette à l’Estaque attisent les convoitises. Et Jean-Marc Forneri ajoute aussitôt, “bien entendu, ceux-ci doivent garder une vocation portuaire en accueillant des activités commerciales, industrielles et logistiques”. Mais ce bouquet de métiers pourrait s’agrémenter de nouvelles pousses et s’ouvrir à des activités de loisirs, des équipements publics et des entreprises high tech, à l’instar d’Interxion et son data center.

Si le projet doit respecter les différents pôles dessinés par la charte ville/port – le trafic passagers, l’activité containers, les croisières et la réparation navale – le GPMM n’est pas contre l’idée de valoriser son foncier en ouvrant çà et là quelques fenêtres plus urbaines. À condition toutefois que personne ne vienne dicter dans quel sens doit se faire cette ouverture. Ainsi, quant on pointe la concurrence possible avec les projets d’Euroméditerranée, Jean-Marc Forneri rappelle “l’antériorité historique du port” : “Il n’y a pas de concurrence. Nous sommes là depuis 250 ans. Nous devons mettre en valeurs nos actifs. Comme c’est le cas au J1. Ce n’est ni monsieur Jalinot [le directeur général d’Euroméditerranée NDLR] , ni madame Caradec [la présidente] qui décide. Nous avons un actionnaire qui est l’État.”

Quant à Christine Cabau-Woehrel, elle est très claire : “Il ne faut pas opposer les activités entre elles. Nous devons avoir de la diversité, un équilibre de genres. La porosité des bassins n’est pas encore effective, elle se fera à condition que ni elle n’entrave, ni elle limite l’activité portuaire.” Comme un début d’ouverture.

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Benoît Gilles
Journaliste
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Commentaires

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  1. Blaah Blaah

    “Les projets 100% public, ça n’existe plus nulle part ou alors peut-être encore en Corée du Nord. ”

    Ou à la Capelette…

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  2. Ernest OUIBART Ernest OUIBART

    Placer l’Albanie et la Corée du Nord dans la même intervention pour indiquer qu’un projet public est inenvisageable, ça sent un peu son anticommunisme primaire.

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  3. zorore zorore

    La Ville a la volonté d’en faire “une vitrine des atouts de l’aire métropolitaine dans une dimension culturelle, économique et maritime”.
    Ça sent le recyclage du pavillon M tout ça… J’aimerais bien savoir à qui cette vitrine s’adresse et avec quels objectifs ?

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    • Benoît Gilles Benoît Gilles

      Effectivement, il y a une continuité avec le pavillon M de 2013. Pour l’instant, rien n’a vraiment été dit sur le contenu d’une telle vitrine. On ne connaît que le budget entre 8 et 10 millions d’euros, assez important pour des aménagements sur un seul niveau du hangar et une durée courte de location. A moins que la Ville ait l’intention de squatter après 2018…

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      8 à 10 millions d’euros pour créer une “vitrine” éphémère ? Glups, j’en ai avalé de travers.

      Qu’on arrête de dire que la ville de Marseille est pauvre. Il y a apparemment tout le fric qu’il faut pour des dépenses somptuaires qui n’apportent rien à la vie quotidienne des Marseillais.

      Pour qui, exactement, travaille la municipalité, à jeter ainsi l’argent par les fenêtres ? Combien d’écoles ou de piscines pourrait-on rénover pour 8 à 10 millions d’euros ?

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  4. toine toine

    Le J1 utilisé par la ville de Marseille pour seulement un an?! Quelle utilité & surtout quel intérêt? En tout cas, un nouvel exemple de dépense d’argent public pour rien!
    Il devrait abandonner ce projet temporaire et laisser le port accélérer son projet d’appel d’offre.
    Quant au siège du GPMM, il est temps de tout démolir et de rassembler les équipes de la Joliette et d’arenc au sein d’un même bâtiment neuf! A Anvers, le port vient d’inaugurer son nouveau siège construit par Zaha Hadid!

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  5. JL41 JL41

    L’article de Benoit résume bien le sujet, ce qui le cadre et ce qui le borne, avec le pied de la ville de Marseille immédiatement dans l’entrebâillement.
    Pour ce qui est du cadrage, le port sait ce qu’il veut. Forneri est à la fois dans le rôle d’un grand commis de l’état et d’un interlocuteur écouté dans le privé, là où des investisseurs vont pouvoir se motiver. Sait-on encore que le sauvetage de la CGM, c’était Forneri, qui conseilla Jacques Saadé plutôt que le groupe Bolloré ? Le sauvetage de Rossignol, c’était Forneri aussi. Inutile de présenter son cursus dans les grandes écoles. Nous attendons évidemment tous de lui, qui rappelait récemment : « Sur trois conteneurs livrés dans la région, un seul transite par le port de Marseille, mon ambition est de doubler ce chiffre ».

    On est dans un grand appel d’offres, qui s’accompagne toujours d’un cadrage à un niveau supérieur. L’évènement ensuite, c’est le positionnement rapide et public de la ville de Marseille. Ce qui ferme un peu le champ des possibles… à moins de répondre avec la ville de Marseille. Mais peut-on imaginer que Marseille se désintéresse de ce projet ? La ville avait déjà mis le pied dans le processus en postulant pour une courte période intérimaire.

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  6. Mourepiane Mourepiane

    Le port rêve ….

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  7. Tarama Tarama

    L’année 2013 avait pourtant donné une idée de quoi faire du J1. Le deuxième étége du bâtiment fut un très bel endroit d’exposition, qui permettait de remettre pied dans le port de commerce. Le lieu faisait aussi le lien entre Mucem/Villa Méditerranée et Silo, dans un front de mer “culturel” (qui a depuis été rattrapé par le commerce).
    Quand ça marche, pourquoi ne pas continuer…

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