Des poneys pour chasser les motos sous Grand Littoral

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le 27 Avr 2016
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L'association Yes we camp vient de se voir confier un terrain non constructible de plus de 20 hectares sous le centre commercial Grand Littoral. Les motocross ont fait leur ce terrain en friche sur lequel le propriétaire aimerait bien remettre la main. Pour y parvenir, l'idée serait d'y installer des chevaux et d'y aménager un vrai parc.

Des herbes hautes, des petits sentiers qu’arpentent les habitués, quelques vestiges de l’ancien parcours de santé et une vue sur la rade de la Côte bleue jusqu’au Riou. À la colline Martin, sous le centre commercial Grand Littoral (15e), plus de 45 hectares sont en friche depuis des années, depuis que le sol a glissé au milieu des années 90. Drôle d’espace que cette “coulée verte”, entre le quartier de la Viste en hauteur, les tuileries Monier, la voie de chemin de fer, l’autoroute et la digue du port au loin. Le GR2013 passe d’ailleurs à proximité, traversant le parc Brégante.

Cette “coulée verte”, ou “campagne Foresta” du nom du marquis qui y possédait un château jusqu’à la seconde guerre mondiale, est aujourd’hui en stand-by. Le projet “Tivoli Parc”, porté l’entreprise Résilience, un centre commercial de 80 000 mètres carré annoncé en 2013 pour le premier semestre 2016, est bien loin. Compte-tenu de la fragilité du terrain, il n’est plus question, du moins dans l’immédiat, d’y installer ni centre commercial, ni immeubles. Reste la partie la plus abrupte, qui, après avoir été aménagée sommairement en parc lors de la construction de Grand Littoral, devait être reprise par la Ville. Comme cela n’a jamais été le cas, elle est aujourd’hui complètement à l’abandon. En fin de semaine dernière, cet espace faisait l’objet d’une réunion entre le propriétaire, des riverains et Yes we camp, association spécialiste de l’aménagement urbain festif qui avait aménagé un camping temporaire à l’Estaque lors de l’année capitale européenne de la culture.

Zone de non-droit

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Résiliance est propriétaire de 45 hectares sous le centre-commercial Grand Littoral. La coulée verte s’étend sur la moitié de ces terrains.

Autour de la longue table du verdoyant jardin partagé du Belvédère qui surplombe la coulée verte, une trentaine de personnes étaient venues se renseigner sur le projet à l’invitation de l’association. “Je me suis tourné vers Yes we camp car je suis admiratif de ce qu’ils avaient fait en 2013″, explique le propriétaire, Gurvan Lemée, représentant de la société Résiliance, qu’il a fondée avec Xavier Giocanti. Une partie des riverains présents n’oublient pas le métier de ce dernier : “promoteur et investisseur”. Parmi la trentaine de présents, se trouve Lucien Vassal, ancien maire de secteur et adjoint de Gaston Defferre. Il est venu avec son bâton de marche, “au cas où” plaisante-t-il à moitié. Avaient également répondu à l’invitation quelques représentantes du comité d’intérêt de quartier (CIQ), le directeur de Grand Littoral Pierre-François Duwat, deux animatrices du Groupement d’intérêt public Politique de la Ville, des membres de la coopérative d’habitants Hôtel du Nord et le proviseur du lycée professionnel de La Viste, Jean-Philippe Toujas.

C’est ce dernier, alors que les présentations ne sont pas finies, qui va aborder le premier le “point noir des motos”, qui sillonnent la “coulée verte”. Des motos qui incommodent fortement les riverains par le bruit qu’elles amènent et le danger pour ceux qui se promènent dans la zone. Il indique avoir “écrit au préfet sur cette zone qui échappe au droit français”. Grillage, cailloux, rien n’y fait, les motos de cross réinvestissent les lieux. L’idée d’installer des poneys pour dissuader les amateurs de cylindrées bruyantes surgit alors naturellement dans la conversation. Le projet a déjà plusieurs partisans, il vient d’une expérience passée : “Quand je suis arrivée dans le quartier, explique Anna, une habitante, il y avait les chevaux, c’était magnifique. Maintenant, il y a les motos, c’est l’enfer”. Un petit centre équestre a occupé un des plateaux vides pendant quelques années. Aux dires des riverains, les poneys avaient fait reculer les motos. “Cette pratique n’est pas limitée à ici, tient à ajouter une riveraine. Ils ont le même problème au plateau de la Mûre. Pour eux, c’est le terrain de cross du quartier”.

“Essayons et adaptons-nous”

Avec toute l’imagination qui est la sienne, Yes we camp compte s’emparer de l’espace qui lui est yes-we-camp-grand-littoraloffert, “une opportunité superbe”, selon son directeur Nicolas Détrie. Depuis l’annulation de Prado Merguez et de Mucem Plage l’été dernier, elle n’a pas mené de projet de grande envergure à Marseille. Son actualité se joue plutôt à Paris, où elle s’est installée dans l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul. L’association, qui a bien grossi depuis 2013 et compte aujourd’hui une vingtaine de salariés, a amené une de ses caravanes, rouge et photogénique. Plus tard, à l’heure de sortir le pique-nique, elle sera installée dans l’herbe haute, devant la vue sur la rade. Bien évidemment, derrière l’idée fort bien accueillie par les riverains d’installer un poney-club dans l’espace, avec un parc autour, se posent des questions techniques qui n’entament pas pour autant l’enthousiasme général. “Pourquoi pas des ânes ? C’est plus résistant”, demande une riveraine. Pour les modalités, on verra plus tard. Le principe des bêtes à poil plaît. Lucien Vassal rappelle brièvement qu’à l’époque de Defferre, un parc animalier était d’ailleurs dans les cartons : “Pas un zoo, un parc avec des animaux d’ici”. Des ânes de Provence ? Tout d’un coup, les présents rêvent d’une véritable coulée verte, que parcourraient les riverains mais aussi les clients de Grand Littoral, délaissant un temps le béton pour un peu de verdure.

Des réserves ne manquent pas de se faire sentir. À commencer par les projets de Résiliance pour ces terrains inconstructibles pour le moment. “Nous avons acheté des terrains que personne ne voulait. Tout ce qui est autour de Grand Littoral est gelé le temps que le sol se tasse”, répond le représentant du promoteur qui n’évoque plus pour l’heure le projet Tivoli Parc. Un peu plus tôt, il a esquissé rapidement un projet de magasins de vêtements dans des conteneurs sur deux des plateaux. Poneys ou ânes, les riverains gardent un œil inquiet sur les projets de l’investisseur pour les terrains voisins, craignant qu’il ne construise des immeubles comme prévu initialement.

Les craintes portent aussi sur le déroulé : “S’il y a un amalgame entre l’arrêt des motos et vos constructions, je ne donne pas cher de vos installations, prévient le proviseur. Pour moi, il y a un énorme décalage entre ce que vous imaginez faire, et qui m’émeut dans l’énergie présente, et une dizaine ou une vingtaine de jeunes qui se sont appropriés le site”. L’alerte reçoit un certain écho. “On n’est pas dans le monde des bisounours, assure Gurvan Lemée. On va reprendre progressivement possession du terrain”. L’équipe de l’association se veut plus directe : “On ne peut pas savoir tant que l’on aura pas installé quelque chose. Essayons et adaptons nous”, rassure Nicolas Détrie. En attendant les shetlands ou les double-poneys, Yes we camp planche sur un événement sur le site pour l’automne. Résiliance a promis une “surprise” aux habitants d’ici quelques jours. Une surprise que Gurvan Lemée souhaite garder secrète jusqu’au dernier moment. Des chèvres du Rove pour débroussailler ?

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Commentaires

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  1. CAN. CAN.

    Projet éminemment sympathique qu’il conviendrait certainement d’acciompagner après en avoir examiner toutes les facettes.
    A noter que cela démontre en creux encore une fois l’incapacité crasse de la municipalité marseillaise à faire respecter l’ordre public, faisant ainsi le lit d’une future possible gestion municipale à la Biterroise.
    Alors, mesdames et messieurs les élus, plutôt que de crier au loup en Conseil Municipal, vous feriez mieux d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

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  2. toine toine

    Le promoteur Resiliance n’avait-il pas pour projet de bâtir un “CIFA” sur cette zone? D’après un article de Businews (http://www.businews.fr/index.php/filinfo/816-resiliance-investit-30-m-dans-marseille-international-fashion-68 ), le promoteur s’apprêtait l’année dernière à investir 30 M€ sur son terrain de 30 000 m2 situé en contrebas du centre commercial Grand Littoral. Les travaux devaient s’achever fin 2016 et le « Marseille International Fashion 68 » (« MIF 68 ») était appelé à devenir l’un des plus grands centres sino-euro-méditerranéen du textile à son ouverture en mars 2017. Resiliance annonçait l’installation de quelque 200 entreprises importateurs et grossistes en textile. Ce projet est-il toujours d’actualité?

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    • Clémentine Vaysse Clémentine Vaysse

      Bonjour,
      A priori oui cela correspond au projet dans les conteneurs sur les plateaux sous Grand Littoral. Je ne sais pas en revanche si le calendrier évoqué dans l’article que vous citez est toujours valable.

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    • toine toine

      Merci pour votre retour.

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    • toine toine

      Après réflexion 30 M € pour aménager une parcelle avec des conteneurs, ça fait cher le conteneur, non?

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    • Clémentine Vaysse Clémentine Vaysse

      Oui c’est certain. Je n’ai pas plus d’informations sur ce projet qui est un sujet en soit effectivement.

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  3. nicolas maisetti nicolas maisetti

    Superbe papier qui met au jour une convergence d’intérêts plutôt inédite entre des aménageurs “festifs” (YWC), des promoteurs-investisseurs (Résilience) et une partie des riverains en mode No-MotorBikes-In-My-Backyards. Une question à propos des motards justement : qui sont-ils ? d’où viennent-ils ? Les projets envisagés qui visent explicitement à les chasser de ce lieu ne seraient-ils qu’un avatar de plus des opérations d’accumulation par le marché et de désappropriation des espaces pour ceux qui les utilisent ?

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    • Clémentine Vaysse Clémentine Vaysse

      Le conflit riverains/motocross n’est pas limité à cet espace. Certains habitants évoquent des motos déchargées depuis des camionnettes, sachant que ces motos ne sont pour la plupart pas autorisées à rouler sur la voie publique. Je me rends compte que ce n’est qu’évoqué rapidement dans l’article mais c’est la nuisance sonore qui semble être au coeur du problème. Le problème serait-il le même s’il s’agissait de vélos cross ? Je ne suis pas sûre.

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  4. CAN. CAN.

    Oui Clémentine, le problème serait fondamentalement différent entre pratique mécanique et pratique purement physique.
    Si la maitrise de l’atteinte environnementale pour le vélo cross nécessite des aménagements spécifiques, la pratique de la moto ajoute en plus un problème de santé publique en termes de bruit et la liberté des uns s’arrêtant au respect des autres…

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  5. vince fatal vince fatal

    Il me semble que les poneys de l’ancien club ont subis beaucoup d’abus et de stress
    la nuit par le voisinage…pas très cool pour eux…

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