Pollution des sols dans les écoles, la Ville attaquée en justice par une gardienne

Actualité
Violette Artaud
13 Mar 2018 5

Atteinte d'un cancer de la peau en 2012, la gardienne de l'école des Aygalades, dont l'Etat pointe dans une étude la pollution de ses sols, demande la reconnaissance de sa maladie comme professionnelle. Ce que refuse la Ville qui souligne le "manques de preuves scientifiques".

Ecole élémentaire des Aygalades. Photo : Boris Barraud.

Cela faisait trente ans. Trente ans que Michèle Rosa-Sentinella vivait dans le logement de fonction de l'école élémentaire des Aygalades-Oasis, dans le 15e arrondissement. À presque 60 ans, cette Marseillaise comptait bien y rester jusqu'à sa retraite... jusqu'à ce que ce qui se trouve sous ses pieds l'inquiète au point qu'elle décide de partir vivre dans les Alpes-de-Haute-Provence. "En 2016, deux agents de la Ville sont venus pour me dire qu'ils allaient condamner mon jardin parce qu'il y avait du plomb, j'ai alors demandé si c'était grave et on m'a répondu que ça n'était rien et qu'il ne fallait pas s'affoler. Moi j'y ai cru", raconte-t-elle aujourd'hui, loin d'être apaisée.La venue de ces deux fonctionnaires s'inscrit en fait dans la continuité d'une étude nationale publiée en 2016 et selon laquelle "la présence de pollutions nécessitent la mise en œuvre de mesures sanitaires" dans l'école des Aygalades. L'étude classe du même coup l'établissement dans la catégorie C, qui recense les établissements les plus exposés. Bien que le plomb soit dangereux essentiellement pour les enfants (qui peuvent être atteint de saturnisme s'il est présent en grande quantité), Michèle Rosa-Sentinella n'est pas plus rassurée pour sa santé : quatre ans plus tôt, les médecins lui ont diagnostiqué un cancer de la peau.Cette dernière décide donc de faire analyser elle-même la terre sur laquelle elle marche tous les jours, jardine et cultive un potager. Pour ce faire, elle choisit un laboratoire certifié, Eurofins. Les résultats la mettent dans tous ses états. Arsenic, mercure, plomb... l'analyse note la présence de métaux lourds dans la terre de l'école en quantité bien plus élevée que la normale.

Effet cancérogène

La conclusion de l'analyse menée par le laboratoire note ainsi des "valeurs élevées pour les concentrations des métaux lourds et métalloïdes. Notamment le plomb, qui montre une concentration fortement élevée. En outre, stipule encore le rapport, alors même que les concentrations des éléments arsenic, cadmium et mercure ne dépassent pas les valeurs limite à respecter en ISDI (installation de stockage des déchets inertes), [...] ces éléments présentent une toxicité forte, avec un effet cancérogène notamment pour l'arsenic et le cadmium". Pour Michèle Rosa-Sentinella, c'en est trop. "Le jour où j'ai eu les résultats des analyses, je n'ai pas dormi de la nuit, je ne faisais que pleurer et depuis, j'ai perdu 10 kilos", explique-t-elle aujourd'hui, depuis sa résidence secondaire à la montagne. Actuellement en arrêt pour dépression, Michèle Rosa-Sentinella demande la reconnaissance de sa maladie comme professionnelle. Mais la Ville refuse catégoriquement de la lui accorder. La gardienne a donc décidé d'entamer des actions en justice. Ce mardi matin, le tribunal administratif doit statuer sur sa demande de suspension en référé de la décision de la mairie de Marseille de ne pas reconnaître sa maladie comme professionnelle. Un décision dont elle demande bien évidemment l'annulation.

Manque de preuves scientifiques

"Nous estimons que l'exposition longue aux métaux lourds potentiellement cancérogènes et qui polluent les sols de cette école ont pu provoquer ce cancer de la peau. Ma cliente a utilisé le potager, elle a jardiné et son cancer s'est développé sur les membres inférieurs", défend Pascal Luongo, son avocat. Si aujourd'hui, le cancer a été traité, maître Luongo ajoute que la dépression elle, est "réactionnelle".La Ville, en revanche, pointe dans un mémoire en réplique "l'absence de lien de causalité direct et certain entre la pathologie dont souffre madame Rosa-Sentinella, et les conditions dans lesquelles elle a exercé ses fonctions au sein de l'école les Aygalades" et "le manque de preuves scientifiques". Aussi, la mairie souligne le fait que l'arrêt maladie concerne une dépression alors "qu'avant cet arrêt de travail, elle était apte à ses fonctions de concierge".

"Maladie ordinaire"

Ainsi, la maladie citée dans l'arrêt de travail de Michèle Rosa-Sentinella est considérée comme "maladie ordinaire". Cette dernière ne reçoit donc depuis le 6 mars plus que la moitié des indemnités accordées durant les trois premiers mois. "Pour ce qui est du cancer de la peau, il s'agit d'un cancer bénin. Pour cette maladie et dans notre territoire, l'exposition au soleil est le facteur le plus mis en avant, entame Patrick Padovani, adjoint au maire à la santé. De plus, le plomb n'a jamais été un facteur déclencheur pour cette pathologie."Quant à la présence d'autres métaux lourds potentiellement cancérogènes présents dans la terre de l'école, l'élu qui est également médecin rappelle une fois de plus que les normes sont respectées. Depuis sa maison dans les Alpes-de-Hautes-Provence, Michèle Rosa-Sentinella, elle, est convaincue du lien entre ce sol pollué sur lequel elle a vécu et exercé son métier durant presque trente ans, son cancer et la dépression qui lui a succédé."Mais si je fais tout cela, c'est aussi pour la vie des enfants. Mon fils a été dans cette école et mon petit-fils y est encore, jusqu'à juin. Durant des années, à chaque printemps, les enfants ont planté des fleurs dans ce jardin." Ce mardi, la justice statuera sur l'urgence de la requête de cette gardienne et la précarité économique dans laquelle elle est susceptible de se retrouver. Pour déterminer ensuite si sa maladie doit être reconnue comme professionnelle ou pas. Et si dans ce cas, elle a bien été causée par une exposition à des polluants. Un sujet que la science a bien du mal à déterminer.

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