Perquisitions à l’IHU et l’IRD sur les financements douteux de l’institut de Didier Raoult

Enquête
le 14 Juin 2021
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Le parquet a effectué ce lundi une double perquisition dans les locaux de l'IHU du professeur Raoult et dans ceux de l'institut de recherche pour le développement (IRD) à la Joliette. Elles font suite à un signalement de l'Agence française anti-corruption sur une possible prise illégale d'intérêts et des détournements de fonds publics.

L'institut de Didier Raoult est lié par une convention avec l'Institut de recherche pour le développement. (Photo : Emilio Guzman)

L'institut de Didier Raoult est lié par une convention avec l'Institut de recherche pour le développement. (Photo : Emilio Guzman)

C’est une double bombe judiciaire qui a explosé ce lundi dans les deux plus beaux fleurons de la recherche française à Marseille. Le parquet a perquisitionné ce matin les bureaux de l’institut hospitalo-universitaire (IHU) d’infectiologie du professeur Didier Raoult pendant de longues heures, indique France Bleu Provence faisant mention de la présence d’un représentant du parquet de Marseille et d’officiers de police judiciaire. Une information confirmée par la procureure de la République Dominique Laurens par voie de communiqué :

Le parquet de Marseille confirme qu’une enquête préliminaire a été engagée depuis la transmission d’un signalement émanant de l’agence française anti-corruption  en 2019  visant l’institut de recherche pour le développement IRD établissement public à caractère scientifique et technologique dans ses liens financiers avec la fondation méditerranée infection mais aussi dans le fonctionnement interne de l’ IRD sur l’emploi de fonds publics pour des dépenses sans lien avec les missions de l’IRD ou non justifiées . Les perquisitions opérées ce jour sont en lien avec cette enquête, elles se sont déroulées sans difficulté et l’enquête se poursuit dans le cadre de l’exploitation des documents qui ont été saisis.

Dans le même temps, une perquisition a également eu lieu à l’IRD, un établissement public dont le siège a été décentralisé à Marseille en 2008. Cette double perquisition ne doit rien au hasard : elle fait suite à l’ouverture d’une enquête préliminaire, après un signalement de l’Agence française anti-corruption, dirigée par le magistrat Charles Duchaine, dont Marsactu s’était fait l’écho en septembre 2020. Pour l’heure, l’avocat de l’IHU et de Didier Raoult, Brice Grazzini se borne à évoquer : “une vieille affaire”, se refusant à tout autre commentaire tant qu’il n’est pas autorisé à le faire.

La vieille affaire n’est pas si lointaine. Les enquêteurs s’intéressent en effet aux conditions de l’octroi d’une aide substantielle versée par l’IRD à l’IHU du professeur Raoult en 2017 alors que le bâtiment du pôle d’infectiologie sortait de terre. Sans prévenir grand monde au sein de l’IRD, le PDG d’alors, Jean-Paul Moatti, décide d’attribuer une aide de 300 000 euros à l’IHU de son grand ami, Didier Raoult. Les deux hommes se connaissent bien : en tant que spécialiste de l’économie du monde médical, Jean-Paul Moatti a dirigé une unité mixte de recherche, le SESTIM, dont une partie des services a rejoint l’IHU.

Une convention IHU-IRD signée entre mari et femme.

Mais le principal problème n’est pas là. En versant ces 300 000 euros tout rond à l’IHU, Jean-Paul Moatti s’assoit sur une règle bien établie dans la gestion des établissements publics : celle de se déporter quand l’acte pris en tant que dirigeant mêle des intérêts publics et des intérêts privés. Or, la convention signée en 2017 met face à face deux signatures qui ont beaucoup en commun. La présidente de l’IHU, Yolande Obadia est l’épouse de Jean-Paul Moatti à l’époque.

6452 mètres carrés pour cinq chercheurs de l’IRD

Or, le PDG n’a mis en place aucun mécanisme pour se déporter de ce dossier et éviter le soupçon d’un conflit d’intérêts et donc d’un trafic d’intérêts, l’infraction pénale liée à ce conflit. Il y avait également de quoi s’étonner du décalage entre le montant de l’aide accordée et le faible nombre d’agents de l’IRD qui travaillaient effectivement au sein de l’IHU à l’époque. “Cinq”, nous indiquait une source syndicale à l’époque. La convention signée par les deux hommes correspondait à la mise à disposition de 6452 mètres carrés de locaux. Cela laissait les coudées franches aux quelques chercheurs de l’IRD. Tous ces éléments mis au jour par l’Agence française anti-corruption (AFA) au moment de son contrôle en mai 2018 figuraient également dans son rapport remis au PDG de l’IRD dans les mois suivants leur visite.

Le siège de l’IRD, boulevard de Dunkerque à Marseille. (Photo : BG)

Dans le rapport de l’AFA que Marsactu avait pu consulter, les agents anti-corruption révélaient que le PDG de l’IRD avait pris soin de se passer des conseils de ses services. Les affaires juridiques de l’IRD n’avait pas été consultées alors que le montant global de l’aide octroyée par l’IRD de Moatti à l’IHU de son épouse s’élevait à un million d’euros. Il n’avait pas plus averti le conseil d’administration de l’IRD d’un possible conflit d’intérêts. Pourtant toute convention entraînant une dépense supérieure à 50 000 euros nécessite la consultation de cette instance où siègent notamment des représentants des tutelles ministérielles de l’IRD.

De fait, il s’était contenté alors d’une simple information des administrateurs par le biais d’une liste des participations financières de l’IRD au sein de structures dotées de personnalités morales. Selon l’AFA, le PDG aurait omis une autre participation de son institut à l’IHU via le centre de ressources en microbiolobie (IHUBIOTK), là encore pour un montant global de 300 000 payés en deux fois, en 2017 et 2018.

Un soutien arrivé à point nommé

Enfin, outre les montants et l’oubli de l’ensemble des mécanismes de prévention de la corruption, un autre aspect interroge les enquêteurs : celui du timing. Comme nous l’écrivions en 2018, la subvention était arrivée à point nommé pour l’IHU, énorme paquebot de la recherche en région qui avait besoin de tous les soutiens pour voir le jour. Or, l’IHU avait été frappé d’une certaine disette financière de la part de l’IRD dans les années précédant cette convention matrimoniale. Car le soutien économique de l’IRD aux recherches de Didier Raoult ne date pas de l’arrivée de Jean-Paul Moatti, ses prédécesseurs, Jean-François Girard et Michel Laurent avaient aidé l’IHU à sortir de terre. L’aide votée par ce dernier s’était arrêté en 2017, pile au moment où Jean-Paul Moatti mettait sur pied la convention maison.

Pour l’heure, ni l’IHU, ni l’IRD n’ont répondu à nos sollicitations concernant le périmètre de l’enquête en cours. “Nous avons transmis les documents dont ils avaient besoin, commente le responsable de la communication de l’IHU, Yanis Roussel, par SMS. Tout s’est passé dans le calme nous avons bien sûr collaboré pour que cela se passe du mieux possible“. Au moment de la parution de notre enquête sur le rapport de l’AFA, la nouvelle PDG de l’IRD nous faisait passer le message suivant :  “La nouvelle gouvernance de l’IRD a eu connaissance du rapport, confidentiel, de l’AFA et s’assure de la prise en compte des recommandations dans le cadre des prescriptions qui s’imposent à tout établissement public”.

En plus de la convention entre les deux instituts, les magistrats de l’AFA avaient souligné les largesses toutes personnelles que Jean-Paul Moatti s’octroyait à lui-même. Et qui relèvent certainement de “l’emploi de fonds publics pour des dépenses sans lien avec les missions de l’IRD ou non justifiées” recherchés par le parquet de Marseille dans son enquête. Celui qui fût colistier du candidat LREM Yvon Berland lors des dernières municipales se faisait régulièrement rembourser des déplacements d’ordre privé et des repas tout aussi privés sur le compte de l’IRD. Il était notamment question de déplacements en Corse, justifiés par des interventions à la faculté de Corte, en pleines vacances, alors qu’il était de notoriété publique que le PDG disposait d’une résidence secondaire à cet endroit.

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Commentaires

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  1. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Pour une fois, si je connaissais plus la loi sur les marchés publiques, si je connaissais plus les conflits d’intérêts et si je connaissais plus l’IRD, l’IHU ainsi que les tractations entre les divers intéressé(e)s, j’aurais pu faire un commentaire pertinent, efficace qui apporterait aux suivants passion et attrait. Mais je reconnais que je n’ai rien de consistant à dire.

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    • patrick patrick

      merci de nous l’avoir fait remarquer.

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  2. julijo julijo

    bah ça devait finir par sortir, ça trainait depuis….2 ans ?! et ça a été médiatisé à l’époque, mais c’était moins croustillant ! l’IHU est devenu une star mondiale.
    alors bof, le clou du dossier n’est pas tellement raoult mais plutôt moatti…. mon petit côté complotiste dirais : ça tombe bien !! mais plutôt non.
    rien de bien consistant … j’ai rempli une bulle !!!

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    • patrick patrick

      mais le nom de Raoult est plus vendeur que celui de Moatti

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  3. RML RML

    eh oui Raoult des bois – le frère de Robin – ne s’est pas gêné d’encaisser le chèque de 300 000 euros avec l’argent du contribuable…rien de bien consistant , en effet, si j’en crois les commentaires au-dessus… C’est juste illégal, on verra ce que tranchera la justice…

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    • julijo julijo

      bien sur que c’est illégal. bien sûr que la justice tranchera…dans moins de 10 ans j’espère.
      mais le fric qui a été mis pour l’IHU, qui est un institut public et bien ça me fait moins gerber que les 500 000 euros annuels de 2017 à 2020 que vassal a filé pour l’organisation du grand prix auto du Castellet !! là ça fait 2 millions d’euros, piqués dans nos poches….
      voilà voilà.

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  4. Jacques89 Jacques89

    Même si on a l’habitude (au point que ça en devient lassant à la longue), surtout en PACA, de voir des « autorités » s’asseoir sur les procédures, il faut bien admettre que les services de l’Etat ne contrôlent plus rien et qu’il faut attendre que des associations ou des journalistes fassent leur boulot , à leur place, pour qu’au final, les juges soient saisis d’un recours et condamnent (si peu) au risque de passer pour des vampires contre les nantis ou de bisounours contre les délinquants en vareuse. Notre démocratie enfante d’une drôle de société.

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  5. corsaire vert corsaire vert

    Bon, Raoult va perdre un peu de son aura de gourou et devra peut être mettre un frein à sa boulimie financière, mais il n’y a pas trop d’illusions à se faire sur une vraie justice qui serait rendue …
    Compte tenu de leurs accointances et complicités avec les politiques marseillais (Vassal guérie miraculeusement par Raoult d’un Covid imaginaire ) ces poursuites n’iront pas bien loin .
    Quant au couple Moatti , c’est de la même eau …sale et qui pue …
    Par contre, nos impôts dont ils ont usés crapuleusement , ne nous seront pas restitués et vont même augmenter !!!

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  6. chouze chouze

    Que passe la justice.

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  7. Andre Andre

    Que passe la justice. Raoult a empoché l’argent ou du moins une partie, c’était peut être illégal mais y a-t-il eu enrichissement personnel? A-t-on financé des intérêts privés dans un but électoral selon la coutume de nos “chers” élus.? N’était il pas par contre en train de monter son institut? S’il n’a pas été regardant sur l’origine des fonds, c’est pas joli et il faudra lui taper sur les doigts comme à un enfant qui les plonge dans un pot de confiture. Mais, si ce n’était pas conforme aux procédures est ce pour autant foncièrement malhonnête? On a le droit de se poser la question..
    Je note qu’il n’est pas cité parmi les personnes directement impliquées dans cette affaire. Mais que retiendront les grands média ? Que Raoult et son IUH ont été perquisitionnés. Comme l’écrit un commentateur, c’est croustillant et tous ceux qu’il a pu déranger professionnellement doivent s’en frotter les mains.

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  8. MarsKaa MarsKaa

    A lire certains commentaires on croit rêver. Il y a détournement de fonds. Un arrangement illégal.
    Dans l’affaire, LiRD a perdu de l’argent, lihu en a gagné, illégalement.
    Justification de l’opération : mise à dispo de 6000 m2 pour 5 chercheurs ! Mensonge, tromperie, arrangement entre amis… et ça ne choque pas certains ? Les faits sont là.

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  9. Brallaisse Brallaisse

    Qui sont exactement les époux Moatti ?

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  10. Brallaisse Brallaisse

    Sur le plan réseau et politique ?

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    • MarsKaa MarsKaa

      Bonne question !

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