Parc national : les pavés dans les Calanques des commissaires enquêteurs

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le 30 Déc 2011
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On l’a vu dans la première partie de notre compte-rendu : les commissaires qui ont supervisé l’enquête publique sur le parc national des Calanques s’attachent, dans leur rapport publié jeudi, à démonter certains lieux communs sur le dossier. On l’a également entrevu : ils ne s’en contentent pas et formulent quelques propositions, qui pour certaines risquent de faire du bruit. « Tout cela va être soumis aux instances du groupement d’intérêt public (GIP, organisme qui préfigure le futur établissement public) et débattu » , notamment lors de l’assemblée générale du 20 janvier, nous glisse son directeur par interim Benjamin Durand.

Chasse et pêche en cause

Ça promet. Car la liste des pavés dans la Méditerranée est longue. Si au rayon des usages et de la supposée entrave aux libertés les commissaires assurent que « nombre de ces observations relèvent plus de la crainte du futur que de l’analyse des textes eux-mêmes », ils n’en demandent pas moins deux mesures explosives : interdiction totale de la chasse, et du chalutage en cœur de parc par moins de 100 mètres de profondeur. Sans s’avancer, Benjamin Durand glisse à propos de la première : « C’est totalement à l’oppose de l’angle qu’on a pris depuis le début. Celui d’un parc avec chasse, mais régulée pour l’amener vers une chasse durable ».

Sauf que c’est un point qui a aussi particulièrement fait tiquer l’autorité environnementale (AE), qui affirme en tête du résumé de son avis (à lire en intégralité en fin d’article) : « les modalités d’autorisation de la chasse et de la pêche prévues en cœur de parc, assez éloignées de celles retenues dans les autres parcs même lorsque la chasse ou la pêche n’y est pas interdite, posent question par rapport aux objectifs de la loi sur les parcs nationaux. Elles sont susceptibles d’affecter l’évaluation du parc au regard des critères internationaux de classement des espaces protégées ». Traduction, il y a de quoi se demander si les Calanques version V3 sont encore un parc national…

Côté pêche, l’AE cite justement le chalut, et en sort une bien fraiche pour la chasse : « les zones de non chasse ont été essentiellement définies sur la base des zones actuellement non chassées et non sur une réflexion liée aux exigences écologiques des espèces ». Pan. Des critiques déjà connues donc, auxquelles le GIP s’efforçait de répondre face à l’AE, principalement à coup de « négociations » et de « choix politiques », parfois pour des raisons « socio-économiques ».

Goudes, Frioul, Port-Miou : la trilogie arrachée au cœur

Mais revenons à notre enquête publique, avec ce qui se mue au fil des pages en vrai stand de tir : le périmètre. Le cœur tout d’abord : si les commissaires disent comprendre les difficultés qui empêchent certaines demandes « a maxima », ils estiment que l’idée d’une inclusion du Frioul, de Port-Miou et des Goudes, « fortement cohérente, n’apparaît pas pouvoir être écartée ». Encore une lubie de commissaires extrémistes portés par des centaines de contributions de khmers verts ? Tiens, l’AE trouvait justement que « les conditions de préservation de sites reconnus par la charte comme de valeur exceptionnelle et cependant situés hors cœur de parc, notamment l’archipel du Frioul et la calanque de Port-Miou, peuvent s’avérer particulièrement difficiles dans les limites actuellement envisagées ».

Las, le Frioul « a déjà beaucoup fait débat, idem sur Port-Miou où ce n’est pas le compromis qui a été trouvé« , remarque Benjamin Durand. Comprenez qu’il sera difficile d’aller refaire le siège des maires (Jean-Claude Gaudin pour Marseille et Danielle Millon pour Cassis en tête) en leur faisant renoncer à ce qu’ils ont pu obtenir. Cela dit, « il n’est pas possible de tout retenir mais on ne peut en même temps pas envisager de ne rien retenir d’une enquête publique qui a mobilisé des milliers de personnes », énonce fort à propos le directeur par intérim du GIP. Par contre il est fort possible que ne rien retenir augmente la menace d’un parc retoqué à Paris par la commission idoine et le conseil d’Etat…

« Urbanisation à outrance »

Alors on continue le cahier des doléances, avec le niveau au-dessous de protection : les aires optimales d’adhésions (AOA) qui, explique le directeur, visent à s’assurer qu’en périphérie du cœur très protégé « il ne se passe pas entre guillemets n’importe quoi ». Ces zones où le parc scelle avec les communes des orientations volontaristes sont « déjà fortement réduites » et connaissent de « nouvelles demandes de restriction », à laquelle le rapport s’oppose. Au contraire, « toute zone limitrophe de cœur de parc à Marseille (en particulier la Campagne Pastré, le lycée professionnel agricole Marseilleveyre, La Cayolle et le Roy d’Espagne) devrait être mise en AOA, conformément, du reste, à la loi ».

Conformément à la loi. Sous-entendu le parc, là encore, serait en passe de s’écarter des exigences nationales ? « L’esprit de la loi de 2006 est clairement de dire qu’il faut au maximum créer tout autour du cœurune aire d’adhésion », reconnaît le directeur du GIP, pour qui « la réserve [de la commission] est totalement logique ». Ce qui ne veut pas dire qu’elle sera suivie, les réactions que nous publierons lundi le montrent… Les commissaires iraient eux même plus loin, écrivant après s’être fait l’écho d’une « urbanisation à outrance poussée par la spéculation immobilière » que « la situation paraît être d’une urgence telle que seul un moratoire des permis de construire dans l’AOA permettrait de contrôler la situation« . Ouf…

Boues rouges, transports, toilettes et surtout moyens…

Autre point qui revient dans le rapport comme dans l’avis de l’AE : les pollutions marines (rejets de la station d’épuration, des boues rouges…), qui gagneraient à faire l’objet d’un « plan pluriannuel », et les équipements pour faire face à l’afflux supplémentaire (« prévoir l’accès en navette, l’aménagement d’aires de stationnement, la création d’hébergement, l’installation de toilettes, de centres de tri sélectif… »). La commission soulève enfin un « sujet fondamental » pour le directeur du GIP : en s’interrogeant « sur la pertinence des moyens qui pourront être affectés à la surveillance en mer ».

« Une des valeurs ajoutées du parc, ce seront les moyens. C’est cela que souligne la commission et elle a totalement raison. Tout les acteurs le reconnaissent d’ailleurs. La tâche est vaste, surtout sur en mer, et l’Etat n’a pas les moyens d’assurer y compris les réglementations actuelles », souligne Benjamin Durand. « On le voit l’été avec les patrouilles bleues : le simple fait qu’il y ait une présence, avec un personnel qui n’a pas les pouvoirs de police qu’auront les agents du parc mais qui a une casquette, un logo. Cela apaise beaucoup de choses. Mais on a besoin de quelque chose au niveau au-dessus, et tout l’année. »

Exigeants, nos commissaires n’en sont pas moins lucides : « dans la crise économique traversée par le pays, l’Etat pourra-t-il dégager dans les courts et longs termes les moyens financiers d’un parc national, et, dans la négative, où trouvera-t-il le complément de ressources nécessaires ? » Ajoutons notre interrogation : dans l’urgence du calendrier (un parc qui traîne depuis plus de 10 ans et que Nicolas Sarkozy aimerait voir naître avant la présidentielle) sera-t-il possible, sans remettre en cause les « arbitrages politiques » et « négociations », d’arriver à une V4 répondant aux standards des parcs nationaux ?

Disclaimer : Pour la transparence que nous devons à nos lecteurs, nous vous informons que Raj Médias la société actionnaire de Marsactu réalise des missions de conseil internet pour le GIP des Calanques

Un lien Première partie : 4500 contributions et une opération désintox

Un lien Calanques : les salariés en grève contre un parc affaibli

Un lien Les conclusions de la commission

Un lien Le rapport

Un lien L’avis de l’autorité environnementale

Un lien La réponse du GIP

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Commentaires

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  1. pieeb pieeb

    et voila on y est Paris a pris la main exit les chasseurs les massacreurs d ‘asperges, les tueyrs de champignons, les assassins de girelles enfin bref les utilisateurs du parc et je n eparle des escaladeurs promeneurs plaisanciers enfin des habitants de marseille.
    L’UE est au bord de la faillite, les chomeurs n ‘ont jamais été si nombreux et on va detruire l ‘industrie de la plaisance, les marchands d ‘appats les moniteurs d ‘escalade . L investissement dans un Parc national surtout dans une zone deja préservée un peu par les hommes beaucoup par sa geographie est immoral. L’integrisme ecolo est devenu incontournable pour nos politiques. Sachons les remercier de la droite au communiste a ceux qui se sont prononcés pour le parc afin de grapiller les quelques voix indispensables a leurs elections ou reelections. Surtout ne votons pas pour eux.

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  2. Independenza Independenza

    J’adore la partie “conclusions motivées”, c’est là qu’on voit qu’ils ont bossé nos cinq experts (d’ailleurs qui sont ils ? , Chiaverini c’est l’ancien mec de l’UDF qui grenouillait à Lyon ?)

    Donc on pense qu’il faut le parc car “il faut préserver la nature pour les générations futures” , “l’homme est méchant pour la nature”, et puis surtout “On aura le troisième parc du monde, c’est fort non”

    Et last but not least “il faut mettre tout Marseille dans le parc, même la Cayolle, de toute façon on s’en fout c’est juste un trait sur une carte, on s’en branle des gens surtout des pauvres. Le plus important c’est la plante rare”

    Merci les gars ça c’est de la motivation

    Quant à la question du coût qui est importante, elle est balayée, “désolé les gars on sait pas faire, on n’est pas économiste nous et on vous avait prévenu dés le départ”

    Quand je dis qu’avec tout ce temps et cet argent on aurait pu en créer des emplois à Marseille….

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  3. Marius Marius

    Combien de fois faudra-t-il rappeler que le projet de Parc National n’est pas venu de Paris, comme le radotent les antI-Parc, mais qu’il a été lancé en 1992 PAR DES USAGERS DES CALANQUES, Marseillais, Cassidains, Ciotadens, après avoir empêché une n ième tentative de bétonisation …

    pieeb et independenza, vous n’êtes vraiment pas au courant du dossier, vous râlez par principe, complètement à côté du sujet.

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  4. Alain Le Lougarou Alain Le Lougarou

    excellent reportage.
    L’occasion de souhaite une très BELLE ANNEE 2012 à toute l’équipe de Marsactu et à ses lecteurs.

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  5. Philippe Philippe

    Comme de coutume, ce lieu inouï (il y en a tant) à Marseille, va être bousillé par les marseillais eux-même. À ce stade d’égotisme et de stupidité il faut rendre les armes. Nous filons à grande vitesse dans le modèle italiens des décharges à la sortie des villes (c’est fait), des monceaux d’ordures aux carrefours (on y travaille activement) et au gaspillage endémique au profit d’une des caste politique les plus vermoulue de la planète.

    Il y a un côté darwinien à tout cela. Laissons crever ces sites et, pour ceux d’entre nous qui en ont les capacités, fuyons ailleurs. Soleil ou pas.

    Comme disais la marionnette de Miterrand “imbéciles…”

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  6. Pierrot Pierrot

    Mon premier commentaire ayant disparu ,donc je recommence.

    M; Teissier quel sera le montant des impôts ,dans deux ou trois ans quand les marseillais devront payer la couverture du stade et le coût du Parc des Calanques.

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  7. eric scotto eric scotto

    Les très nombreuses contributions lors de l’enquête publique ainsi que les débats animés sur votre site comme ailleurs illustrent l’extrême importance de la définition du Parc National.
    Je crains que l’éclairage des élections présidentielle et législative aveugle ou tout au moins éblouisse l’ensemble des protagonistes. Pour faire le moins mal possible, Il faut de l’autorité et de la sérénité, ce ne sera pas le cas pour les six mois à venir. Par conséquent, je serai heureux que le Parc National des Calanques soit au dessus de la mêlée jusqu’à la fin de cette mandature nationale.

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  8. alex alex

    vous chasserez, vous pecherez, vous cabannonerez qu il disait……
    merci mr TESSIER

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  9. Liseron duveteux. Liseron duveteux.

    Marius, voila bien un discours insupportable, tous cons sauf moi!
    Ne t’en déplaise Marius, mais le parc c’est l’expropriation du peuple par l’Etat.
    Le Deffend,cher aux seigneurs,remis au gôut du jour à la sauce Républicaine
    je continue a affirmer que le fameux grand incendie, parti de Vaufrèges, qui a ravagé les calanques était un incendie volontaire pour imposer le parc,dans le futur.
    Tu ne t’es jamais posé la question, ce genre d’incendie correspond à combien d’années de surfréquentation, dont tu as si peur.
    Je te dirai que j’ai horreur de ces bons citoyens, qui vont faire le travail de fonctionnaires,qui eux ne l’ont pas fait, leur travail.En quelque sorte de meilleurs français que les autres, les enfants aussi,ça marche bien…pour le genre d’opération dont tu parles.
    Dernier point sans te connaitre je pense que tu as un certain âge,et aprés avoir profité des calanques en toute liberté, tu aimerais bien que cette liberté soit limité pour les autres.

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  10. cortiou cortiou

    vous avez contribue a la publicite de nos calanques ,et de nos massifs dans le monde entier maintenant vous vous apercevez qu’il y a trop de monde laisse nous vivre tranquillement nos massifs sont toujours dans le meme etat de conservation vous interdirez de se balader avec notre compagnon le chien les crottes brulent les plantes,…..alors il faudra abbatre tous les sangliers , tous les renards…. ect……..

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  11. Tresorier Tresorier

    Je me félicite que ce rapport. Il démonte toutes les compromissions de nos élus clientélistes au services de minorités agissantes qui veulent conserver leurs privilèges aux dépends des marseillais.

    Je ne fais pas en matière de défense de l’environnement aux marseillais et à leurs élus, comme dans d’autres domaines : propreté, civisme, stationnement, travail bien fait, service publc efficace, sécurité, ….

    Le parc national est nécessaire pour protéger l’environnement : nous sommes très nombreux, à proximité du massif et bien trop de marseillais font n’importe quoi, dans la ville ou les Calanques.

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  12. plaisancier plaisancier

    j’aime bien la notion de “tres nombreux marseillais”!
    sur la toile,a part “marius” ici(ulysse ailleur) chargé de faire le buz depuis des mois et le tresorier (qui voit marseille en station balnéaire),vous commencez a etre de moins en moins nombreux,
    heureusement le mailing est là,a la façon reault ou assos qui envoyent des avis pré-remplis par la poste a une enquete publique,
    je crois que les marseillais s’interogent tous sur le reel but de ce parc,vous parlez de moyens mais on est en droit de se poser des questions quand 3 sujets en dessous ici meme on voit que les employés du gip sont en greve,
    sans oublier nos medias regionaux dont le gip est annonceur ou qui réalisent des missions de conseil internet(merci d’ailleur a marsactu pour son honneteté)

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  13. sam sam

    Que penser des camoins des 3 Lucs de la treille qui il y a quelques années etaient des endroit magnifique et qui ressemble de plus en plus à une banlieue Américaine
    Attention prochain lieu à decouvrir
    Sainte Marthe est aussi completement massacrée il reste plus que cette vilaine tranchée de la carriere
    Que penser du parc du Roy d’espagne on y multiplie les grandes surface il y a de l’argent à se faire ha et aussi les maisons de retraites belle pompe à fric…
    Et il y a le parc des calanque c’est une vaste blague !!
    je suis certain qu’il y avait plus d’espece vegetale et animale à “prochainement vos prochains bureau à Vallée Verte” ou dans le parc des 7 colline bientôt que dans toutes les calanques (plus humide)
    Apres pour ma part je ne suis pas contre le parc mais je trouve qu’en ce moment les permis de construire s’octroie facilement

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  14. Tresorier Tresorier

    Je vois qu’ici comme sur d’autres forums les anti parcs fantasment sur le parc national naturel des Calanques : dictature, confiscation, tourisme, …..

    Je suis partisan d’une économie la plus diversifiée possible. il n’est pas bon de mettre ses oeufs dans le même panier. Il nous faut donc développer tous les secteurs économiques possibles.

    Le parc naturel permettra d’empêcher la confiscation des calanques des marseillais par quelques uns, la dégradation des fonds marins et des collines, le braconnage, les occupations illégales, …..

    Je ne fais pas confiance à nos élus locaux, trop clientélistes et en mal de réélection, pour remplir cet office.

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