Par où va passer le métro Saint-Loup

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le 30 Avr 2014
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Les candidats peu familiarisés au contexte ont dû avoir des surprises en ouvrant le dossier. La communauté urbaine de Marseille a lancé en début d'année un appel d'offres pour des études de faisabilité sur le prolongement du métro vers Saint-Loup. Parmi les documents fournis aux entreprises intéressées, on trouve une étude réalisée en… avril 1986.

Les photos d'illustrations avec 4L et 2CV garées devant les immeubles voisinent avec des cartes au crayon de couleur et légende manuscrite. Preuve qu'on ne part pas de zéro en la matière, une autre étude, réalisée presque 15 ans plus tard, est jointe au dossier. Cette fois-ci, le graphisme est plus familier et plusieurs variantes de tracés sont analysées. Grosso modo, ce tronçon de trois à quatre kilomètres partirait du terminus actuel de la ligne 2 (Sainte-Marguerite – Dromel) pour égrener quatre à cinq stations jusqu'au lycée Marcel Pagnol, en passant par l'hypermarché Auchan Saint-Loup.

Depuis les premières esquisses il y a presque 30 ans, le chantier n'avait jamais vraiment été abandonné. Il était intégré au plan de déplacements urbain de 2000, – ce qui a motivé la deuxième étude – puis dans celui de 2006 et enfin dans celui voté fin 2013. Mais c'est l'appel d'offres lancé sous la mandature d'Eugène Caselli qui le remet au goût du jour. Le dossier devrait passer en commission d'appel d'offres dans les semaines à venir. Il sera particulièrement suivi par le nouveau président Guy Teissier (UMP), ancien maire du 9/10.

"On sait depuis 1986 que c'est le prolongement le plus intéressant en terme de rapport coût / voyageurs, se désole François Costé, directeur adjoint des transports à la Ville lors de la réalisation de la seconde étude (et candidat Changer la donne lors des municipales 2014). Mais depuis on a fait Castellane – La Timone [inauguré en 1992] puis La Timone – La Fourragère [en 2010, ndlr]." À supposer qu'elles soient solides, les prévisions de fréquentation lui donnent raison. 14 000 voyageurs par jour sont prévus dans deux stations (Verdillon et Florian), ce qui les placerait dans le top 5, derrière Castellane, Saint-Charles et le Rond-Point du Prado. Les autres s'échelonneraient à 8 700, 6 200 et 4 600. Loin, très loin devant les quatre stations du prolongement Timone – Fourragère, dont aucune ne dépasse les 4 000…

Un chantier à 500 millions

En face, il faut rappeler une donnée figurant dans une synthèse du dossier d'appel d'offres, dont le style beaucoup plus flashy signale la conception récente : le coût du "tracé de référence" est estimé à 500 millions d'euros. À moins que les études à venir ne contredisent ce montant [1]. Une alternative plus courte, qui se dispense du détour au Sud vers le parc de Maison Blanche, permettrait d'économiser 50 millions d'euros. Si l'on exclut la L2, ce serait tout de même le plus gros investissement réalisé à Marseille depuis les 12 km de tramway, devant le stade Vélodrome et le Mucem réunis. Ce qui n'est pas neutre, à l'heure où la communauté urbaine serre les cordons de la bourse.

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En vert, le tracé de référence, en bleu la variante courte et en rouge les tronçons communs aux deux scénarios. Voir en plein écran

Lionel Royer-Perraut se dit "plutôt enclin à mettre les moyens pour aller vers Maison Blanche". Et pas seulement parce qu'il y est installé depuis avril en tant que nouveau maire du 9/10. "Cela permettrait de desservir le nouveau quartier de la zone d'aménagement concertée Saint-Tronc – Régny", avance-t-il, pour faire mentir les prévisions de fréquentation qui en font la station la moins nécessaire. C'est aussi l'enjeu des études prévues cette année que d'"actualiser" les précédentes avec des projets immobiliers qui ont poussés entre temps.

Un financement à négocier

Pour le financement, le métro Saint-Loup a raté le train du 3e appel à projet du Grenelle, qui ouvre jusqu'à 20% de participation de l'État. Mi-2013, la communauté urbaine a préféré candidater avec des projets plus avancés, comme le prolongement du tramway, ou plus emblématiques, comme le téléphérique. En revanche, il "fait partie des discussions que Guy Teissier a commencé à engager avec le préfet pour le contrat de plan État-région", précise son successeur à la mairie des 9/10. La future métropole, appelée à reprendre le flambeau de la communauté urbaine, sera en effet associée au financement de cette liste de projets en cours de négociation.

Reste un point sur lequel d'aucuns pourraient tiquer : on reste dans les 9e et 10e arrondissements, où une autre priorité de Guy Teissier est déjà prévue, le boulevard urbain Sud, dont le métro empruntera une partie du parcours en souterrain. "Les quartiers Sud et Est connaissent un important développement urbain, mais en sont restés à un schéma de déplacements des années 80", justifie Lionel Royer-Perraut. Certes, mais Guy Teissier n'aurait-il pas oublié le prolongement du tramway d'Arenc à Saint-Exupéry ? Sans parler du métro vers l'hôpital Nord… "La collectivité a fait un effort sur le prolongement du métro vers Capitaine Gèze, avec un pôle d'échange multimodal", répond Lionel Royer-Perraut, qui y ajoute le bus à haut niveau de service Bougainville – Saint-Antoine. Une manière de dire que le Nord n'a pas été maltraité. "Et le métro Saint-Loup comme le tramway vers les hôpitaux Sud, ça n'est pas du luxe". A sa décharge, si le programme de la droite prolongeait le métro au nord comme au sud, dans leurs discours, la priorité allait clairement au métro Saint-Loup.

[1] Étonnamment, le plan de déplacements urbains voté en 2013 chiffrait le chantier à 300 millions d'euros, tandis que celui de 2006 tablait sur 670… Retour

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