Samedi, la Nuit debout passe le test des quartiers Nord

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Lisa Castelly
22 Avr 2016 8

Fort de trois semaines de mobilisation, le mouvement de contestation et de débat décliné à Marseille tente de se faire rassembleur. Première tentative majeure, une délocalisation du cours Julien vers la cité des Flamants (14e arrondissement) est prévue ce samedi 23 avril. Des collectifs d'habitants se préparent à accueillir l'événement, non sans quelques réserves.

Le cours Julien est leur repaire. Depuis le 31 mars, des citoyens militants ou non se réunissent en petite ou grande assemblée sur la place piétonne du 6e arrondissement pour discuter. De la loi Travail tant contestée, d’abord, puis de beaucoup d’autres choses, quasiment tous les soirs, hormis un passage par les Réformés (1er arrondissement). Comme dans beaucoup d’autres villes de France, le mouvement Nuit debout veut fédérer, au plus large, en passant outre les frontières géographiques ou sociales. Et pour cela leur prochaine assemblée générale se tiendra dans la cité des Flamants (14e), bien plus au Nord. Le pari est risqué : les militants du centre-ville feront-ils le déplacement ? Et quel accueil feront les riverains à ces révolutionnaires noctambules ?

Ce mercredi soir, sur le parvis du Vieux-Port, ils sont trois à distribuer des tracts pour annoncer l’événement, optimistes et enjoués. Une petite sono sur laquelle est accrochée l’affiche du film Merci Patron crache du Keny Arkana. Les passants jettent des coups d’œil, certains s’arrêtent pour converser un peu. “Les gens sont étonnés que ce soit aux Flamants, ils se disent que ça doit pas être un truc de bobos”, se réjouit Nicolas, 21 ans, un habitué des Nuits debout. Étudiant en alternance, il a aussi un petit boulot pour compléter ses revenus. Pour lui ce développement géographique ouvre de nouvelles perspectives : “Quand les cités se mettent à faire du bruit, c’est là que ça peut bouger. On a besoin d’eux”. 

“Passerelles” pour la “convergence des luttes”

À quelques mètres de là, Moungui Rouaiguia attend avec impatience de voir deux mondes se rencontrer, les contestataires du centre et ceux des quartiers, “pour enfin faire voir qu’il n’y a qu’une société”. Participant régulier des assemblées du cours Julien, il est aussi porte-parole local du CRI, la coordination contre le racisme et l’islamophobie, organisme militant et plutôt radical dans ses revendications. “Entièrement confiant” quand à la réussite de la Nuit debout aux Flamants, il a “bon espoir que les passerelles pour la convergence des luttes soient mises en place une bonne fois pour toutes. Tous les SOS qu’on a lancés, on a l’impression qu’ils vont pouvoir être entendus”.

Le plus loquace de ce mouvement sans chef, porte-parole, ou nom de famille, Gérald, s’assure qu’il reste assez de tracts avant de repartir vers un nouveau rendez-vous militant. Depuis le 7 avril, cet enseignant est en contact avec un collectif d’habitants des quartiers Nord, les “Pas sans nous” principalement, pour préparer l’événement. “Ils m’ont contacté par le biais de l’association Un centre-ville pour tous, pour voir comment on pouvait travailler ensemble, explique-t-il. Les premières choses qu’ils nous ont dit ça a été “La loi El Khomri c’est pas notre problème”, mais on s’est retrouvés à parler précarité au travail, manipulation politique… des thématiques qu’on aborde tous les soirs”. Il espère assister ce 23 avril à ce qui se passe depuis le 31 mars sur le cours Julien : voir la parole “se libérer”.

“Il n’y aura qu’une assemblée et ce sera là-bas”

D’après lui, des Nuits debout spontanées ont déjà eu lieu dans les quartiers Nord. “Des gens sont descendus dans la rue, ils ont mis un panneau “Nuit debout” et ont discuté. En faire partout c’est le but. Les gens ont assez de trajets comme ça dans leur journée, on ne va pas leur dire qu’il faut venir dans le centre pour participer”. Pourtant, ce samedi, il espère voir venir aux Flamants les participants du centre, car ce soir là “il n’y aura qu’une assemblée et ce sera là-bas”. Pourquoi les Flamants ? C’est de là que sont venus les premiers contacts, puis la cité offre l’espace suffisant, un grand mur pour projeter une fois de plus Merci Patron et puis “avec le chantier de la L2, c’est un lieu emblématique de ce que vivent les quartiers à Marseille !”, justifie rapidement Gérald.

Mais la préparation n’a pas été aussi facile que le furent les premières intentions. “J’ai suffisamment d’ancienneté à Marseille pour savoir qu’il faut préparer un tel événement en amont si on veut que ça réussisse”. Plusieurs rencontres, des “mini-réunions de crises” et un nombre incalculable de coups de fil ont été nécessaires pour parvenir à une feuille de route plutôt fragile. L’agora publique typique de la Nuit debout commencera à 18 heures, puis à 21 heures projection du film, accompagné de thé à la menthe et à la bergamote, précise le tract.

“Les quartiers, cela fait trente ans qu’ils sont debout”

“On va le faire, oui, mais à notre manière !” prévient Fatima Mostefaoui, porte-parole de la coordination “Pas sans nous” dont l’assemblée générale se tiendra en début de journée samedi, avant l’arrivée des “nuitdeboutistes”. Si elle fait partie de ceux qui ont pris l’initiative, beaucoup d’acteurs associatifs du secteur ont eu pour premier réflexe la méfiance, arguant que sans les habitants, on n’imposerait rien ici.

“Oui il y a un accueil de cette Nuit debout, nous apportons un support technique, mais l’ambition n’est pas démesurée”, précise de son côté Catherine Binon, qui co-anime avec Rachida Tir l’Alliance savinoise, membre des Pas sans nous. Elle ajoute : “Prendre le thé, discuter, c’est quelque chose que l’on fait souvent. Les quartiers cela fait trente ans qu’ils sont debout”. Gérald le raconte lui-même, la première chose qu’ont demandé les collectifs d’habitants, c’est qu’on ne vienne pas leur donner de leçons de lutte : “Ils m’ont dit nous, la précarité, le chômage, les violences policières, on connaît depuis très longtemps”.

Et Fatima Mostefaoui de développer ces arguments : “Pour le moment, on voudrait que Nuit debout reconnaisse les combats qu’on mène depuis trente ans. La parole, ici elle est déjà libérée, mais personne ne l’entend. Nous on ne découvre pas le chômage aujourd’hui. On attend de leur part de l’humilité. Celui qui vient pour pouvoir dire qu’il est venu, ou qui vient juste par curiosité, qu’il reste chez lui”.

Serait-ce plutôt une confrontation qui se prépare ? “Non, mais c’est plutôt, “Bienvenus dans le monde réel”, tranche-t-elle, en ajoutant que pour autant elle n’est “pas du tout inquiète” quant au déroulé de cette nuit debout qui, “ne se finira pas à 3h du matin, parce qu’il y a des habitants qui travaillent”.

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