Le musée sous-marin des Catalans peine encore à faire surface

Actualité
Manon Busseron
21 Juil 2017 10

La plage des Catalans devait se doter d'un musée subaquatique en 2017 à l'occasion de Marseille Provence capitale européenne du sport. Le projet, soutenu par la municipalité, ne cesse d'être retardé et ne verra pas le jour à temps du fait de longues procédures administratives mal anticipées.

Une oeuvre de Jason deCaires Taylor au musée subaquatique de Cancún.

Une oeuvre de Jason deCaires Taylor au musée subaquatique de Cancún.

« Faire de la pédagogie à travers l’art et la culture », le tout sous l’eau. Tel est l’objectif affiché du musée de sculptures sous-marines qui aurait dû voir le jour cette année au large de la plage des Catalans. Porté par son promoteur, Antony Lacanaud, ainsi que par le conseil municipal comme un événement phare de Marseille Provence capitale européenne du sport 2017 (et labellisé à ce titre en catégorie « Diamant » par la mairie), le musée n’a pas encore reçu toutes les autorisations administratives nécessaires. Sa demande de concession d’utilisation du domaine public maritime vient juste d’être déposée en juin comme indiqué par La Marseillaise. S’il reste confiant dans l’issue du projet, il a dû revoir à la baisse un calendrier initial trop ambitieux et reste flou sur son financement.

Un projet qui tente de faire surface depuis plus d’un an

Si le projet est accepté, le musée subaquatique comptera 10 statues de 1,5 à 2 mètres de haut, fabriquées par l’artiste Jason deCaires Taylor, référence des sculptures sous-marines. Il se trouvera à 100 mètres de la plage des Catalans et sera accessible à la nage, les bateaux étant interdits dans la zone concernée, délimitée par des balises. Les statues, dont la forme définitive n’est pas connue, seront posées sur des socles à 5 mètres de profondeur et observables en plongée ou depuis la surface, où les nageurs pourront se reposer sur une bouée prévue à cet effet.  Un aperçu du musée est prévu à terre dans une des alvéoles de la plage des Catalans.

L’idée de ce musée sous-marin a germé dans l’esprit d’Antony Lacanaud il y a plus d’un an et demi. Mais à ce jour, rien n’est encore prêt. « On a été trop optimistes », reconnaît-il lui-même, après avoir annoncé dans un premier temps l’installation des sculptures au printemps 2017. Mais les démarches administratives prennent plus de temps que prévu. Le projet a du être revu à la baisse pour des raisons de sécurité, notamment relatives à la distance à parcourir à la nage depuis la plage et à la profondeur du site. Surtout, les délais administratifs ont été sous-estimés.

Une demande de concession d’utilisation du domaine public maritime pour une durée de 15 ans, déposée le mois dernier, est en cours d’examen par les préfets de région et maritime. « Au début, c’était carrément du chinois, je ne comprenais pas qu’il fallait faire tout ça pour mettre des statues sous l’eau », avoue-t-il, sans donner plus d’informations sur les prochaines étapes de la procédure. Pierre Guillaume, le responsable au bureau d’études Oteis qui a effectué les analyses environnementales pour le dossier, précise également qu’une déclaration a été déposée au titre de la loi sur l’eau, pour vérifier la conformité des installations avec les normes environnementales. « Au total, six mois d’instruction », précise-t-il. Une enquête publique menée par un expert doit aussi être lancée « vers le mois d’octobre », après l’instruction administrative. De cette enquête, Lacanaud dit n’avoir « aucune idée », et préfère insister sur l’intérêt pédagogique et écologique du projet, qui devrait permettre à des groupes scolaires par exemple, de découvrir l’environnement sous-marin.

Car si la faune et la flore marines devraient au fil du temps prendre possession du récif artificiel, les diverses études cherchent surtout à mesurer l’impact environnemental du musée et ses potentielles conséquences sur la biosphère et la fragile posidonie. « Aucun risque », évacue Antony Lacanaud. Pierre Guillaume, qui l’accompagne dans la procédure et notamment sur les questions d’impact, se veut quant à lui plus modéré, car « dès qu’on met quelque chose dans l’eau il y a des risques ».

« Quel intérêt de savoir combien ça va coûter ? »

Le projet se voulait vitrine internationale de la ville à l’occasion de Marseille Capitale du Sport. Ce qui explique l’engouement de la municipalité pour le projet, que « le maire appelle de ses vœux », assure Antony Lacanaud. Une mairie si enthousiaste qu’elle a décidé d’octroyer une subvention de 100 000 euros à l’association, dont 30 000 euros versés immédiatement et qui ont déjà été consommés, « bouffés » par les bureaux d’études (dont Oteis). Le reste du financement viendra à condition que les autorisations d’installation soient accordées.

Des subventions du département, de la région et de la métropole ont également été sollicitées, ainsi que des partenaires privés, comme le Crédit Agricole, Bouygues, ou les sociétés Comex et Asea qui pourraient participer à l’installation des statues. Oui, mais à hauteur de combien ? Antony Lacanaud se fait soudain beaucoup moins bavard. « Je n’aime pas parler d’argent ». Pour lui, si l’installation des sculptures et leur entretien nécessitent une somme conséquente, cet investissement ne représente « rien » face aux retombées économiques et culturelles pour la ville. Un « rien » qu’il se refuse néanmoins à chiffrer.

Pierre Guillaume accepte en revanche de parler d’un budget total de 400 000 euros. « Pour la fabrication des statues, leur installation, se garder la possibilité de pouvoir les enlever », précise-t-il avant d’insister, lui aussi, sur les retombées à long terme. « La concession a été demandée pour 15 ans, éventuellement renouvelables ». Des délais encore hypothétiques alors que les autorisations ne sont toujours pas données. Si Antony Lacanaud veut toujours inaugurer le musée dans le cadre de la capitale du sport, il ne reste qu’une toute petite fenêtre, en décembre. Brrr…

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