Métro Gèze : la métropole sort les rames

Actualité
Julien Vinzent_
26 Mai 2018 14

Après la consternation suscitée par la révélation du nouveau retard de l'extension du métro, la métropole s'est livrée à une séance d'explication ce vendredi. Avec 30 000 branchements électriques défectueux, la vérification du système de signalisation devrait occuper l'entreprise Colas Rail jusqu'à la fin de l'année. Quant à la date de septembre 2019 pour la mise en service, c'est "un objectif, pas une garantie".

Le vice-président aux transports de la métropole Jean-Pierre Serrus entouré de techniciens.

Le vice-président aux transports de la métropole Jean-Pierre Serrus entouré de techniciens.

Non, on ne verra pas les fameuses armoires électriques car “le métro fonctionne en ce moment”. À l’origine du retard considérable de la livraison de la station Capitaine Gèze, elles sont situées dans le poste de maintenance Zoccola, utilisé le jour par les équipes de la RTM. “Ce n’est pas spectaculaire, c’est un local technique avec 27 panneaux et des milliers de connexions”, décrit le vice-président délégué aux transports de la métropole Jean-Pierre Serrus. Pas spectaculaire, mais son rôle de signalisation et de régulation du trafic est central dans la sécurité du métro.

Ce vendredi, la collectivité avait rassemblé presse et principaux responsables du chantier, au sein de ses services comme des entreprises prestataires. Objectif : expliquer ce qui a conduit à ce dérapage de près de cinq ans du calendrier, dans le cadre paradoxal d’un pôle d’échange (station de métro, gare routière et parking relais) prêt à l’emploi. Mais aussi répondre aux usagers, mobilisés une nouvelle fois la veille à l’hôpital Nord :

Je comprends et j’entends leur exaspération. Mais c’est aussi assez facile sur ce terrain de l’exaspération de voir fuser tout un tas de mauvaises informations, qui rendent d’autant plus difficile notre travail d’explication. Ce n’est pas un problème de budget !

Le démenti fait notamment écho aux déclarations du conseiller municipal PCF Jean-Marc Coppola, qui y voit “le résultat d’un marché moins disant. Dans un autre quartier, le même problème trouverait une solution”. “Il faut accepter qu’il y a des sujets technologiques où il faut plus de monde, plus d’hommes que prévu”, insiste encore Jean-Pierre Serrus.

30 000 anomalies à vérifier

En l’occurrence, si les premiers retards ont connu des causes multiples (archéologie, adaptation au projet Euroméditerranée…), “l’incident majeur intervient lorsque nous faisons rentrer les premières rames d’essai [le 30 mars]. Cela gèle toute l’année 2018 !” L’incident, et ses conséquences, est raconté plus en détails par Laurent Herbulot, directeur de l’agence énergie de Colas Rail, en charge de cette partie du chantier. “2017 a été une année intense de travaux de câblage, qui se sont terminés début 2018 comme prévu par le calendrier. Ensuite est venue la période d’essai, qui est importante pour valider que tout est conforme à la conception en bureau d’étude.”

C’est là que le poste Zoccola entre en scène. Au passage des premières rames d’essai, l’agence Colas Rail vérifie que le système de signalisation, composé de plus de 400 000 branchements électriques, réagit comme prévu. “Lorsque l’on a constaté que le nombre d’anomalies dépassait les us et coutumes, on a considéré en accord avec la métropole que cela nécessitait un point d’arrêt.” Le chiffre avancé donne le tournis : 7 % d’anomalies, soit environ 30 000 problèmes à résoudre.

Le poste de signalisation Zoccola, où se situe le nœud du problème.

Depuis le mois d’avril, Colas Rail entreprend donc de vérifier l’ensemble des connexions. “Huit experts en signalisation, le nombre maximal que permet le local, travaillent la nuit. Le jour, les équipes du bureau d’étude valident ce qui a été fait la nuit”, précise Laurent Herbulot. Pour étendre la plage de l’équipe de nuit, qui démarre après la fermeture du métro et doit tout remettre en ordre avant la reprise au petit matin, la métropole a demandé à la RTM de fermer le tronçon Joliette – Bougainville à partir de 20 h 30. Cette mesure, annoncée du 14 mai au 31 juillet, sera “prolongée autant que nécessaire”, précise Bertrand Robin, directeur de la mission métro-tramway de la métropole.

Septembre 2019, “un objectif, pas une garantie”

Quant à la prévision de mise en service en septembre 2019, il confirme mais ne s’engage pas : “Attendons la fin de cette année pour fiabiliser cette date. Pour l’heure c’est un objectif, pas une garantie.” Le mois de décembre doit en effet marquer la reprise des essais d’entrée de rames en station, une fois les branchements remis au carré. Si tout se passe bien, le chantier pourra alors reprendre là où il s’était arrêté.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Chez Colas, Laurent Herbulot souligne que la mission se déroulait dans un cadre inhabituel, celui d’un ancien poste de maintenance installé il y a 40 ans. “Dans un système neuf, on teste les chassis [les panneaux de connexion] en usine. Là, on vient mettre des chassis neufs sur des chassis existants et on teste sur site.” Le tout dans des conditions contraintes par l’exiguïté du local. “Les choix techniques et économiques avaient conduit à reprendre le local existant. A posteriori, et c’est toujours plus facile à dire, il aurait été plus simple de créer un nouvel espace”, reconnaît Bertrand Robin à la direction métro tramway.

Mais l’autorité politique, Jean-Pierre Serrus, refuse d’ouvrir la boîte à gifles. “Il y a forcément des erreurs d’appréciation, on a tous l’humilité de le reconnaître. Des fautes, sûrement pas. Une faute, c’est quand on s’est planté quasi délibérément ou par manque d’expérience.” Ceci étant dit, “on est tellement mobilisés pour terminer qu’on préfère rester en pack”. Pas sûr que cette attitude demeure après la livraison.

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