Mehdi Bourogaa tué par la police : l’enquête classée sans suite pour légitime défense

Info Marsactu
le 21 Oct 2020
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Le parquet de Marseille a décidé du classement sans suite de l’enquête sur le décès de Mehdi Bourogaa survenu le 14 février à la cité des Marronniers à Marseille. Les magistrats estiment que le policier auteur des tirs était en situation de légitime défense.

Une banderole en hommage à Mehdi Bourogaa dans la cité de Maison-Blanche en février 2020. (Image BG)

Une banderole en hommage à Mehdi Bourogaa dans la cité de Maison-Blanche en février 2020. (Image BG)

Le policier de la BAC Nord qui a ouvert le feu sur Mehdi Bourogaa, 19 ans, le 14 février dernier à la cité des Marronniers (14e) ne sera donc pas inquiété. “L’enquête a été classée sans suite car elle a conclu à l’irresponsabilité pénale pour cause de légitime défense”, a expliqué la procureure de Marseille Dominique Laurens à Marsactu ce mardi. Cette décision a été prise puis communiquée par le parquet à la famille de la victime le 1er octobre, lors d’un échange avec le procureur adjoint André Ribes, qui avait la responsabilité de l’enquête préliminaire.

Immédiatement après le drame qui a coûté sa vie au jeune homme, la thèse de la légitime défense était déjà avancée. Dans un article de La Provence daté du 16 février, cette piste était en effet présentée comme “fortement privilégiée, (…) dans la mesure où le malfaiteur a mis en joue les policiers avec son fusil à pompe.” Plus tôt durant cette soirée du 14 février, un braquage avait été signalé dans un Lidl situé aux Chartreux (4e). Selon le parquet de Marseille, qui avait communiqué au lendemain du drame, les trois auteurs présumés du braquage avaient pris la fuite en voiture avant d’être rattrapés par un véhicule de la BAC. La course-poursuite avait alors pris fin au pied d’un immeuble de la cité des Marronniers. Coincé, Mehdi Bourogaa était sorti par la porte arrière du véhicule. Il était alors un peu moins de 20h.

Témoignages d’habitants contre parole policière

La suite de la scène a été observée et filmée par plusieurs habitants du quartier. Trois coups de feu sont tirés avant que le jeune homme, originaire de la cité Maison-Blanche (14e), ne s’effondre au sol. Était-il en train de menacer deux fonctionnaires avec une arme ? A-t-il été frappé et menotté une fois gisant à terre, comme le soutiennent des témoins ? Les vidéos consultées à l’époque par Marsactu ne permettent pas d’établir strictement le déroulé des évènements. Le soir-même, les trois fonctionnaires présents sur place, dont celui qui a tiré sur Mehdi Bourogaa, sont entendus par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Cette dernière est saisie par le parquet et une enquête préliminaire est ouverte afin d’établir les circonstances des tirs policiers.

À relire : notre reportage dans la cité Maison-Blanche après la mort du jeune homme

Mais dès le lendemain, le communiqué de presse du parquet consacre la version suivante :  “un fonctionnaire de police a ouvert le feu à plusieurs reprises après avoir été lui-même, puis un de ses collègues, mis en joue par un des malfaiteurs armé d’un fusil.” Me Clément Dalançon, avocat du père du défunt, essaye alors de collecter des témoignages directs afin de les confronter à la version policière. Une semaine après les faits, à la veille d’une marche blanche organisée en hommage à Mehdi, il lance un appel repris par le journal 20 Minutes : “Toutes les personnes qui ont vu ou filmé peuvent se manifester auprès de l’IGPN, elles n’ont rien à craindre.” Sans succès : “on m’a dit qu’il existait des vidéos claires de la scène. Le collectif Maison-Blanche a essayé de les retrouver, mais nous n’avons pas réussi”, explique l’avocat.

Tir à l’abdomen et face-à-face

À défaut de témoignages, l’enquête de l’IGPN s’est alors centrée sur d’autres éléments, notamment les conclusions des experts légiste et balistique. Selon ces derniers, Mehdi Bourogaa aurait été touché à la cuisse mais surtout à l’abdomen, ce qui laisse sous-entendre qu’il se trouvait face au fonctionnaire qui a ouvert le feu. C’est donc sur la base de cette thèse que le parquet de Marseille aurait conclu à une situation de légitime défense. Mais si le “face-à-face” semble avéré, des points restent en suspens : Mehdi Bourogaa était-il bien armé ? Cette arme était-elle chargée ? Et était-elle braquée sur un fonctionnaire ? 

Interrogé sur ce point, Me Clément Dalançon explique attendre de “recevoir la copie de l’enquête” dans son intégralité avant de se prononcer. Il ajoute alors qu’une fois tous les éléments du dossier en main, la famille de Mehdi Bourogaa décidera éventuellement de contester ce classement sans suite. La procédure prévoit en effet plusieurs options pouvant permettre la réouverture de l’enquête : il est possible de porter un recours contre le parquet, ou de déposer plainte auprès du juge d’instruction avec constitution de partie civile.

Reste à savoir comment cette décision du parquet sera vécue par le quartier dont le défunt était originaire. Interrogé, Nair Abdallah, du collectif Maison Blanche ne se dit, pour sa part, pas surpris. “On n’attendait pas grand chose de la justice, on sait qu’elle ne se prend pas la tête dans les affaires qui impliquent la police, commente-t-il. Quand on va l’annoncer aux jeunes du quartier, ça va faire l’effet d’un coup de massue. Mais d’un autre côté, ça fait longtemps qu’on les a préparés à cette possibilité”. Le militant associatif a une pensée amère pour “ce policier [qui] pensera toute sa vie au fait qu’il a détruit une famille et un quartier”. 

Une autre enquête jointe à celle de l’IGPN est toujours en cours. Confiée à la police judiciaire, elle porte spécifiquement sur le braquage du Lidl. Sur ce volet, un ami d’enfance de Mehdi Bourogaa est maintenu en détention provisoire depuis février et plusieurs interpellations ont eu lieu ces dernières semaines.

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Commentaires

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  1. pm2l pm2l

    On croit rêver … C’est le policier qui “a détruit une famille et un quartier” ! Qu’en est-il de la responsabilité de ce voyou ? Y aurait-il eu un tel article si le policier avait été tué ?
    Peut-on envisager une seconde que ce type a mis en danger sa vie et celle des autres en réalisant une attaque à main armée, et qu’au final il a joué, il a perdu et qu’il n’a eu que ce qu’il méritait ?

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    • Freddo69 Freddo69

      J’étais en train de me garer au lidl quand ils se sont enfuis…
      La trouille violente.
      Je n irais pas dire qu’il l’a cherché mais à semer le vent…

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    • MarsKaa MarsKaa

      Procès d’intention à l’égard des journalistes (“y aurait-il eu un article”)
      + normalisation de l’abattage des “voyous” (il n’a eu que ce qu’il méritait “).
      La peine de mort pour braquage ?
      Danger pour la démocratie.

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  2. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Aux Varietés, allez donc voir le film de David Dufresne ”Ce pays qui se tient sage” jusqu’au 28.
    C’est curieux, ce film documentaire ne parle pas de l’IGPN…!
    Et vous aurez le fin mot de l’histoire…!

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  3. jasmin jasmin

    Il est vraiment temps que les policiers portent une caméra sur eux et sur leur véhicule, comme le font les policiers américains. Le fait que le jeune portait ou non une arme et qu’il l’aurait braqué contre les policiers ou non est l’element clé de cette affaire. Il faut des preuves concrètes surtout dans les cas où les témoignages proviennent de personnes d’un même clan, le quartier qui vit de la recette de leurs dealers, et la communauté de la police qui protège les siens. La preuve, depuis qu’on peut faire des investigations sur l’ADN, les témoignages n’ont plus qu’une valeur relative. Probablement, ce que la justice ne dit pas et qui détermine aussi sa décision, c’est le fait que si le policier est condamné, plus aucun policier ne voudra aller dans ce quartier.

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  4. Elric Menescire Elric Menescire

    Oui, la caméra est une très bonne idée, comme le RIO d’ailleurs.

    Problèmes, les policiers et leurs syndicats font la pluie et le beau temps, et ils n’en veulent pas. Ils ont tout ce qu’ils veulent, car il leur suffit de rappeler au pouvoir en place que c’est grâce a EUX qu’ils sont toujours en place et qu’ils peuvent continuer de mener une politique antisociale dont la majorité des Français ne veulent pas…

    La vérité est là : les policiers sont aujourd’hui impunis et touts puissants,je vous invite a aller voir l’enquête de Bastamag qui synthétise bien les choses. En quarante ans, 637 morts aux mains de la police française et une écrasante majorité de non lieux, il y a quelque chose comme 3 condamnations a de la prison ferme ….

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    • LN LN

      Ils étaient “gardiens de la paix”, ils sont devenus “forces de l’ordre”…

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Et la prochaine fois nos amis duetistes LN et E. Menescrire, comment allez-vous appeler la Police, la STASi ?.

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    • LN LN

      Juste une question de semantique. Avez-vous entendu souvent ces derniers temps parler de gardiens de la paix ? Non, on cite systématiquement les forces de l’ordre. C’est un constat.
      Quant à vos insinuations entre police et stasi, vous faites juste du Brallaisse et parfois c’est lourdingue…

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  6. Brallaisse Brallaisse

    Et moi ce qui me fatigue, c’est l’antipolice systématiquement mis en avant par certains.
    Lourdingue sûrement, mais face à certains avis, il faut vraiment forcer le trait. Quand on écrit les mots tels que liberticide, abus de pouvoir, anti démocratique en France aujourd’hui , je suis bien obligé de réagir face à ce tissus d’inepties sorties souvent par le Melanchon’s fan club.
    Après si vous pensez que la Police se frotte à des anges, ou à des romantiques anglais dans les lieux dans lesquels ils sont obligés d’intervenir, c’est votre droit et votre avis. Aussi la prochaine fois, je pense que nous aurons droit aux excuses concernant la détention d’armes lourdes ou au fait de s’adonner aux trafics, notamment ceux touchant la drogue. Puisque nous sommes dans l’émission des Chiffres et des Lettres, entre 1970 et 2017, 470 policiers sont morts en service. Il faut remettre de temps en temps l’église au milieu du village.
    Après, si vous voulez que j’élève le niveau, pas de soucis , mais il faut que vous fassiez quelques efforts en ne sombrant pas dans une sémantique dépassée. Oui il faut de l’ordre, et si vous pensez que la privation de la liberté de penserou bien que la violence est du côté de la Police, je vous encourage à aller expliquer dans quelques années au f

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  7. Brallaisse Brallaisse

    Et moi ce qui me fatigue, c’est l’antipolice systématiquement mis en avant par certains.
    Lourdingue sûrement, mais face à certains avis, il faut vraiment forcer le trait. Quand on écrit les mots tels que liberticide, abus de pouvoir, anti démocratique en France aujourd’hui , je suis bien obligé de réagir face à ce tissus d’inepties sorties souvent par le Melanchon’s fan club.
    Après si vous pensez que la Police se frotte à des anges, ou à des romantiques anglais dans les lieux dans lesquels ils sont obligés d’intervenir, c’est votre droit et votre avis. Aussi la prochaine fois, je pense que nous aurons droit aux excuses concernant la détention d’armes lourdes ou au fait de s’adonner aux trafics, notamment ceux touchant la drogue. Puisque nous sommes dans l’émission des Chiffres et des Lettres, entre 1970 et 2017, 470 policiers sont morts en service. Il faut remettre de temps en temps l’église au milieu du village.
    Après, si vous voulez que j’élève le niveau, pas de soucis , mais il faut que vous fassiez quelques efforts en ne sombrant pas dans une sémantique dépassée. Oui il faut de l’ordre, et si vous pensez que la privation de la liberté de penser ou bien que la violence est du côté de la Police, je vous encourage à aller expliquer cela dans quelques années au petit garçon de 5 ans et qui porte le nom de Paty.

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