Maryse Joissains face au tribunal pour répondre de ses embauches “arbitraires”

Actualité
Jean-Marie Leforestier
14 Mai 2018 7

Ce lundi après-midi se tiendra le procès en correctionnelle de la maire d'Aix-en-Provence. Elle devra répondre de détournement de fonds publics et de prise illégale d'intérêts.

C’est clairement une petite pique supplémentaire adressée par la justice à Maryse Joissains. Ce lundi, ce n’est pas dans sa ville d’Aix-en-Provence que la maire Les Républicains apparaîtra à la barre mais bien au tribunal correctionnel de Montpellier, et ce pour éviter que des réseaux locaux puissent interférer dans l’exercice de la justice.

L’ancienne avocate y répondra de sa politique d’embauche au sein de la Ville d’Aix-en-Provence qui aux yeux du juge d’instruction Marc Rivet semble dans certains cas relever de l’“arbitraire”. Il a décidé de l’amener à comparaître pour prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics. Une manière d’interroger le système Joissains et son “rapport complexe à l’intérêt général dans un somptueux mélange d’autocratie, de népotisme et de désinvolture dans l’engagement des deniers publics” que des hauts fonctionnaires et même des membres de la majorité Joissains ont accepté de corroborer devant les enquêteurs. Un procès qui, plus largement, viendra relever les largesses que s’accordent un certain nombre d’élus locaux.

Trois cas ont retenu l’attention de la justice. Le plus emblématique est celui d’Omar Achouri, chauffeur et conseiller multi-tâches de l’édile. Comme une enquête de Marsactu l’avait révélé en 2013, Omar Achouri a bénéficié d’une promotion exceptionnelle comme cadre A de la fonction publique territoriale, le plus haut grade. Aucune justification réelle a pu être apportée pour ce poste qui lui permettait de gagner, selon ses dires, 4400 euros chaque mois.

La justice administrative a déjà cassé la décision, la justice pénale va dire si cette promotion turbo constitue une prise illégale d’intérêts de Maryse Joissains. C’est en tout cas la conviction du juge d’instruction – exprimée dans son ordonnance de renvoi  : “La promotion indûment offerte à un intime caractérise la satisfaction d’un intérêt moral personnel”.

Toute une famille bien lotie

Si Omar Achouri ne répondra pas de ce bénéfice indu devant le tribunal, ce n’est pas le cas de son fils Christophe Achouri. Celui-ci sera jugé pour “concussion” à savoir pour “une atteinte au devoir de probité qui s’impose aux personnes chargées d’une mission de service public”. Officiellement gardien de piscine à la Communauté du pays d’Aix et muni d’une voiture de fonction, il semble en réalité davantage passionné par son autre métier d’agent de joueurs de football, pour lequel il a notamment conseillé le milieu de l’équipe de France Paul Pogba. L’enquête a démontré qu’il n’était en réalité qu’“un fantôme” autour des bassins, un de ses collègues entendu par la justice évaluant sa présence sur place à “deux à trois fois par semaine pour deux heures environ”. “Un sens aigu de l’évanescence”, s’amuse le juge Rivet, amateur de bons mots.

Maryse Joissains devra justifier ses largesses qui ne se sont pas arrêtées à ces deux membres de la famille. Le juge Rivet a découvert trois autres cas au cours de son enquête :

“Maryse Joissains veillait depuis longtemps à la satisfaction des intérêts de la famille Achouri. Ses proches avaient de manière récurrente bénéficié d’emplois au sein de l’administration municipale. Sa fille Rachel avait été agent du musée Granet d’octobre 2009 à décembre 2011. […] Son fils Allan avait été recruté à compter de juillet 2011 comme adjoint technique […]. Sa belle fille Nora avait elle aussi été recrutée par la commune comme adjointe technique le 6 février 2009, bénéficiant d’une complaisance qui avait agacé sa propre hiérarchie.”

Ordonnance de renvoi du juge Marc Rivet du 8 février 2017 

Au cours de l’enquête, l’élue a décrit sa relation avec Omar Achouri, un intime avec qui elle déjeune tous les midis mais dont personne n’a jamais vu la moindre production professionnelle écrite. “J’ai un immense respect pour lui, je l’écoute mais je contrôle tout […]. Souvent, il me conseille sur les gens de mon entourage, […] il a un jugement très sûr.” Quant à l’absence d’écrits attestant de ce travail de conseil, Maryse Joissains se réfugie volontiers derrière “la grande tradition d’oralité de la fonction publique territoriale”.

Très chère défense de la cause animale

Le même malaise se ressent à l’exposé du troisième cas retenu par l’instruction judiciaire : la création d’un emploi au cabinet de la communauté du pays d’Aix (CPA) pour s’occuper de la maltraitance animale. Le sujet qui ne rentrait même pas dans les compétences de cette collectivité, ce que sa présidente Maryse Joissains a admis durant l’enquête. Alors pourquoi cet emploi ? Pour l’élue, il s’agissait de préfigurer le transfert de cette compétence à la CPA. Pour le juge il s’agissait plutôt d’un “détournement de fonds publics” visant à “satisfaire la sensibilité personnelle d’un élu”. Maryse Joissains, dont le chien Tecky occupe autant qu’elle l’hôtel de ville d’Aix-en-Provence a peiné à justifier le travail de son employée,  Sylvie Roche, sœur d’un ancien conseiller : “Sylvie Roche dépend directement de moi. Elle est totalement libre de son temps. […] Je ne contrôle pas son activité, je suis certaine qu’elle travaille sur les missions que je lui ai confiées.”

Citée dans la procédure judiciaire, Sylvie Roche dira s’être occupée spécifiquement de “la maltraitance et la capture des chats errants” recevant pour cela 2800 euros par mois et une voiture de fonction. L’adjointe au maire chargée des questions animales Charlotte Benon dira au contraire l’inutilité de ce poste : “Tout ce qui représente la cause animale existait déjà avant, la notion de maltraitance est certainement importante, mais pour moi cela relève du travail associatif.”

Face au tribunal, Maryse Joissains défendra la légalité et l’opportunité de ses choix. “J’ai la conviction d’avoir respecté la loi”, avait-elle assuré lors de l’annonce de son renvoi.

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