La présidente du conseil départemental et le maire de Marseille ont signé un plan d'aide de 100 millions d'euros tourné vers le "quotidien". Martine Vassal défend ainsi la "rupture" avec son prédécesseur Jean-Noël Guérini, accusé d'avoir "oublié" la capitale du département. Mais elle se refuse toujours à traduire en actes un autre changement de pratique : la transparence sur sa politique globale d'aide aux communes.

Cette fois-ci, Jean-Claude Gaudin jouait à domicile. En 2012, le maire de Marseille avait dû faire le déplacement jusqu’à l’hôtel du département, pour signer avec Jean-Noël Guérini (ex-PS) un plan d’aide de 100 millions d’euros sur trois ans. Ce vendredi, c’est à l’hôtel de Ville qu’il accueillait son ancienne adjointe Martine Vassal, présidente du conseil départemental depuis avril 2015, pour “un plan d’investissement sans précédent pour la capitale de la Provence”. Face à eux, l’intégralité des conseillers départementaux LR de Marseille, l’UDI Maurice Rey, et le socialiste Benoît Payan dans le rôle de l’intrus.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, comme le résumait le maire lui-même dans La Provence, c’est Martine Vassal qui a entre les mains le “chéquier” du conseil départemental : “Guérini avait le flingue et le chéquier pour faire campagne, elle a gardé le chéquier et sait l’utiliser“. Entre 2016 et 2019, le Bateau bleu s’engage à apporter 100 millions d’euros de subventions aux projets de la commune, avec un taux de prise en charge allant jusqu’à 80 %. 31 projets doivent être votés par les élus du département le 21 octobre, pour 30,7 millions d’euros, complétés par 46 autres sur les deux années suivantes (le détail ici). À titre de comparaison, le budget global d’investissement 2016 de la Ville est de 185 millions d’euros, ce qui nécessite un emprunt de 100 millions d’euros.

Liste de courses

“Nous avons voulu des projets réalisés dans cette période et qui sont concrets pour améliorer le quotidien des Marseillais”, a commenté Martine Vassal. N’y cherchez donc pas un casino, un téléphérique ou une ligne de métro, il est question de “quotidien”, voire d’urgence. Ainsi, le premier train de mesures fait la part belle aux rénovations des écoles (15 millions sur 30,7), dont la vétusté est devenue cet hiver un sujet national. Sans se départir de la ligne municipale sur “une polémique atroce et abominable lancée à des fins de politique politicienne”, Martine Vassal s’est posée en bouée de secours : “Ma première réaction a été de vous appeler Monsieur le maire pour rajouter la rénovation des écoles parce qu’il était scandaleux de ne pas pouvoir aller dans ce sens là.”

Ce “plan pour Marseille” aux allures de liste de courses contient d’ailleurs de nombreuses rénovations, réfections, travaux d’étanchéité, confortement, restaurations, remplacement des menuiseries… Parmi elles, l’emblématique église des Réformés, dont l’état est inquiétant et qui nécessite 10 millions d’euros de travaux. Un autre chantier étonne par sa présence dans un tel plan : le confortement des talus de la L2, dont la Ville s’est retrouvée responsable après un imbroglio juridique avec l’État et la société qui réalise la rocade autoroutière. Ici, le conseil départemental vient clairement lui ôter une épine douloureuse (5 millions d’euros) du pied.

Par petites touches, le plan vient aussi en soutien de projets importants en terme d’affichage politique, telle l’extension du réseau de caméras de vidéo-surveillance. Depuis 2011, la mairie promet 1000 caméras pour 2013, puis 2014 et ainsi de suite. “Marseille dispose actuellement d’environ 760 caméras”, reconnaît à nouveau la présentation du plan, qui se propose d’aider à l’installation de 50 poteaux supplémentaires. Plus récent mais non moins symbolique, le fort coûteux achat de la maison de la Région (5,2 millions d’euros) afin d’y installer la mairie du 1/7 est compris dans le plan. Il est complété par un dispositif de préemption des commerces afin de servir l’ambition de redonner son “lustre d’antan” à la Canebière.

En attendant la métropole

Vous avez dit “transparence” ?

Depuis son élection en avril 2015, Martine Vassal ne cesse de promettre “transparence et équité” dans l’attribution de l’aide aux communes. Comme nous le soulignions ce vendredi matin, aucun acte n’a suivi ces discours. Interrogée pendant et en marge de la conférence de presse, la présidente du conseil départemental s’est refusée à communiquer des éléments détaillés sur l’utilisation de l’enveloppe, 157 millions d’euros à ce jour.

Motif : les délibérations sont de toute façon publiques. Une réponse que nous faisait déjà, en son temps, le président Guérini. Marsactu devra donc, sauf revirement, retrouver les centaines de décisions d’attribution, parfois sous format papier, et recopier à la main les montants pour espérer avoir une vision globale.

Sans insister sur le poids politique que lui donne ce chéquier, Martine Vassal souligne que cette aide n’est que justice : “C’est une rupture par rapport à ce qui se passait auparavant. Nous considérons tous les territoires avec équité et transparence et Marseille était la grande oubliée”, a-t-elle défendu. “C’est un geste fort, très fort, en direction de Marseille”, a salué Jean-Claude Gaudin. Au même titre que ses voisines, la capitale du département aura donc droit à sa part de l’aide aux communes, cette enveloppe d’environ 130 millions d’euros par an allouée par la collectivité.

Et n’allez pas insinuer que “Martine Vassal met autant que son prédécesseur, 100 millions” : l’élue rappelle que seulement 40 millions d’euros ont effectivement été débloqués par le conseil général alors présidé par Jean-Noël Guérini. Elle oublie toutefois dans sa comptabilité le plan quinquennal d’investissement de 250 millions d’euros signé en 2009 par ce dernier avec la communauté urbaine de Marseille, qui contenait de nombreux projets menés à bien : réaménagement du Vieux-Port, lignes de bus à haut niveau de service, prolongement de la ligne 2 du métro…

Comme pour anticiper la remarque, l’élue a ensuite tendu une autre main à Jean-Claude Gaudin, président d’une métropole au budget déjà étriqué : “Nous vous proposons de nous revoir pour la signature d’un contrat de développement avec la métropole, comme nous le faisons avec les autres intercommunalités”, avec pour thèmes “les transports, mais aussi la voirie, quelque chose qui tient à cœur de l’ensemble des maires, la propreté”. Cette fois-là, entourée des maires de la métropole, Martine Vassal jouera vraiment à domicile.

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Julien Vinzent_
Journaliste.

Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Question en passant : avec une métropole qui représente 94 % de la population et 62 % du territoire du département, quelle est l’utilité de conserver celui-ci ? De leur côté, les Lyonnais y ont répondu.

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  2. AA_ ML AA_ ML

    oui il faut le garder…. dans le rôle du banquier…. (mais je suis d’accord avec vous c’est une absurdité).

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  3. Helene Goldet Helene Goldet

    La liste des projets destinés à améliorer notre quotidien mérite le détour.
    – -L’étanchéité de la piscine Vallier : elle a été inaugurée par Jean Claude en novembre 2015 après un an de travaux lourds et chers. Elle est fermée depuis juin 2016. Plusieurs millions de travaux pour une rénovation complète, sauf qu’on aurait oublié l’étanchéité, pas de chance.
    – 10 ME pour l’église des Réformés emblématique, certes, mais de quoi?
    Après l’annulation de la construction de la grande mosquée il y a quelques semaines, ça fait un peu gênant,

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    • Magnaval Magnaval

      L’église des Reformés est une propriété communale…

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  4. julijo julijo

    Consternant de noter la masse de travaux a effectuer, votés ou financés, pour l’éducation. Financés par le CD13….
    La Mairie en charge des écoles primaires a vraiment été au dessous de tout dans ce domaine.
    Vu les personnalités incompétentes au pouvoir dans notre ville, ça se comprend, mais vraiment quelle honte.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Ils sont sur la photo, tout sourire…

      Tiens, je n’y vois pas Miron, le spécialiste du sport qui, en 2008, avait vendu au bon peuple un “plan piscine” richement doté de 250 millions d’euros – dont le seul résultat a été la fermeture de la moitié des bassins, c’est moins cher. Par contre, on va rénover la piscine Vallier déjà rénovée en 2015, pour 3,5 millions d’euros seulement…

      Mais ce n’est pas grave, les impôts locaux permettent de financer l’incompétence et l’inconséquence.

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    • neomars neomars

      Quand on désigne le fait pour les parents de défendre ses enfants à l’école publique, par “une polémique atroce et abominable lancée à des fins de politique politicienne” … comment prétendre ensuite vouloir améliorer le quotidien des marseillais ?

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  5. LaPlaine _ LaPlaine _

    Globalement c’est un aveu d’incurie pour toute cette équipe. En vingt ans cette ville n’a même pas entamé le début d’un embryon de gestion urbaine cohérente et pérenne (voirie, parcours urbain, bâti etc)… que des cautères appliqués au fil des années sur les jambes de bois de l’incompétence.

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  6. Maurice Rey Maurice Rey

    Bonjour
    Mr Maurice Di Nocera n’ était pas présent, et mr Maurice Rey, comme mr Di Nocera sont UDI et pas LR.

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    • Regard Neutre Regard Neutre

      Dans le département des Bouches-du-Rhône, la concurrence pour les élections législatives de 2017 — qui se dérouleront seulement les 11 et 18 juin 2017—commence insidieusement par une franche élimination médiatique….A Marseille et à Gardanne , les rivalités intestines sont larvées,mais le sourire ,souvent de circonstance, reste de rigueur…

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    • Julien Vinzent_ Julien Vinzent_

      Bonjour,
      en effet, nous avons mis l’article à jour en conséquence.

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  7. Tarama Tarama

    Comme relevé par Antoinette, la piscine Vallier fermée plusieurs mois moins de 6 mois après la livraison de sa rénovation.
    Dans le même genre ce document indique des interventions sur le Skatepark du Prado : la “rénovation complète” en 2010 n’était donc en fait qu’un coup de peinture amélioré https://marsactu.fr/bowl-du-prado-renovation-ou-coup-de-peinture/

    Et concernant le Jardin des vestiges… entre les trois ans de fermeture liés aux travaux du Musée d’histoire, rouvert à 3 mois de la fin de l’année de la culture, et sa porte monumentale à 600 000€ qui aura été ouverte quelques mois en 2009, on est dans la même “logique”… https://marsactu.fr/la-porte-a-600-000-euros-qui-reste-fermee/

    (à noter qu’en avril 2014, l’adjoint chargé de la culture indiquait : “Il faudra attendre l’étude des différentes offres pour communiquer sur les futurs travaux. Ceux-ci devraient se terminer en 2015”. En temps-L2 on est bons.

    Et en 2009 la ville communiquer sur une rénovation du Port antique http://www.marseille.fr/epresse/documents/thesaurus/documents/15683/Port_Antique.pdf)

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