Martine Vassal entre en campagne

Reportage
le 19 Avr 2018
11

La présidente du département, Martine Vassal réalise cette semaine trois réunions publiques, étape marseillaise d'une tournée départementale en dix dates qui tire un bilan à mi-mandat de son action. L'exercice a clairement les accents d'une entrée en campagne.

Martine Vassal, lors de la réunion publique du parc Chanot.

Martine Vassal, lors de la réunion publique du parc Chanot.

« Nous avons dû refuser du monde », glisse-t-on avec gourmandise dans l’équipe de com’ de la présidente du Département. En entrant sur scène, Martine Vassal prendra le temps de souligner cette salle pleine « sans bouder son plaisir » pour ce meeting de campagne. Ce public venu nombreux ne s’y trompe pas, applaudissant à tout rompre les conseillers départementaux convoqués sur scène, appuyant les propos des discours dans une ambiance très militante.

Ce terme de meeting électoral, l’intéressée le repousse mollement face aux caméras, une fois la foule invitée à « un verre de l’amitié ». Elle fait même un lapsus quand France 3 Provence lui pose la question : « C’est un meeting », commence-t-elle avant se reprendre en parlant d’une « réunion publique » dans le cadre de son bilan à mi-mandat. « Mais peut-être que vous n’avez pas l’habitude que les politiques rendent des comptes », ajoute-t-elle, piquante.

Réunion de présentation

Dans l’ancien système, la moitié des conseillers généraux étaient réélus tous les trois ans. Désormais l’élection se fait en bloc sur la base de tandem paritaire, élu par canton, tous les six ans. Faute de campagne intermédiaire, Martine Vassal a décidé de faire un bilan public en dix « réunions de présentation » d’un bout à l’autre du département dont quatre à Marseille. Voilà pour la version officielle.

Mais en coulisses, on parle bien de la première étape d’une conquête du pouvoir dans la perspective des échéances municipales et métropolitaines, en prenant garde de choisir entre la symbolique mairie ou une métropole augmentée de tous les pouvoirs de sa collectivité. La débauche de moyens de communication en est un indice flagrant. Martine Vassal a eu trois ans pour se faire un nom. Voici venu le temps de l’accélération. Pleines pages de publicité dans la presse, autocar repeint aux couleurs du bilan, location de salles aux quatre coins du département et 900 000 exemplaires d’Accents de Provence « numéro spécial » entièrement consacrés à ce bilan, de « 3 ans d’actions et de promesses tenues ».

Le bus de promotion de la tournée départementale.

La métropole sans le dire

Martine Vassal est en campagne. Elle est candidate à la présidence de la métropole et propose même d’en accueillir le siège au sein du bateau bleu de Saint-Just dans une opération de fusion/absorption aux conditions encore incertaines. Mais de la métropole, il a été à peine question lors de cette première réunion publique au cœur de son canton. À peine une allusion à son président, Jean-Claude Gaudin, présent sur scène, pour souligner les promesses non tenues du gouvernement dans l’aide à la métropole. À plusieurs années des échéances, Martine Vassal maintient le flou : briguera-t-elle la tête de la métropole fusionnée avec le département, la Ville de Marseille, ou tout à la fois ?

Il aura en effet beaucoup été question de Marseille. Le maire était là en chauffeur de salle pour lui dire « mille fois merci » et lui apporter tout son soutien « à Marseille et dans le département ». Il y était question de « l’aide décisive du département » sous la forme d’une aide triennale de 100 millions d’euros « dont 54 millions ont déjà été votés », souligne-t-il.

80 % des 100 millions

Quelques minutes plus tard, elle se permettra même de reprendre son mentor : « Tes fiches ne sont pas à jour, ce n’est pas 54 % qui ont été versés au 31 mars mais 80 % de l’ensemble des 100 millions. Cela te permettra de demander une petite rallonge« , sourit-elle. Le maire se lève en un semblant de génuflexion et tend alors ses bras en corbeille. Maire d’une ville aux finances étranglées, il vit sous perfusion des autres collectivités, au premier rang desquelles la région de Renaud Muselier et le département de Martine Vassal, tous deux candidats non officiels à sa succession.

Si le premier ne modère pas ses critiques sur l’immobilisme marseillais, la seconde joue le rassemblement. Autour d’elle, sont présents quelques uns des élus marseillais, candidats putatifs à la succession. Le seul à subir le huées est Maurice Di Nocera, élu municipal et départemental démis de ses fonctions après s’être présenté contre Yves Moraine, lors des législatives.

« Une idée, un rêve, un espoir »

Son obsession de Marseille prend même des accents lyriques. « Marseille ça n’est pas qu’une ville, pas que des gens, pas qu’un paysage, c’est quelque chose de plus important, de plus puissant, c’est une idée, un rêve, un espoir », formule-t-elle avant de convoquer Gyptis et Protis puis une litanie d’origines de l’Italien à la Comorienne en passant par les Juifs, les Arméniens, les Pieds-Noirs ou les Maghrébins « tous Français, tous Provençaux et Marseillais ». Une anaphore marseillologique qui n’est pas sans rappeler le discours d’Emmanuel Macron en meeting, à quelques mètres de là, lors de l’élection présidentielle en avril 2017.

Martine Vassal prend d’ailleurs soin de souligner qu’elle dialogue directement avec le sommet de l’État pour défendre l’hôpital public « aux côtés de Renaud Muselier et Jean-Claude Gaudin » ou pour obtenir un détachement de la garde républicaine. « Et vous savez quoi ? Je l’ai obtenu », lâche-t-elle d’un ton badin. La blague tombe un peu à plat. Ce détachement destiné à renforcer la sécurité des Marseillais est composé de sept cavaliers et de leurs montures. Un renfort plus symbolique qu’autre chose. Mais elle démontre ainsi une capacité à se hisser à un niveau national où elle n’a aucune expérience politique directe.

Notables dans la salle

Elle coche également une case « promesse tenue » du programme municipal de Jean-Claude Gaudin. Tout comme elle le fait avec la deuxième école de la seconde chance, le boulevard urbain sud, le Jarret ou le cours Lieutaud. C’est l’endroit où les bilans se chevauchent et où l’ancienne adjointe peut assumer la partie réussie tout en prenant ses distances.

Dans la salle, outre de nombreux élus, anciens ou nouveaux, des représentants de la santé ou de la culture, on note la présence du président de l’université, Yvon Berland, de celui de la chambre de commerce, Jean-Luc Chauvin, de l’Union pour les entreprises, Johan Bencivenga, ou du directeur de cabinet du maire, Claude Bertrand, qui témoignent de la notabilisation avancée de « la candidate ».

C’est un autre des spectateurs du premier rang qui use de cette expression. Ancien conseiller général du canton, candidat socialiste face à Jean-Claude Gaudin aux élections municipales de 2001, René Olmeta est venu « en curieux ». « Je voulais voir et entendre ce qu’elle avait à dire en tant que candidate par rapport à ceux qui se sont déjà annoncés », avance-t-il en repoussant toute idée de soutien. Mais est-elle vraiment candidate ? « Il faudrait être naïf pour ne pas le penser… »

Le 18 avril, lors de la réunion publique des Chutes-Lavie. Photo J.V.

Le lendemain, dans la modeste salle polyvalente des Chutes-Lavie (4e), la charge symbolique succède à la démonstration du nombre. La présidente du département fait lever 150 personnes qui scandent « Bruno ! » « On va applaudir à tout rompre pour qu’il puisse nous entendre de chez lui ! », exhorte-t-elle. En convalescence après une greffe du cœur, l’ancien maire des 4e et 5e arrondissements Bruno Gilles habite tout près.

Cette réunion publique de bilan de mi-mandat consacrée aux secteurs du 1/7 et du 4/5, « c’est un peu pour ça que j’ai choisi de la faire ici », glisse Martine Vassal à Sabine Bernasconi, maire des 1er et 7e arrondissement. L’occasion, provoquée, de rappeler que Bruno Gilles a été un « soutien sans faille » dans la campagne qui l’a portée à la présidence du département. Si le poste la place aujourd’hui au cœur du jeu politique local, celui qui a été un temps annoncé comme successeur possible de Jean-Claude Gaudin valait bien un détour dans sa tournée.

Benoît Gilles avec Julien Vinzent

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire