Malgré les délogés, Sabine Bernasconi fait le vœu contrarié d’un retour à la normale

Reportage
Jean-Marie Leforestier
9 Jan 2019 8

La maire des 1er et 7e arrondissements Sabine Bernasconi a inauguré les traditionnelles cérémonies de nouvelle année dans une atmosphère tendue. Plusieurs dizaines de militants du collectif du 5 novembre ont interrompu son discours par des slogans réclamant notamment la réquisition des logements vides.

Sabine Bernasconi a décidé de maintenir sa cérémonie de vœux quand Yves Moraine, lui aussi maire de secteur avait tout bonnement supprimé les siens. Dans l’auditorium du Pharo, l’élue LR des 1er et 7e arrondissements a troqué l’habituel cocktail pour un “bar à eau” et choisi de frustrer les quelques pique-assiettes qui profitent de ce genre de cérémonie. Le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin est resté à la maison sans que personne ne veuille s’étendre sur sur son absence.

L’hôte du soir dira qu’il a “peut-être jugé qu’il cristalliserait les colères et que son absence apaiserait les choses”. Car oui, la maire des 1er et 7e arrondissements sait. Dans la semaine, Sabine Bernasconi a vu les appels sur les réseaux sociaux et quelques noms bien connus pour leurs combats militants, notamment les animateurs du collectif du 5 novembre, s’inscrire sur les listes d’invités.

Alors, peu de temps après le début de son discours, quelques voix s’élèvent. D’abord celle de Kévin Vacher – “vous nous parlez de végétalisation, de pistes cyclables alors qu’il y a 2000 délogés”, hurle-t-il. Puis les slogans retentissent pour essentiellement réclamer “la réquisition des logements vides” : ils visent certes Sabine Bernasconi, maire du quartier mais aussi Martine Vassal, présidente de la métropole présente sur l’estrade au premier rang des invités. En écho, des “Sabine, Sabine, Sabine” partent des rangs les plus proches de la scène.

“On ne veut pas que ça se passe normalement”

A la tribune, Sabine Bernasconi entend-elle les demandes de prise de parole ? Elle assure que comme la trentaine d’élus présente à ses côtés, elle n’a pas capté grand chose.

Sécurité et police municipale interviennent pour éconduire les manifestants.

Les manifestants sont bientôt écartés par la police municipale à la demande de la maire et sous les encouragements de ses soutiens. “Si vous vouliez que ça se passe normalement, eh bien nous on ne veut pas que ce soit le cas”, explique-t-on dans les rangs du collectif.

C’est pourtant clairement le but. La droite municipale cherche à reprendre la main et restaurer “la confiance qui est indispensable à la conduite de toute politique publique”. Cette génération d’élus quadras et quinquas le doit, si elle veut comme elle l’espère garder la Ville de Marseille dans quinze mois lors des municipales. Reprendre la main veut dire un retour à la normalité et une forme de contrition : Sabine Bernasconi évoque “une humilité dont nous avons plus que jamais besoin au moment où notre ville est endeuillée”.

La normalité passe donc par ses immuables séries de vœux même s’il peut y avoir quelque chose d’étonnant à voir Sabine Bernasconi détailler les nouvelles pistes cyclables, la “brigade de proximité” qui intervient en urgence pour nettoyer les rues, la toilette de l’église des Réformés ou encore “le skate park et le glisse park prévu sur le site du théâtre Silvain”.

“C’est la tradition”

“C’est la tradition. On fait le bilan de l’année passée et on donne des perspectives pour celle qui vient. Il y a des gens qui sont là pour cela alors il faut les respecter. Ce soir, ceux qui ont voulu s’exprimer ont pu le faire mais ça ne peut pas durer trop longtemps”, justifie-t-elle à sa descente de scène pour expliquer le maintien du programme.

Martine Vassal, présidente du département et de la métropole dont Sabine Bernasconi a fait sa candidate à la mairie, prend la suite au micro. Elle revient tout d’abord sur la “mésaventure”, le “drame”, la “tragédie” et évoque son plan métropolitain qui luttera notamment contre les 10 % de propriétaires et de syndics qualifiés de “voyous”. Résolument offensive, de plus en plus certainement candidate à la mairie, Martine Vassal assène que “ce n’est pas une douzaine d’activistes qui va changer les choses et la façon de faire avancer cette ville”. Elle ajoute un peu plus tard :  “Je n’accepterai pas que Marseille soit en proie à une succession rampante, je n’accepterai pas que Marseille soit l’otage des extrémistes”.

Entre-temps, l’élue a fait se lever la salle pour saluer la mobilisation des élus et des fonctionnaires depuis le drame de 5 novembre. Les policiers gradés partis prêter main forte à leurs collègues pour évacuer les manifestants viennent à peine de regagner leur place occupée dans l’intervalle par d’autres képis. Une de leur collègue sourit : “Vous avez été délogés.”

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