Sans transition

L’inéluctable fermeture de la centrale à charbon de Gardanne

Actualité
le 19 Oct 2018
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Face aux élus locaux reçus, ce vendredi, le ministre de la transition écologique, François de Rugy réaffirme l'objectif de fermer les centrales à charbon d'ici 2022. Un contrat de transition écologique doit être signé, actant un "projet global" pour encaisser l'impact économique et social de cette décision.

Ouvrir la voie du dialogue, après les déclarations de principe. Les élus du pays de Gardanne, maire, parlementaires et représentants des collectivités étaient vendredi les invités du ministre de la transition écologique pour venir plancher sur la fermeture de la centrale à charbon, située à Meyreuil. Les jours précédents, plusieurs communiqués avaient annoncé leur refus de principe de cette fermeture sans concertation.

L’occasion pour le ministre François de Rugy de réaffirmer l’objectif du gouvernement : la centrale sera bel et bien fermée d’ici 2022. Au-delà de cet impératif, « cette première réunion politique n’a rien fixé, mais a permis simplement d’expliquer les grandes lignes du contrat », explique un représentant du ministère. Le contrat, c’est le contrat de transition écologique proposé aux territoires qui connaissent des enjeux similaires (voir notre encadré). De quoi rappeler des souvenirs à Gardanne : celui de la signature en 1994 d’un « pacte charbonnier » pour accompagner la fermeture de la mine, qui employait 1200 salariés.

Pour l’heure, les élus de Meyreuil, Gardanne, du département et de la métropole sont repartis avec une simple feuille de route reprenant le timing des « 3 mois, 3 ans, 30 ans ». Aucune précision sur le calendrier pour le moment, si ce n’est la formulation d’une promesse, non datée, d’une visite prochaine de François de Rugy et d’Emmanuelle Wargon sur le site de la centrale.

« Trois mois de négociations, trois ans d’engagements, 30 ans de dynamique ». Tels sont la méthode et le calendrier annoncés sur la plaquette de présentation des contrats de transition écologique (CTE). Ce dispositif « inédit », volonté d’Emmanuel Macron, associe collectivités, entreprises, associations et citoyens pour accompagner les « territoires volontaires » vers un modèle économique « durable ».  Au terme de la phase de négociations, l’État, dans une logique de guichet unique, supervise les ingénieries « technique, financière et administrative ».

Présentés en 2017 par Nicolas Hulot et Sebastien Lecornu, les CTE sont passés entre les mains du nouveau ministre de la Transition écologique, François de Rugy, et de la secrétaire, d’État Emmanuelle Wargon. L’objectif étant que fin 2018, vingt contrats aient été signés dans toute la France. Si la procédure est déjà enclenchée depuis cet été dans quelques territoires pilotes, comme la Corrèze ou la communauté urbaine d’Arras, à Gardanne, le dossier de la centrale de charbon a été présenté hier sur la table du ministère.

Filière bois et biomasse

Afin d’avancer sur le dossier, des élus ont formulé, hier, la demande d’un coordinateur. « La nomination d’un délégué interministériel qui traite à la fois le volet écologique et industriel permettrait de formuler plus de garanties », estime la sénatrice UDI Sophie Joissains. Et le ministère assure que dans le cadre de sa « réflexion globale », tous les projets seront étudiés. L’évaluation des contrats de transition prendra en compte différents paramètres, expose la plaquette, tels que les tonnes de CO2 évitées ou les emplois créés. L’idée étant de suivre une « obligation de résultats ».

Pas de quoi « faire peur » à Brigitte Apothéloz, conseillère municipale à Gardanne et porte-parole régionale d’EELV. « Une reconversion n’est pas une fatalité. Et si les objectifs sont chiffrés correctement, cela ne peut être que bénéfique », assure l’élue, dont le groupe a remis un projet détaillé aux ministères de finances et de l’écologie en février déjà, puis une deuxième fois vendredi. « Axé sur la transition énergétique », il se caractérise par un « mix énergétique » comprenant à la fois le développement de la centrale à biomasse de Gardanne, en activité depuis fin 2017, et le recours aux énergies renouvelables. La création d’une filière bois « intégrant l’éco construction » viendrait s’ajouter à l’activité énergétique. De quoi consommer moins de bois, zéro charbon, et « créer 1500 emplois dont 225 sur Gardanne », chiffre l’élue.

La centrale mise en vente

Du côté des quelques 200 salariés de l’usine, la CGT, syndicat majoritaire, expliquait hier dans La Marseillaise avoir mandaté le groupe d’ingénierie Berim pour une étude technique et économique. Le secrétaire général Nicolas Casoni ajoutait être en faveur du développement de l’unité biomasse.

Or, cette unité pourrait aussi bien être remise en cause en même temps que l’activité charbon. Plus gros projet de biomasse en France, avec 256 millions d’euros investis, la centrale est encore en phase expérimentale. En 2017, sa fermeture avait été demandé par le tribunal administratif de Marseille, jugeant que l’étude d’impact minimisait les conséquences sur les massifs forestiers de la région.

Si l’exploitant Uniper a fait appel de la décision, la compagnie d’énergie allemande a aussi décidé de se séparer du site, et a confié la vente de la centrale à la banque Rothschild. Si l’unité biomasse tourne encore, c’est grâce à un arrêté préfectoral estimant qu’elle « fait partie des unités de production d’électricité dont le concours est indispensable, en particulier en cas de vague de froid et de risque majeur de coupure d’alimentation électrique. »

Reconversion contre projet global

Un point de vue que ne partage pas le député (Union des démocrates et des écologistes) de la 10e circonscription des Bouches-du-Rhône, François-Michel Lambert, qui estime que « s’il était indispensable il y a encore dix ans, aujourd’hui, le site énergétique de Gardanne ne l’est plus. » L’élu défend une position bien différenciée de ses homologues : « Il faut arrêter d’être obsédé par ce que l’on va faire à la place de la centrale ! Mais d’abord réfléchir à comment attirer des investisseurs et des entreprises. »

Une vision assez proche de la sémantique utilisée par le ministère. Puisque « rien n’a été fixé à ce jour », répète un représentant, conserver l’usage industriel du site n’a rien d’une certitude. « La vision défendue par le gouvernement est globale. Ainsi, le CTE ne consiste pas en une reconversion du site, mais en un projet plus vaste capable de créer de la richesse », explique-t-il.

Le ministère a reçu Uniper, les salariés attendent

Selon Sophie Joissains, « la reconversion est la clé de l’avenir du site. C’est un territoire historique industriel. Nous avons des structures, des équipements et de l’espace. Ne pas impliquer ces atouts serait un gâchis ! » estime-t-elle. Enfin, la préservation de l’activité industrielle accompagnerait au mieux, selon l’élue, « le volet social » du CTE. La CGT estime au total à un millier le nombre de salariés touchés par la fermeture de la centrale à charbon. S’il n’a pas encore été abordé par le gouvernement, « accompagner les mutations professionnelles » fait bel et bien partie des objectifs présentés sur la maquette.

Les salariés, à défaut d’une rencontre avec le ministre, qu’ils demandent, ont investi le siège de la métropole mardi, et le balcon de la chambre de commerce et d’industrie. Face à François de Rugy, « nous avons demandé que l’entreprise et les syndicats soient consultés », assure Roger Meï, le maire de Gardanne. Je reste persuadé qu’une étude sur le charbon propre et la filière bois doit être réalisée. » Il affirme qu’une majorité d’élus présents sont favorables au maintien du charbon. Concernant l’entreprise, la direction d’Uniper a rencontré le ministre jeudi. Aucune date de concertation ultérieure n’a encore été décidée.

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