L’évacuation des squats de Bougainville laisse des demandeurs d’asile à la rue

Actualité
le 4 Sep 2019
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Mardi matin, deux squats abritant majoritairement des demandeurs d'asile d'origine nigériane ont été évacués par la police. Seules les personnes vulnérables ont été prises en charge. Les autres demandeurs d'asile ont été mis à la rue sans solution d'hébergement, contrairement à ce que prévoit le droit.

Des demandeurs d'asile nigérians restent devant leur ancien squat, avenue Moncada.

Des demandeurs d'asile nigérians restent devant leur ancien squat, avenue Moncada.

Space est furieux. Ce jeune nigérian campe depuis des heures devant le bâtiment qui lui servait de logement depuis plusieurs mois (lire notre article sur le squat de Bougainville). Une ancienne usine du quartier Bougainville, évacuée ce matin par les forces de police. « Toutes mes affaires sont à l’intérieur, peste-t-il. J’avais travaillé pour me payer ça, j’avais la meilleure chambre du site et je ne peux rien récupérer« . Désormais, des vigiles vont se relayer 24h sur 24 pour assurer la surveillance de ce bâtiment qui fait face à la station de métro.

Ironie du sort, le lieu doit accueillir la nouvelle unité d’hébergement d’urgence (UHU), destinée à accueillir les personnes sans logis. Il y a quelques semaines, l’adjoint en charge de l’exclusion, Xavier Méry, avait écrit au préfet pour souligner le fait que l’entreprise en charge de la construction de l’UHU ne pouvait pas démarrer le chantier du fait de l’occupation.

« Je veux une vraie maison »

Présent à ses côtés, Vote Roland ne décolère pas. « Je veux une vraie maison, explique-t-il en anglais. J’ai droit à un toit. La France ne fait rien pour nous ». Lui aussi demandeur d’asile d’origine nigériane, il est censé bénéficier d’un hébergement comme les règles européennes le prévoient. Poussé dehors sans ménagement, il n’a eu droit qu’à un peu d’eau et un sandwich de la part du Samu social. « J’ai quitté mon pays parce que j’y étais en danger et je n’y retournerai jamais, dit-il. Je suis venu en France pour être protégé et, aujourd’hui, j’ai été réveillé par les cris de la police qui tambourinait à la porte. J’ai à peine eu le temps de prendre des vêtement et mes papiers. Nous sommes des citoyens comme les autres. Nous demandons le respect de nos droits ».

Ils sont d’autant plus furieux qu’ils estiment ne pas être protégés par la police : ils racontent pourtant être menacé par des groupes armés relevant de ce qu’ils présentent comme une mafia nigériane. « Quand on nous attaque avec des armes à feu, ils ne se déplacent pas, reprend Vote. Quand ils viennent, c’est après, quand ils n’ont plus personne à arrêter alors qu’ils savent de qui il s’agit. Ils ont même les photos ». Début août, la préfecture de police n’avait pas souhaité commenter le rôle joué par ces groupes mafieux. Elle ne le fera pas plus aujourd’hui.

« J’ai écrit au préfet pour demander que soit exécuté le jugement rendu en janvier dernier. Cela bloquait l’entreprise qui risquait d’avoir des pénalités, explique Xavier Méry, adjoint à la lutte contre l’exclusion. Visiblement, ils attendaient d’avoir des effectifs suffisants car la préfecture craignait des violences. Tout s’est bien passé et les personnes vulnérables ont été amenées dans des hôtels par le Samu social, sans incident« .

10 personnes sur 46 prises en charge

La plupart des demandeurs d’asile évacués en début de matinée attendent, prostrés, à côté de leurs valises et de maigres affaires dont de nombreux ventilateurs. C’est aussi le cas, un peu plus loin, à l’entrée du boulevard Moncada, où un autre squat accueillait des demandeurs d’asile nigérians (lire notre reportage à Moncada). « Nous étions 46, croit savoir l’un d’eux. Seules les femmes et les enfants ont été amenés à l’hôtel. Pour tous les autres, rien n’a été proposé ». Deux très jeunes enfants de quelques semaines, dont un qui était abrité dans une cave ne comprenant qu’un soupirail comme seul fenêtre, ont ainsi été mis à l’abri.

Du squat de Moncada, ils sont dix à bénéficier de ces solutions d’hébergement en hôtels ou à l’unité d’urgence Forbin. « Trois femmes, trois hommes et quatre enfants pour le site Moncada. Et à Magallon, 28 personnes dont sept enfants » ont été mis à l’abri, énumère Sylvain Rastoin, le directeur de Sara Logisol qui a réalisé un diagnostic social, début août à la demande de la préfecture.

« Mes équipes se sont rendues au moins deux fois sur place pour les informer sur leurs droits, explique-t-il. Elles étaient encore présentes ce matin. Mais, contrairement à ce qui s’était passé à Kallisté, à la caserne Masséna ou à Corot où il y avait péril, nous n’avons pas souhaité organiser l’accueil en gymnase. Nous ne sommes pas des auxiliaires de justice. Ce n’est pas notre mission que d’assister des propriétaires qui souhaitent récupérer leurs biens ».

Du coup, seul le nombre de personnes mises à l’abri a été rendu public par la préfecture,  38 en tout dont onze enfants. Sur place, selon l’information qui circulait, cette mise à l’abri sera de 16 jours, une durée confirmée par la préfecture. « C’est épouvantable mais jusque-là, au vu des budgets, le maximum était plutôt de dix jours », souligne Sylvain Rastoin.

« Il faut vous organiser et faire une manifestation »

Durant la matinée, d’autres résidents -y compris des femmes seules- arrivent sur place et découvrent que le lieu est désormais fermé. Visiblement, d’autres personnes en situation de vulnérabilité n’ont pas été prises en compte. C’est le cas de Souleymane Mohamed, lui aussi demandeur d’asile d’origine nigériane qui montre un document de l’AP-HM, le présentant comme atteint de tuberculose. « J’ai un traitement que je dois prendre tous les jours et mes cachets sont toujours dans ma chambre », dit-il en pointant du doigt une fenêtre. Après négociations, le vigile s’engage à le laisser entrer, « une fois le calme revenu ».

Une bénévole du collectif Saint-Just passe de l’un à l’autre et s’efforce de répondre aux questions. Elle s’étonne du grand nombre de réfugiés dont les demandes sont toujours en cours d’examen. Ils ne font pourtant pas partie des demandeurs d’asile « dublinés » déjà enregistrés dans un pays d’arrivée – le plus souvent l’Italie – où ils sont censés faire leur demande. « Vous êtes une majorité en demande d’asile classique [par opposition à ceux enregistrés dans un autre pays, ndlr], explique-t-elle en anglais. Cela veut dire que vous avez plus de droits. Il faut vous organiser et faire une manifestation devant la plateforme asile. Vous avez des droits à faire valoir« .

Le discours porte et Vote Roland exhorte ses camarades à s’organiser. « Nous, Nigérians, on est bêtes. On reste entre nous et on ne s’organise pas. Cette fois-ci, il faut se battre. On a des droits ». Autour de lui, certains opinent, sans plus. D’autres partent, à la recherche de nouveaux lieux disponibles, organisant une nouvelle fois leur mise à l’abri à l’ombre de la République.

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