L’état de santé du distributeur de publicités imprimées Adrexo inquiète les syndicats

Actualité
le 9 Sep 2019
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Repris en 2017 par Hopps Group la société de distribution d'imprimés publicitaires basée à Aix subit une baisse de son activité. Un trou dans la trésorerie qui l'obligé à payer ses salariés en deux fois. Et qui interroge sur la pérennité du groupe.

Le siège d'Hopps Group à Aix-en-Provence. Crédits : Rémi Baldy

Le siège d'Hopps Group à Aix-en-Provence. Crédits : Rémi Baldy

Pour trouver les locaux d’Hopps Group, il faut se perdre au gré des ronds-points de la zone d’activité de Pichaury à Aix pour finalement y repérer tout au bout, au milieu de la verdure, le clinquant siège social de cette holding née en 2017. Holding car la société chapeaute 17 entreprises et embauche quelque 22 000 salariés à travers toute la France, en très grande majorité à temps partiel. Ici, l’ambiance se veut détendue et élégante. En témoignent la pelouse soigneusement tondue et le calme qui entoure les lieux. À l’opposé du cœur de métier d’Adrexo, principale société du groupe avec 17 000 salariés, qui distribue de la pub imprimée dans les boîte aux lettres et use de travailleurs souvent en grande précarité.

Derrière les nombreuses vitres du bâtiment, la situation s’est durcie durant l’été. En cause, le versement en deux fois des salaires de juin pour les employés d’Adrexo, signe pour les syndicats d’une situation économique tendue. La paie étant habituellement effectuée le 1er de chaque mois, elle a cette fois été coupée en deux parties -inégales- pour être versée le 1er puis le 3 juillet. « Nous savions que la situation financière était loin d’être au top, mais pas à ce point-là », s’inquiète Fabienne Terenzani déléguée syndicale SUD.

Depuis les salaires ont bien été réglés la même journée, mais en deux virements différents. « Les salaires sont payés grâce à des crédits obtenus au dernier moment », enchaîne la syndicaliste. De quoi jeter le trouble sur la pérennité de la société et du groupe tout entier. Dans les Pyrénées-Orientales, le député Jean Lassalle, alerté par les salariés, s’est fendu d’un courrier au Premier ministre pour lui signaler la situation. À notre connaissance, c’est le seul député à s’être mobilisé sur la question.

Le siège hypothéqué

La situation ne semble en tout cas pas inquiéter Frédéric Pons, l’un des fondateurs d’Hopps Group, qui se montre rassurant. « L’été est une période creuse pour notre secteur, l’effet a été plus fort cette année parce que le marché de l’imprimé publicitaire a chuté de 10 % alors qu’il est stable depuis plusieurs années », explique-t-il. Si les salaires ont été versés en deux fois en août et septembre, c’est à cause d’une programmation informatique, promet-il : « Nous avions été obligés de prévoir des versements en deux lots au cas où nous devions encore les décaler, mais ce n’est plus le cas, nous allons corriger ça pour que les salariés reçoivent leur paie en une fois dès octobre ». En parallèle, un « temps max » a été instauré pour réduire les coûts de distribution. Concrètement, si un livreur dépasse le temps prévisionnel de sa tournée, les heures supplémentaires non-prévues ne sont pas payées.

Pour le dirigeant, toute cette agitation syndicale trouve son origine dans l’approche d’élections professionnelles en fin d’année. Élection ou pas, la trésorerie était d’un peu plus de 4 millions d’euros en juillet, quand la seule masse salariale représente 10 millions d’euros. Le siège social a été hypothéqué durant l’été pour une valeur de 8,5 millions d’euros. Un droit d’alerte économique a été déclenché, ce qui signifie que des commissaires aux comptes, en l’occurrence les cabinets Ernest & Young ainsi que KPMG Audit, sont chargés d’éplucher la trésorerie et la stratégie de l’entreprise.

Comment s’est construit Hopps Group

C’est en 2017 qu’Eric Paumer et Frédéric Pons, deux anciens d’Adrexo, reprennent avec Guillaume Salabert cette société criblée de dettes et mise en vente par Spir communication. En plus de l’entreprise, ils récupèrent une soulte, c’est-à-dire de l’argent en compensation. « Cette somme était prévue pour combler la perte d’exploitation », explique Frédéric Pons. Selon nos informations, ce montant s’élèverait à un peu moins de 60 millions d’euros. Lors de cette reprise, l’idée est d’investir massivement. Cela se traduit par l’acquisition de 17 sociétés en deux ans, avec la volonté « d’être présent sur l’ensemble des opérations logistiques du premier au dernier kilomètre », explique alors la direction.

Parmi les acquisitions on trouve ainsi Dispeo et ADS, spécialistes du e-commerce, et les OVNI Pataugas et Watts, une marque de vêtements basée à La Ciotat, acquis pour le plaisir de la direction. Sur certaines opérations, une soulte a également été perçue. L’objectif est alors d’être à l’équilibre d’ici 2020 au plus tôt. « La seule différence avec ce que nous avions prévu est un fait conjoncturel avec la baisse du marché de l’imprimé publicitaire », assure aujourd’hui Frédéric Pons.

« Nous avons cherché des financements et nous en avons trouvé puisque GDP Vendôme est notre nouvel actionnaire à hauteur de 5 %. Nous avons contracté un prêt bancaire auprès de la Cepac [groupe Caisse d’épargne, ndlr] de 9,5 millions d’euros », rassure Frédéric Pons. La levée de fonds globale est de 30 millions d’euros. Des arguments qui devront convaincre les commissaires au compte. La direction leur a présenté trois mesures de « financements à court terme » en avril, avec l’étalement des dettes fiscales et sociales (TVA et Urssaf), le prêt de la Cepac « avant versement des salaires début août » et l’hypothèque d’actifs d’autres sociétés du groupe. Aucune de ces mesures n’étant actées en juillet, les commissaires au compte estiment que cela est « de nature à compromettre la continuité d’exploitation de la société Adrexo ».

« Un train de vie trop élevé »

Dans un courrier envoyé fin août, les deux cabinets notent que rien n’est encore contractualisé et imposent la convocation d’une assemblée générale d’ici la fin du mois pour prendre les mesures nécessaires afin d’assurer l’activité. Si les réponses ne sont pas suffisantes pour conforter l’avenir de l’entreprise, le tribunal de commerce sera alors alerté. « Nous sommes en phase d’explications, c’est en cours, le temps que nous confirmions certains contrats », reconnaît Frédéric Pons.

« C’est l’obscurité la plus totale », s’alarme Fabienne Terenzani qui craint la cessation de paiement. Elle assure que plusieurs loyers de locaux occupés par Adrexo n’ont pas été payés. « Habituellement nous payons en avance, nous avons juste demandé à payer en fin de période, or les versements se font chaque trimestre », tempère Frédéric Pons. Le dirigeant assure qu’il n’y aura pas de cessation de paiement. « Rien ne nous emmène vers cette situation, cela crée seulement un climat anxiogène. Nous sommes dans une démarche normale d’une entreprise en pleine période de financement », martèle le dirigeant.

Du côté du syndicat CAT-Adrexo, on reproche « un train de vie trop élevé » qui a fait fondre la trésorerie et des actions surtout menées dans les Bouches-du-Rhône. En ligne de mire les différents partenariats comme celui avec le Summer Festival à Marseille ou le prochain Open de Provence de golf. « Nous sommes une entreprise majeure du territoire, se défend Frédéric Pons. Ce sont des évènements qui nous rapportent de l’argent et des clients ». Et il en faut rapidement.

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