Les urbanités du monsieur métropole de la République en marche Jean-Pierre Serrus

Enquête
Jean-Marie Leforestier
6 Mar 2019 12

Jean-Pierre Serrus est maire de la Roque d’Anthéron depuis 2014. Membre d’une famille très influente du village, il a rendu constructible un terrain appartenant à des proches. il s’est aussi lancé dans un deal avantageux avec le premier adjoint LR de Marseille Dominique Tian.

Jean-Pierre Serrus est le monsieur métropole Aix-Marseille de La République en marche. Avant son éviction à l’arrivée de Martine Vassal, la nouvelle présidente LR, il était même vice-président aux transports. Il devient ainsi une des incarnations de la politique new look. Pourtant, un petit tour à La Roque-d’Anthéron, le “village” (5400 habitants tout de même, nommés les Rocassiers) dont il est maire, montre que l’homme appartient aussi au vieux monde, celui des fiefs familiaux. Jean-Pierre Serrus fait partie au sens large de la famille Onoratini, propriétaire du château de Florans qui domine le village.

Dans la famille, Paul Onoratini, décédé en 2010 a dirigé la mairie pendant trente ans et a fondé le renommé festival international de piano de La Roque d’Anthéron. Jean-Pierre Serrus est le neveu de son fils. Fils d’un ex adjoint au maire et médecin du village, il a ainsi repris le flambeau familial en devenant premier magistrat. À ce poste, outre le fait d’avoir donné le nom de son glorieux parent à une avenue du bourg, Jean-Pierre Serrus n’a pas hésité à rendre constructibles des terres appartenant à des membres de sa famille, dont son oncle, en contrebas du château. Le terrain, autrefois agricole, offre une vue particulièrement sympathique sur le village et accueillera à terme 45 nouveaux logements.

Un permis de construire sur une zone “à préserver”

C’est d’ailleurs ce qui a particulièrement retenu l’attention du préfet et de sa direction environnementale chargée de donner un avis sur le projet, consultée en 2016.: “La zone “Est du Parc du Château-bas” mérite d’être préservée dans un souci de protection des cônes de vue paysager, des terrains agricoles, et pour fixer les limites de l’étalement urbain”, indique le courrier signé par le préfet de région d’alors, Stéphane Bouillon. La même autorité environnementale pointe aussi les risques d’inondabilité du secteur.

Le terrain dit “est du parc du château”

Mais cela n’a pas empêché le projet de modification du plan local d’urbanisme (PLU) de prospérer. Le 13 décembre 2017 en conseil municipal, Jean-Pierre Serrus a même enclenché une ultime modification de celui-ci. Trois semaines plus tard, il allait devoir laisser la main sur ce plan au profit de… la métropole, qui a pour habitude de poursuivre les projets déjà engagés par les communes. “Il faut construire à la Roque d’Anthéron 450 logements, c’est l’objectif que nous sommes fixés et les deux tiers l’ont été dans le bourg, indique-t-il. Et là, on est dans l’immédiate continuité d’un centre-bourg que nous avons su préserver“, se défend Jean-Pierre Serrus.

Le procureur informé

L’élu ne voit “aucun conflit d’intérêts” puisqu’il n’a lui-même “aucun intérêt personnel” à l’affaire. Ce n’est pas l’avis de Michèle Jung, conseillère d’opposition France insoumise : “Je m’étonne que le maire a pu organiser l’élaboration, les débats et les votes qui s’attachent à ce PLU, alors qu’un lien de parenté paraît bien exister entre lui-même et l’un des vendeurs des terrains en question”. Selon nos informations, saisie par un Rocassier, Maryse Joissains la présidente du conseil de territoire a transmis le dossier au procureur de la République d’Aix-en-Provence Achille Kirakkides. Contacté, ce dernier n’a pas souhaité commenter.

Récemment, c’est une autre opération qui intrigue. Le bénéficiaire est un homme politique bien connu, Dominique Tian, toujours 1er adjoint au maire (LR) de Marseille malgré une condamnation pénale pour fraude fiscale. L’ex député, proche de Jean-Pierre Serrus avec qui il a longtemps soutenu Bruno Le Maire, est de longue date implanté à la Roque d’Anthéron où il est propriétaire de la clinique Le Méditerranée, un établissement d’une centaine de lits destiné aux soins de suite.

La colline du Pijoret

La mairie est en train de faciliter la réalisation d’un projet porté par Bouygues Immobilier et impliquant Dominique Tian. Tous trois sont sur le point de signer un accord qui peut intriguer. Il s’agit d’un échange de terrains sur la colline du Pijoret jouxtant la clinique. Celle-ci a la particularité de démarrer en pente douce puis de se redresser très nettement. Alors que l’élu marseillais et la commune se partageaient un pan de colline découpé en hauteur, ils ont eu l’idée de laisser le bas au privé pour donner le sommet à la mairie qui veut en faire un espace vert protégé.

La bonne affaire de Dominique Tian

Dominique Tian se retrouve ainsi en mesure de vendre au promoteur Bouygues immobilier un terrain entièrement et plus facilement constructible. “C’est un vieux projet qui avait été stoppé par le maire précédent, explique Dominique Tian. C’est une idée de Bouygues avec lesquels mes frères et moi avons conclu un compromis autour de 900 000 euros”.

L’échange avantageux n’a dans un premier temps pas effrayé France domaine, le service de l’État chargé d’évaluer la valeur des biens publics vendus, qui a estimé que cela pouvait se faire gratuitement. Jean-Pierre Serrus dit avoir depuis rectifié le tir : “Je ne suis pas un administratif aveugle. Pour moi, il est hors de question de dire que les deux terrains échangés ont la même valeur. Nous avons entamé une négociation avec Bouygues pour arriver à un accord”. Lors du conseil municipal du 20 décembre, le maire a avancé la somme de 180 000 euros obtenus de Bouygues mais il refuse d’en dire plus désormais. Un projet est déjà sur la table pour réaliser “autour de 45 appartements”, raconte Dominique Tian. Sur ce coup-là, le premier adjoint marseillais peut dire merci à son collègue du conseil de métropole Jean-Pierre Serrus avec qui il a un temps animé les groupes de soutien à Bruno Le Maire. “Moi, je ne me préoccupe pas de qui est propriétaire, je m’occupe que de l’intérêt général de ma commune”, jure l’édile.

Cet article fait l’objet d’une co-publication dans le numéro de mars du mensuel le Ravi, dans le cadre d’un partenariat entre nos deux médias.


Jean-Pierre Serrus nous a fait parvenir un droit de réponse que nous publions ici.

Dans le journal le Ravi de Mars 2019 numéro 171, article également mis en ligne sur le site et la page Facebook de Marsactu, intitulé « Les urbanités du monsieur métropole de la république en marche Jean Pierre SERRUS », je suis directement et personnellement mis en cause.

Ledit article fait apparaître des inexactitudes, affirmations et approximations dommageables, voire diffamatoires sur ma probité dans l’exercice de mon mandat de Maire de La Roque d’Anthéron.

Or, je conteste vivement ces allégations et me permets de mettre en œuvre mon droit de réponse suite à la parution de cet article dans le journal le Ravi de Mars 2019 numéro  171, article également mis en ligne sur le site et la page Facebook de Marsactu.

En effet, celui-ci ne peut susciter que mon étonnement et il m’apparaît important d’apporter les éléments de réponse suivants pour éclairer tant vos lecteurs, que les administrés de ma commune.

Avant toute chose, je vous indique être Maire de La Roque d’Anthéron depuis 2014 et non 2008 comme vous l’annoncez dans votre article : je ne suis ainsi qu’à mon premier mandat.

Surtout vous faites état de liens de parentés, relativement éloignés vous en conviendrez (on me reproche d’être le neveu de l’épouse du fils de Paul Onoratini) ce qui aurait influencé le classement de terrains situés en contrebas du Château au Plan Local d’Urbanisme de la commune.

Tout d’abord je tenais à vous informer que le projet de PLU de la précédente municipalité de Janvier 2011 prévoyait déjà une constructibilité de cette zone à l’EST du Château de Florans. Il est utile de préciser que cette zone est à proximité immédiate du centre du village.

Ensuite, vous faites état de l’avis de Mme Michèle Jung qui s’étonnerait de ma participation à l’élaboration du PLU au regard de mon lien de parenté (éloigné) avec la famille propriétaire desdits terrains. A mon tour de m’étonner sur le fait que ladite élue n’a pas voté contre le projet de PLU, puisqu’elle s’est abstenue lors du Conseil Municipal  du 20 Octobre 2016. En outre, si elle pensait que j’étais intéressé, il lui était loisible de contester cela devant le Tribunal Administratif de Marseille en invoquant ma qualité d’élu intéressé en violation des dispositions de l’article L. 2131-11 du Code général des collectivités territoriales. Or ni elle, ni le groupe d’opposition de Conseil Municipal  auquel elle appartient, n’a jugé utile de mettre en œuvre ces dispositions… Vous comprendrez que tenir des insinuations sans actionner les voies de droit existantes peut quelque peu  interroger.

A ce titre, et pour la parfaite information de vos lecteurs, je vous indique que par un jugement en date du 4 mars dernier, le Tribunal administratif de Marseille a rejeté le seul recours déposé par deux propriétaires de l’extrémité sud-ouest du village et dirigé contre la délibération du 20 octobre 2016 approuvant le PLU de la commune.

Enfin, concernant la saisine du Procureur de la République par Madame le Président du Conseil de Territoire ; je n’en ai pas connaissance et je me demande à quel titre aurait-elle pu intervenir.

S’agissant des terrains situés sur la colline du Pijoret appartenant à la famille de Maurice Tian, et non pas exclusivement à Monsieur Dominique Tian comme le laisse sous-entendre votre article, je ne facilite en rien la réalisation d’un projet sur ces terrains. Ces derniers sont constructibles depuis longtemps et peuvent tout à fait recevoir une opération en toute conformité avec le PLU. Un projet devant se réaliser exclusivement sur leur parcelle a été présenté. Nous avons jugé qu’une fois l’opération réalisée sur ce seul terrain, il serait difficile de valoriser correctement le terrain de la commune qui est adjacent.

Aussi, dans le cadre de cette opération la Ville de la Roque d’Anthéron a proposé de procéder à un échange de terrains, non pas avec les propriétaires  mais avec Bouygues Immobilier.

Cet échange de terrains n’est en rien intriguant puisqu’il a été abordé au grand jour, en toute transparence, à l’occasion de Conseil Municipal du 20 décembre dernier et a même fait l’objet d’une présentation en commission d’urbanisme.

Je vous rappelle que, comme vous l’indiquez dans votre article, France Domaine, qui est un service de l’Etat et non de la commune, n’a rien eu à redire sur cet échange de terrains. Les Rocassiers ne voient ainsi pas le patrimoine communal « bradé ».

Mieux, alors que France Domaine estimait que la valeur des deux terrains échangés était strictement équivalente, j’ai estimé que la valeur du terrain communal était supérieure à celle appartenant à Bouygues immobilier. J’ai alors demandé et obtenu le versement par Bouygues Immobilier d’une somme de 180.000 euros supplémentaires.

Cette somme, non négligeable pour une commune de 5.400 habitants serait directement intégrée dans le budget communal et permettrait de financer des équipements d’intérêts collectifs au bénéfice direct des rocassiers. J’ai ainsi du mal à comprendre les reproches formulés dans votre article. J’essaie, avec l’équipe municipale, de gérer au mieux le patrimoine et les finances de la commune, ce qui me semble particulièrement opportun, surtout dans cette période ou la fiscalité et l’utilisation des deniers publics revêt une importance considérable.

J’espère que ces observations éclaireront au mieux vos lecteurs et les administrés de La Roque d’Antheron.

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