Les réseaux “baroques” du président Macron à Marseille

Enquête
le 15 Oct 2021
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Le président de la République revient à Marseille, ce vendredi et ce samedi. Une visite plus formelle et sans paillettes. Mais pour laquelle le chef de l’État s'appuie, comme à chacun de ses passages, sur des personnes ressources issues d'horizons divers.

(Photo : Violette Artaud)

(Photo : Violette Artaud)

Pas de grand-messe. De la discrétion. Six semaines après sa visite du tout début septembre, le président de la République revient à Marseille ce vendredi et ce samedi. Le chef de l’Etat est de retour pour assurer que les préconisations listées dans son plan “Marseille en grand” sont suivies de premiers effets. Notamment sur la question de la gouvernance de la métropole. “Il a dressé les lignes, maintenant il attend que les élus locaux bossent. Et s’ils pensent qu’il ne comprend pas la situation locale, ils se trompent”, cadre un fidèle du président.

De l’aveu même de ses opposants politiques, Emmanuel Macron connaît bien Marseille. Il est capable de louer “la ville monde” et dit vibrer pour l’OM. Va pour la carte postale. Mais le président de la République en a surpris plus d’un en faisant preuve d’une maîtrise, fine, des épineux dossiers locaux. “Je ne sais pas s’il appelle le préfet tous les soirs à 23 h, s’il avait des posters de l’OM dans sa chambre d’enfant ou s’il est abonné à Marsactu… mais c’est un fait, il a une relation très particulière à la ville”, résume un conseiller du maire Benoît Payan. Le 2 septembre, au Pharo, dans son discours fleuve, le chef de l’État fait étalage de sa connaissance locale. Non sans glisser, avec un rien d’humour, que “Marseille, c’est compliqué”.

Réunions à l’Élysée

Qui vient alors décrypter la complexité de la ville à l’oreille du chef de l’État ? “Il a énormément de réseau, des gens qu’on ne soupçonne pas”, répond Saïd Ahamada, député La République en Marche de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône. Le président procède par cercles. La préfectorale, d’abord. Christophe Mirmand, “préfet qui bosse et suit bien les choses”, souligne-t-on en mairie, est évidemment la première courroie des remontées d’informations. “Il a de vraies antennes locales et s’appuie sur son administration pour relayer tout ce qui est institutionnel ou non”, synthétise Anne-Laurence Petel, députée LREM de la 14e circonscription.

Depuis juillet, les parlementaires macronistes du département ont été particulièrement sollicités pour l’élaboration et le suivi du plan “Marseille en grand”. À raison de réunions régulières organisées à l’Elysée, comme il s’en est encore tenue une encore mardi matin. “Mais ils ne parlent pas directement à Macron. Ils ne sont pas associés à la réflexion et ne se trouvent pas directement dans le cœur du réacteur”, souffle un observateur. Qu’importe, les locataires de l’Assemblée nationale disent faire leur taf de courroies de transmission. “Non, on n’est pas la 5e roue du carrosse, dit Anne-Laurence Petel. On fait des remontées sur tout ce qui a trait aux innovations sur le territoire. On a donné au président des noms d’interlocuteurs qui nous semblaient pertinents dans des associations, l’économie sociale et solidaire, comme Laurent Choukroun le fondateur de l’Épopée ou Tarik Ghezali à la Fabrique du Nous.”

“En ce moment, c’est tendu autour de la Métropole, Macron n’est pas content. Il trouve que sur la gestion de la grève des déchets ils ont déconné.

Plusieurs ministres – Jacqueline Gourault en charge de la Cohésion des territoires, par exemple – et conseillers de son cabinet assurent le lien avec les politiques locaux. “En ce moment, c’est tendu autour de la métropole, Macron n’est pas content. Il trouve que sur la gestion de la grève des déchets, ils ont déconné. Il n’a pas très envie de discuter avec les uns et les autres”, glisse un fin connaisseur des dossiers locaux. Ce qui explique le programme léger de cette fin de semaine : la visite au tiers-lieu le Cloître ce vendredi soir et la clôture du congrès national des sapeurs-pompiers samedi. S’il arrive que le président de la République téléphone en direct à Benoît Payan, plusieurs conseillers jouent aussi le rôle d’intermédiaires. Notamment lorsque l’ambiance se tend. Jean-Marie Caillaud, son conseiller “territoires”, est celui qui assure la liaison avec les cabinets de Martine Vassal et du maire de Marseille. Le courant passe aussi par William Elman (ancien directeur de campagne d’Yvon Berland et lui-même candidat aux municipales, désormais en poste au cabinet de la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes), réputé proche du maire de Marseille. Et par Maxance Barré, autre conseiller politique du président et ancien patron du MJS dans la Vienne – mouvement où Benoît Payan a aussi fait ses armes.

S’il arrive que le président téléphone directement à Benoît Payan, la communication passe surtout par des conseillers. (Photo : BG)

Cloisonnement façon Mitterrand

Outre ces attaches très politiques, l’assistant d’un député juge les réseaux de Macron à Marseille “ parfois un peu baroques.” Saïd Ahamada prolonge : “Ça peut être un chef-cuisinier, un ami de longue date, un collaborateur de ministère marseillais installé à Paris… Il fait un peu comme Mitterrand : il sollicite beaucoup de personnes différentes et il cloisonne. Le président écoute beaucoup de gens. Après il en fait son jus de cerveau et il en tire du Macron”. Alexandra Louis, députée de la 3e circonscription des Bouches-du-Rhône, passée de LREM à Agir y voit une démarche saine : “C’est très bien d’ailleurs de parler à des gens issus d’horizons différents et de faire participer la société pour comprendre une ville”. Argument qu’Anne-Laurence Petel formule autrement : “Au final, il s’agit de multiplier les canaux de façon à ce que le président n’ait pas une vision parisienne des choses.”

Lorsqu’il vient à Marseille début septembre, Emmanuel Macron peut donc se caler dans un fauteuil face à Rodolphe Saadé, PDG de l’armateur CMA-CGM qu’il connaît de l’époque où il était banquier. Comme deviser puis inviter à l’Élysée le jeune Amine Kessaci, originaire de Frais-Vallon, qui a perdu son grand frère dans un règlement de compte particulièrement sordide. Ce qui ne l’empêche évidemment pas d’avoir une longue conversation téléphonique avec Jean-Claude Gaudin. “On était plus sur du décryptage des problématiques locales que sur de la simple courtoisie républicaine”, précise-t-on dans les rangs de LREM au sujet de cet échange.

Il y a des conseillers qui conseillent et des proches qui font remonter l’ambiance de la rue.

Sabrina Roubache

Certaines figures qui étaient proches des cercles En Marche ! en 2016-2017 se sont éloignées du mouvement, mais sont restées fidèles au président. Comme Jean-Philippe Agresti, doyen de la faculté de droit tenté par une aventure municipale en 2020 qui cherchait à faire le lien entre les forces LREM et celles de Martine Vassal. Son épouse Sabrina Agresti-Roubache, productrice audiovisuelle et désormais élue conseillère régionale dans la majorité (LR) de Renaud Muselier, ne fait pas non plus mystère de sa proximité avec le président et son épouse. “Nous avons un lien direct, c’est évident. Nous discutons et nous travaillons depuis des mois sur ce Marseille en Grand, explique-t-elle. Il y a des conseillers qui conseillent et des proches qui font remonter l’ambiance de la rue. Il ne parle pas qu’avec des politiques, mais avec des gens de tous les jours.”

L’homme d’affaires aux racines gardannaises, Jean-Marc Borello est aussi un de ceux qui ont l’oreille présidentielle. Président du directoire et fondateur du groupe SOS, délégué général adjoint en charge de l’engagement citoyen de La République en Marche, il est celui qui a poussé à la candidature Berland aux municipales à Marseille, après avoir été chargé de tester les candidats potentiels. Son nom revient régulièrement comme une des bornes locales que le président active à l’approche de Marseille. Il chercherait à assurer un lien avec des élus du Printemps marseillais Macron-compatibles. Un membre de la majorité présidentielle ricane : “Après le fiasco des municipales à Marseille et à Gardanne, il faudrait s’interroger sur l’efficacité de son influence…” 

Copinage et dynamique de cour

Les rouages de la macronie locale grincent devant l’action de ces conseillers plus ou moins occultes. “Je ne suis pas un “fan”, moi. Je fais remonter des informations, mais je ne suis ni dans la dynamique de cour, ni dans le copinage”, pique un élu du palais Bourbon. Le fait que le président ne s’appuie pas, ou si peu, sur les petites mains d’En Marche ! passe mal, par endroits. “Il y a une forme d’opacité. Les choses sont faites à la vielle manière. Les copinages, les missions secrètes, ce n’est pas ce que j’attendais”, peste un animateur local.

Même son de cloche du côté d’une adhérente marseillaise d’En Marche ! qui se désole que des membres du mouvement présidentiel, engagés de la première heure, n’aient pas été conviés à la soirée organisée avec quelque 350 personnalités au Fort d’Entrecasteaux le 1er septembre. “Ça, pour nous envoyer des mails pour aller faire la claque au campus LREM à Avignon, il y a du monde ! Mais nous aussi on a des idées à partager, des choses à dire sur notre ville”. La militante le regrette, mais les relais présidentiels, aussi multiples soient-ils, ne vont manifestement pas jusque-là.

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Commentaires

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  1. julijo julijo

    “personnes ressources issues d’horizons divers” et “personnalités très variées”
    bon, ok, tout ça pourrait être positif, et bien évidemment que macron s’est “un peu” informé. c’est la moindre des choses qu’on puisse attendre d’un président.

    la seule réflexion que cela m’inspire, c’est : et alors ? on fait quoi ?

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  2. ISMAEL TOUMI ISMAEL TOUMI

    Très bon article !

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    • Fougère Fougère

      Mouais… Pas sûr que les habitants de Marseille soient consultés et écoutés.

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  3. Patafanari Patafanari

    Il fait son Groucho Marx avec les militants LREM:
    « Jamais je ne voudrais faire partie d’un club qui accepterait de m’avoir pour membre.« 

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    • AlabArque AlabArque

      Le fait est …

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  4. Forza Forza

    “…ou s’il est abonné à Marsactu” :-)))))

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    • AlabArque AlabArque

      Et pourquoi pas !-)))

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Une façon d’écouter les Marseillais•es, c’est de lire non seulement les articles, mais aussi les commentaires sur Marsactu – même si ces derniers correspondent seulement à des points de vue personnels et garantis 0% d’objectivité ! 😉

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  5. BRASILIA8 BRASILIA8

    Ils ont surtout senti que de Muselier à Payant en passant par Vassal il y a un certain nombre d’élus prêt à tout, et même à devenir Macron compatibles, pour conserver leur place .

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    • AlabArque AlabArque

      Et le pire, c’est que c’est vrai ;-(

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    • AlabArque AlabArque

      Le -T final ajouté au nom du maire est délibéré, n’est-ce pas ?

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  6. Fougère Fougère

    Moquais… Pas sûr que les habitants de Marseille soient consultés et écoutés.

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    • Fougère Fougère

      “Mouais.. “

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  7. TINO TINO

    Macron est conscient que LREM c’est le néant politique et intellectuel, sans attache locale. Donc il faut bien compenser cette absence en organisant des “réseaux baroques”.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Dans votre commentaire,vous pouviez souligner aussi la vacuité des politicards locaux en général.

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  8. FM84 FM84

    Campagne électorale de M.Macron: épisode 2!

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  9. toto toto

    Avec les noms donnés dans l’article, on comprend mieux sa volonté de transformer l’école en start up (même si c’est le dada de son ministre de l’EN depuis qu’il officiait sous sarko).

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  10. kukulkan kukulkan

    mouais, tout ces gens restent des gens assez riches souvent issus d’un milieu aisé, entrepreuneurs, politiques, hommes d’affaires, conseillers… Pas étonnant donc que Macron soit détaché du peuple comme toute la classe politique et qu’ils ne proposent jamais une véritable démocratie…

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    • Félix WEYGAND Félix WEYGAND

      “Une véritable démocratie” c’est celle qui vous donne raison plutôt qu’à d’autres 😀
      En attendant les 150 personnes invitées cet aprem dans le 13e à préparer des ateliers sur l’ESS sont bien des acteurs et des militants de l’entrepreneuriat dans l’économie sociale et solidaire dans les quartiers. Tous “assez riches” je ne sais pas.

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  11. LN LN

    “Ils” ne se pencheraient qu’un peu sur les propositions des commentateurs de Marsactu, ca m’irait bien parce que certains sont plutôt bons sur les thèmes actuels. Et “ils” ressentiraient bien 1) le ras le bol general de cette armée de branquignols en déroute et 2) la crainte que cette Metropole ne bouge d’un iota et finisse comme d’habitude par nous prélever en impôts un peu plus, pour s’assurer une rente à défaut de savoir faire autre chose.
    On peut toujours rêver 😒

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  12. jasmin jasmin

    C’est plutôt sain qu’il n’écoute pas uniquement ou surtout les députés et militants LREM, sinon il cautionnerait et entretiendrait un fonctionnement de cour. Si ses députés veulent avoir son oreille, ils sont contraints de transpirer un peu pour avoir le pouls de la population, et se construire une légitimité basée sur l’action et l’engagement, et avoir des résultats concrets pour les gens de leur circonscription, donc par le mérite et non uniquement par l’appartenance à un parti ou un clan.

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