Beaucoup de neuf, un peu de réchauffé : les annonces de Macron pour Marseille

Décryptage
le 3 Sep 2021
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Pendant presque deux heures, le président de la République a déroulé jeudi, depuis les jardins du Pharo son plan "Marseille en grand". Marsactu a passé les nombreuses annonces d'Emmanuel Macron au tamis.

Devant une foule d
Devant une foule d'élus et d'acteurs locaux, Emmanuel Macron a présenté son plan "Marseille en grand". (Photo BG)

Devant une foule d'élus et d'acteurs locaux, Emmanuel Macron a présenté son plan "Marseille en grand". (Photo BG)

Un discours fleuve, de la pluie qui s’invite au milieu, une coupure de micro qui vient marquer une pause. Les tant attendues annonces d’Emmanuel Macron ont été nombreuses, foisonnantes, mais pas toujours faciles à suivre. Comme on pouvait s’y attendre les engagements les plus forts ont porté sur l’école et les transports. Mais il a aussi parlé sécurité, santé, port et cinéma… Entre autres. Une foule de projets allant des plus structurants aux plus anecdotiques, avec pour certains un calendrier de mise en place très serrés et très contrôlés.

écoles : tout reste à construire

Ce qui est nouveau :

La rénovation du bâti scolaire était le point le plus attendu, avec celui des transports, et celui où il n’y a eu que du neuf. Bien que le discours n’a pas apporté de précision très franche par rapport au dispositif que la Ville avait commencé à esquisser. En particulier, le montant de l’aide proposée n’est pas connu, si ce n’est qu’il sera “conséquent”, sous forme de subventions ou d’avances remboursables. La Ville avance un besoin total de 1,2 milliard et espère 600 millions d’aides. Le nombre d’écoles concernées par ce soutien, lui, serait de 174, celles qui sont “dans un état de délabrement tel que l’apprentissage y est devenu impossible” selon les mots du président.

La perspective la plus claire est celle de la méthode. Les chantiers seront bien confiés à une “société ad hoc” – très probablement une société publique locale d’aménagement d’intérêt national (SPLA-IN), sur le modèle de celle créée en 2019 sur l’habitat indigne. Elle sera présidée par le maire mais “pilotée par l’État”, autrement dit son directeur général sera choisi par lui. Celle-ci doit être créée “avant la fin de l’année”. Mais le calendrier qui doit préoccuper les parents d’élèves est plutôt celui de l’inauguration des écoles rénovées. À moins que l’État dépêche des cortèges de chefs de projets, il faudra bien plus d’un mandat municipal pour venir à bout de la tâche.

Jeudi matin, le président et plusieurs ministre ont fait la rentrée des classes à l’école Bouge. (Photo Charles Garcin)

Un “laboratoire” de “liberté et de moyens”

À l’intérieur des bâtiments, le discours prend des accents de vision pour la présidentielle et les annonces se font plus floues. 50 établissements marseillais seront sélectionnés pour préfigurer à partir de la rentrée 2022/2023 “l’école d’avenir”, avant une généralisation sur d’autres territoires. S’il évoque un “laboratoire de libertés et de moyens”, Emmanuel Macron ne précise pas ces derniers et n’illustre les premières que par un exemple : le “choix de l’équipe pédagogique par les directeurs d’école”, sur candidatures d’enseignants qui “adhèrent au projet”. Une mesure qui pousse plus loin la logique des “postes à profil”, à laquelle la plupart des syndicats sont opposés.

Des “micro” lycées et collèges

Sautant quelques classes pour arriver au collège puis au lycée, le plan s’arrête un moment sur l’enjeu des élèves dits “décrocheurs”. L’ambition est de multiplier les “micro-collèges” et “micro-lycées” (10 chacun). Nées dans les années 2000, ces structures sont basées sur un nombre réduit d’élèves, avec conditions pédagogiques et d’encadrement très adaptées. Elles restent rares, y compris à Marseille avec le seul collège Jacques-Prévert et le lycée Diderot.

transports : avant le milliard, la gouvernance

Ce qui est nouveau :

Le chiffre a été lâché. Un milliard d’euros seront dédiés au développement des transports à Marseille. Bien vite nuancé : 250 millions seulement seront des subventions. Il faudra rembourser les 750 millions restants. “Je suis prêt à monter la part de l’Etat dans les projets structurants pour relier le nord de la ville”, prévient Emmanuel Macron. Si les montants sont importants, les besoins le sont encore plus et l’enveloppe pourrait se révéler vite épuisée : la métropole a besoin d’investir 350 millions d’euros par an, contre une centaine actuellement. Et avant que l’argent arrive jusqu’à la collectivité, il faudra revoir la gouvernance. “Sinon je mets plus d’essence dans un système qui continue à garder les mêmes freins”, a taclé Emmanuel Macron. Le président fait allusion aux sommes versées aux communes qui représentent la moitié du budget de l’institution présidée par Martine Vassal.

La gestion des projets se fera ensuite via un groupement d’intérêt public (GIP). Le rendez-vous est pris mi-octobre pour qu’un modèle de gouvernance soit proposé. Le locataire de l’Élysée annonce que le montant donné doit servir au financement de quatre lignes de tramway et cinq bus à haut niveau de service (BHNS). Reste à savoir lesquels : le plan de déplacement urbain (PDU), la feuille de route mobilité de la métropole, compte de nombreux candidats, notamment hors de Marseille. Sont aussi évoqués le renouvellement des rames du métro, qui deviendra automatique, un chantier imminent, et la mise en accessibilité des stations de métro majeure, à l’image du chantier en cours à Saint-Charles. Autant de chantiers inclus par la métropole dans sa candidature pour bénéficier du plan de relance.

Ce qu’on savait déjà :

Le président a parlé de la ligne nouvelle Provence-Côte d’Azur (LNPCA) qui doit désengorger Saint-Charles, y créer une gare souterraine, et mieux relier les trois grandes villes de la région. Le projet entamé depuis plusieurs années suit son cours avec une participation financière importante de l’État depuis le départ. Il est censé aboutir vers 2030. La modernisation de la signalisation sur les voies entre Marseille et Vintimille, pour laquelle Emmanuel Macron a annoncé l’apport de 115 millions d’euros, existait déjà aussi, mais l’État ne s’était pas encore véritablement engagé dessus. Enfin, l’extension de l’aéroport est, elle aussi, déjà actée depuis puisque la mue devait débuter en 2020 avant que la crise sanitaire ne retarde les travaux.

Emmanuel Macron était mercredi au commissariat Nord. (Photo Charles Garcin)

Sécurité : Des commissariats et des caméras

Ce qui est nouveau :

La sécurité a pris une place importante dans la visite du président comme dans son discours. C’est une véritable traque, un harcèlement des trafics qu’il nous faut conduire ici.” Une stratégie de pilonnage, donc, qui n’est pas nouvelle mais qu’Emmanuel Macron veut poursuivre en apportant plus de moyens aux policiers. Ce jeudi au Pharo, Emmanuel Macron a donc précisé les mesures qu’il avait dévoilées la veille au commissariat Nord. Parmi elles, l’enveloppe de 150 millions d’euros pour la création dans les quartiers nord de la ville d’un nouvel hôtel de police, aujourd’hui implanté à l’Évêché. Mais aussi la somme de 8 millions pour doter la police marseillaise de “moyens numériques, d’enquête, de nouveaux véhicules – 222 voitures et motos – dès l’été 2022”.

Mais surtout, le président de la République a relancé un débat qui opposait il y a peu la Ville et l’État : “Nous financerons le déploiement de la fibre et de 500 caméras dans les zones qui ont en besoin”, a-t-il assuré. Reste à savoir quel part il prendra à sa charge. Lors de sa venue en février dernier, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait posé un million d’euros sur la table, quand les 500 dernières caméras ont coûté des dizaines de millions. L’adjoint à la sécurité se disait alors prêt à envisager l’idée, mais de manière plus restreinte. L’occasion de vérifier si le grand moratoire, promesse de campagne d’un Printemps marseillais qui pointait “l’inefficacité” et le “coût important” de la vidéosurveillance, survit aux négociations avec le gouvernement.

Ce qu’on savait déjà :

Emmanuel Macron est également revenu sur le projet de regroupement des commissariats des 13e et 14e arrondissements avec une participation de l’État a hauteur de 8 millions d’euros. Une annonce déjà faite en mai dernier par le ministre de l’Intérieur. Tout comme le renfort de 300 policiers, dont 100 sont déjà arrivés en 2021 dans le cadre d’un plan national. Les 200 suivants arriveront en 2022. À cheval entre les deux catégories, les deux compagnies de CRS dépêchées en renfort du “pilonnage” depuis mars seront “pérennisées”.

Hôpitaux, port, culture, etc.

Ce qui est nouveau :

À la Timone, l’État va financer la moitié du projet de nouvel hôpital mère-enfant, à hauteur de 50 millions d’euros. Il est prévu pour accueillir une maternité de niveau 3 et les activités de pédiatrie. Côté culture, c’est peut-être là que le discours du président s’est fait le plus foisonnant, en appuyant fortement sur la question du cinéma, secteur qui pourrait selon lui “créer des dizaines de milliers d’emplois”. Ont été évoquées une école de cinéma, le projet de grands studios de la Méditerranée et l’arrivée d’une antenne de la Cinémathèque française à Marseille.

Ce qu’on savait déjà :

Concernant le plan de modernisation global de l’AP-HM, comme annoncé précédemment l’État va mettre au pot commun à hauteur de 169 millions d’euros, ciblés vers la rénovation de la Timone et de l’hôpital Nord. Il va aussi reprendre la dette de l’institution à hauteur de 233 millions, un montant un peu plus bas qu’espéré.

Emmanuel Macron a aussi pris le temps dans son discours d’évoquer un autre équipement structurant du territoire, le grand port maritime de Marseille-Fos, pour évoquer la nécessité de le connecter à l’hinterland, avec l’idée de resserrer le lien avec le transport fluvial aujourd’hui piloté depuis Lyon. Un classique des discours sur la place portuaire marseillaise pas vraiment appuyé par du concret. Il a également fait mention de l’électrisation des quais pour permettre le branchement des bateaux et de la remise à niveau de la gare de triage de Miramas déjà contenue dans le plan de relance, qui permet l’acheminement des marchandises vers le reste de l’Europe.

 

Violette Artaud, Rémi Baldy, Lisa Castelly et Julien Vinzent

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Commentaires

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  1. Vincent Squale Vert Vincent Squale Vert

    233 milliards la dette de l’aphm ??? Et la grande absente, la LHI…

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    • fvielfau fvielfau

      oui c’est un dette cumulée de 233 Millions d’€. et non Milliards 🙂
      la budget de la APHM est de 1,37 Milliard d’€
      son déficit annuel tourne autour de 10 à 50 Millions / an

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  2. Lucien LAURENT Lucien LAURENT

    Venir faire un discours sous trois gouttes de pluie à Marseille! Le président serait-il en train de se hollandiser? A part ça, sécurité, arrêtez les copinages et bossez un peu pour le futur, je verrai si je peux vous prêter quelque menue monnaie. Merci maître

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  3. Fougère Fougère

    Avec tout le respect que je dois aux habitants qui souffrent de l’insécurité dans certains quartiers, et tout en adhérant et à la thèse d’un renforcement de la présence de la police et à la volonté présidentielle de prendre le taureau par les cornes, je ne crois pas que la vidéosurveillance soit la solution à ce fléau. Son efficacité, que je sache, reste à prouver ; les trafiquants sauront probablement trouver des moyens d’y échapper ; sur le plan éthique, je m’oppose à la généralisation de la vidéosurveillance. Je ne vois pas que le président propose explicitement un chantier suffisamment ambitieux pour la transformation de ces quartiers : il faut aussi travailler avec les associations, les urbanistes, donner un souffle culturel, éducatif, économique à ces espaces. Certes, les projets liés à un déploiement accru de la police (mais selon quels principes ?), au transport et à la rénovation des écoles constituent des éléments encourageants ; et M. Macron a raison de cibler les blocages et l’incurie de la gouvernance territoriale. En tout cas, que chacun retrousse ses manches et prenne ses responsabilités : que nos élus ne soient pas à la hauteur de l’ambition affichée serait et indigne et désastreux. Alors, des actes !

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    • jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

      La video-surveillance (VS) est dissuasive mais j’ai vu à Noailles des ”Jeunes” avec capuche qui s’obscurcissait le visage pour éviter de se faire repérer par les caméras. De plus elles sont a posteriori, utiles en cas d’enquête. Mais la VS sera vraiment utile lorsque la reconnaissance faciale sera opérationnelle. Faut laisser s’habituer le passants lambda comme il s’habitue aux hommes en armes dans les rues (Militaires, policiers, B.A.C., agent en civil…) aux caméras….!

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    • Fougère Fougère

      Jean-Marie Memin, je m’oppose à la mise en place d’un dispositif urbain de reconnaissance faciale et plus généralement à celle d’une société de la surveillance généralisée. Je refuse que notre État de droit s’oriente vers une société analogue par exemple à la société chinoise actuelle. Nos libertés ne sont déjà que trop amoindries… Je ne vois pas que la violence ait globalement diminué en France malgré l’existence de la vidéosurveillance (qui certes dans certains cas peut être utile) : au contraire, je pense qu’elle a augmenté. Je pense qu’on bâtit la sécurité de chacun sur un projet de société fondé sur des principes démocratiques et républicains aujourd’hui très malmenés par la globalisation néolibérale. Et non sur des mesures sécuritaires.

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  4. Fabien Mifsud Fabien Mifsud

    Il va aussi reprendre la dette de l’institution à hauteur de 233 milliards, un montant un peu plus bas qu’espéré.
    Milliards ?

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    • Julien Vinzent Julien Vinzent

      C’est une coquille désormais corrigée, merci !

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  5. N SV N SV

    Des dizaines de millions pour 500 caméras ? Vous pouvez préciser svp ?

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    • PromeneurIndigné PromeneurIndigné

      j’ai quelques doutes sur l’efficacité des caméras de surveillance. Comme par hasard ces équipements ne fonctionnaient pas quand on a besoin . Cela est attesté par le cas d’une octogénaire qui fermait les volets de son appartement situé au quatrième étage d’un immeuble près de la Canebière. L’intéressée a été frappée en pleine face par un tir qui aurait été «réglementaire» d’un « gardien de la paix ». Pour mémoire il s’agit de Madame Zineb Redouane, qui est morte des suites de ses blessures. Où est l’instruction de ce dossier ainsi que celle du dossier de la jeune femme dont le crâne a été fracassé rue Saint Ferrol par des policiers ?

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  6. printemps ete 2020 printemps ete 2020

    Macron parle…,parle… mais aprés ..?nous verons bien …

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