Les bibliothèques de Marseille attendent toujours leur printemps

Décryptage
le 3 Jan 2022
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L'arrivée du Printemps marseillais n'a pas réussi pour l'heure à enrayer le déclin de la lecture publique. Malgré les annonces d'embauche, les bibliothèques fonctionnent en mode dégradé. Faute de personnel, l'Alcazar n'ouvre que cinq heures par jour.

L'intérieur de l'Alcazar, vaisseau amiral des bibliothèques de Marseille. (Photo : BG)

L'intérieur de l'Alcazar, vaisseau amiral des bibliothèques de Marseille. (Photo : BG)

Ils promettaient la révolution, des bibliothèques dans chaque arrondissement avec – luxe suprême – du personnel en nombre suffisant. Le mandat des élus du Printemps marseillais finit son premier tiers et rien n’a changé. Pire, la situation continue de se détériorer comme un livre démodé prend la poussière. Quelques jours avant les fêtes de fin d’année, l’association des usagers des bibliothèques manifestait un mercredi devant le vaisseau amiral, l’Alcazar, ouvert voici 20 ans. Le même jour, la CGT et la FSU appelaient à un mouvement de grève, réclamant une nouvelle fois plus de moyens.

La manifestation était organisée à 13 heures, à l’ouverture de la médiathèque. Et c’est en cela que réside le problème : la bibliothèque du cours Belsunce ouvrait d’ordinaire à 11 heures, cinq jours sur sept. L’épidémie est passée par là, réduisant sans raison sanitaire la plage d’ouverture de l’Alcazar. “Cela n’a rien à voir avec le Covid, confirme Raymond Romano, délégué CGT. La vérité est que nous sommes en nombre insuffisant pour maintenir la bibliothèque ouverte entre midi et deux et de 17 heures à 19 heures.” Résultat : la bibliothèque ouvre péniblement cinq heures par jour et connaît régulièrement des fermetures de services comme en jeunesse et au patrimoine.

Les premiers bourgeons tués par le gel

Il y a quelques mois pourtant, l’association des usagers des bibliothèques voyait s’éloignait l’hiver de la lecture publique du dernier mandat de Jean-Claude Gaudin. “Enfin, les premiers bourgeons !”, écrivaient-il dans une déclaration, au lendemain du conseil municipal de la nouvelle majorité du 21 mai. L’adjoint à la culture, le communiste Jean-Marc Coppola y annonçait l’ouverture de 25 postes d’agents territoriaux, devant permettre la réouverture des établissements du Panier et des Cinq-Avenues, fermés depuis plus d’un an.

“Entretemps les bourgeons ont essuyé de sérieux coups de froid, déplore Alain Milianti, le président de l’association. Les 25 postes prévus se sont transformés en 15“. Dans La Provence du 29 novembre dernier, Jean-Marc Coppola dénonce “une administration qui n’est pas pleinement en état de marche pour suivre les décisions politiques qui sont prises. Manque de compétences ou savonnage de planches, je ne me prononcerai pas”.

L’expression tranchée déplaît. Les syndicat CFE-CGC et CFTC se fendent en réponse d’un communiqué sur les réseaux sociaux, demandant à l’élu de retirer ses propos. “Il y a d’abord un problème de forme, déplore Pascale Longhi, la secrétaire générale de la CFE-CGC. Il ne peut pas jeter le discrédit sur les 250 personnes de la direction générale des ressources humaines, parce qu’une minorité n’a pas fait ce qui était attendu. C’est pour cette raison que nous réclamons des excuses“.

Tiroirs vides à râcler

La syndicaliste y voit aussi un problème de fond : “Jean-Marc Coppola méconnaît le fonctionnement de la collectivité. Il ne suffit pas de voter des embauches pour qu’elles se réalisent. Il faut avant que des crédits soient ouverts et c’est seulement à ce moment là que des postes peuvent être créés”. Il n’y aurait donc pas de savonnage mais des tiroirs vides dont les services s’efforcent de gratter le fond. De son côté, Jean-Marc Coppola enfonce le clou : “La forme ne va peut-être pas. Mais sur le fond, je persiste et signe. L’administration n’a pas suivi et j’ai découvert tardivement que les ouvertures de postes n’avaient pas été faites. Il a fallu l’arrivée de la nouvelle directrice générale adjointe pour que les choses soient remises en ordre”.

Sur les 25 embauches prévues, quinze ont été réalisées et “vingt sont à venir”. “Mais ces 20 là ne compensent même pas les départs à la retraite de l’année”, constate Élodie Debureau, de la CGT. Du côté de FO, on ne partage pas les mêmes chiffres évoquant six départs pour la même année mais “15 collègues ont choisi de quitter les bibliothèques soit pour d’autres services, soit hors Marseille”, y déplore-t-on.

Pas de plan pluri-annuel à l’horizon

Syndicats comme direction s’entendent à peu près sur les objectifs : 90 nouveaux postes permettraient au réseau des bibliothèques de fonctionner normalement. “90, c’est l’objectif que je me fixe”, confirme Jean-Marc Coppola. Le problème est que nul ne connaît le plan de charge pour y parvenir. Ainsi quand on interroge l’élu à la culture sur les embauches 2022, il élude: “Cela n’est pas encore décidé”.

Ce silence à quelques semaines du vote du budget est le signe que la culture ne figure pas en tête des arbitrages. “C’est pour cette raison que nous avons adressé nos dernières déclarations au maire et à son cabinet pour réclamer un plan pluri-annuel”, indique Alain Milianti. Fin octobre, les usagers ont eu un entretien impromptu avec Pierre Chagny, le directeur du réseau. “Il nous a clairement fait comprendre qu’il n’y avait rien à espérer”, reprend le militant de la lecture publique. Rebelote avec Jean-Marc Coppola en novembre. “Il a utilisé des termes politiques pour nous convaincre qu’il faisait au mieux, mais son discours est à peu près le même”.

Interrogé par Marsactu, Jean-Marc Coppola avance tout de même un peu de concret : la bibliothèque des Cinq-avenues fermée depuis plus d’un an ouvrira en janvier. La Ville réfléchit toujours à son déplacement dans un lieu plus adéquat, et les locaux de l’ancien lycée Michelet pourraient faire l’affaire. “Nous avançons également sur des projets de création de médiathèques aux Caillols et du côté d’Euroméditerranée”, assure l’adjoint.

Le dernier site à ouvrir est la médiathèque Salim Hatubou, il y a quelques mois. Tout le monde salue la réussite et l’engouement créé. “Mais le projet a 25 ans, soupire Élodie Debureau, de la CGT. J’ai encore un prospectus des années 1990 où on annonçait sa construction à Saint-Antoine“.

Les projets étaient inscrits dans le plan de lecture publique voté par la Ville en 2015, et figuraient même dans le contrat territoire lecture signé avec le ministère de la culture, l’année suivante. Les deux documents enchâssés devaient permettre à l’État de venir abonder aux projets immobiliers de la Ville en terme de lecture publique. Or, le dernier contrat territoire lecture s’est éteint en 2019, sans que rien de concret n’en soit sorti. “Pourtant ce document est signé par le maire et le préfet, reprend Alain Milianti. Il a valeur contractuelle et pourrait être opposable devant les tribunaux“.

De son côté, Jean-Marc Coppola affirme toujours travailler avec la direction régionale des affaires culturelles, le centre national du livre et “même l’inspection générale des bibliothèques à qui j’ai demandé de nous aider à construire un vrai réseau de service public“. Ils seront sûrement intéressés de savoir que la dernière conservatrice d’État des bibliothèques de Marseille a quitté son poste en août dernier. Depuis 20 ans, Marseille est un vrai repoussoir de la profession. Et cette image écornée sera difficilement redressée.

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Commentaires

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  1. FM84 FM84

    Pour qui fréquente l’Alcazar ou une autre bibliothèque de Marseille, la plage d’ouverture reste largement insuffisant. Il faut mettre le paquet dans ce domaine-là aussi.

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  2. Brallaisse Brallaisse

    La magie du nouvel an n’a pas opéré.
    Des abberations telles que le souci de fonctionnement des bibliothèques auraient dû disparaître comme le ramassage des bordilles, mais non ,les constantes marseillaises sont toujours là. Rien ne fonctionne, comme dab. C’est le foutoir
    L’inertie, le savonage de planche par certains fonctionnaires gaudinistes, et les toxiques habituels avec FO..
    Soyons complets, un peu plus d’autorite de la part du maire serait aussi la bienvenue en faisant un bon ménage municipal.
    Nous démarrons l’année en fanfare, grève annoncée,bordilles et gari toujours là,mais souhaitons-nous la bonne année quand-même sauf à cet imbécile de maître Gims.

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  3. Oreo Oreo

    J’ai proposé en novembre l’achat d’un livre dont l’intérêt patrimonial me paraissait le rendre indispensable pour une bibliothèque à vocation régionale , il m’a été répondu qu’il n’y avait plus de crédit en 2021. Aussi, je intéressé par l’association des usagers, pour savoir s’ils seraient susceptibles de créer un fond des amis des bibliothèques de Marseille qui permettrait d’offrir des ouvrages qui n’entrent pas dans le cadre rigide et restreint de la commande publique : comptes d’auteur, achats hors grandes plate-formes d’édition, etc. Merci Marsactu de me communiquer les coordonnées de l’association des usagers ou de les publier.

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Marsactu,
    Concernant la gouvernance des bibliothèques marseillaises ne soyez pas timide, creusez le système FO dans les bibliothèques de façon plus approfondie.
    Vos lecteurs verront alors la lumière dans les ténèbre.

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  5. Zumbi Zumbi

    Il serait temps que les élus du Printemps Marseillais assument la conclusion que tout le monde tire, y compris eux-mêmes en privé : les tentatives de dialogue ont échoué, certains secteurs de l’administration municipale sont organisés pour ne rien faire, ont connaît les personnes qui ont accepté de travailler loyalement avec les “intrus” qui ont interrompu plus d’un demi-siècle de defferro-gaudinisme, et même celles qui ont été ravies d’enfin pouvoir faire le boulot pour lesquels nous les payons (très mal, c’est vrai).
    C’est une politique anti-mafia qu’il nous faut, condition d’une vraie politique sociale, de dialogues constructifs et de services réellement rendus au public, c’est-à-dire aux citoyen.ne.s électeurs.trices.

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    • Pascal L Pascal L

      Tout à fait Zumbi !
      Les élus du PM devraient se souvenir que ce sont les syndicats dits de gauche qui, malheureusement, ne représentent plus que la défense des avantages acquis des fonctionnaires les plus planqués -ces derniers pour la grande majorité, votent d’ailleurs à droite –
      et en se drapant de la défense du service public ont été les principaux fossoyeurs des réformes du gouvernement Hollande. Par exemple dans le domaine de l’éducation : faire la coupure du mercredi et travailler le samedi était recommandé par les spécialistes de la petite enfance mais c’est le SNUIPP qui a eu la peau de cette réforme
      Le collège ne fonctionne pas, il ne fait que reproduire la ségrégation sociale mais le SNES a eu la peau de la réforme de Najat Vallaud Belkacem.
      Donc même causes, mêmes effets : de peur de froisser les syndicats, on ne fait pas les réformes pour lesquelles on a été élu et on semblera s’étonner, plus tard, que les électeurs, se sentant cocufiés, se tournent vers l’extrême droite.

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  6. julijo julijo

    Je fais partie de ceux qui s’arment de patience, et qui pensent comme beaucoup qu’on ne balaye pas 25 ans d’incompétences si facilement. Et on le savait avant, ce ne serait pas si simple….
    Il n’empêche, il y a des domaines ou le poids du passé ( des manies, des procédures internes, du syndicat fo, des fainéants chroniques…), ne devrait pas tenir si on donne un grand coup de pied dans la fourmilière.
    La métropole, mère de beaucoup de maux, n’intervient pas de partout, donc allons-y, et cognez fort.
    Le PM a un programme à mettre en place, pour lequel les marseillais ont voté, et ils attendent.

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    • julijo julijo

      et, au fait, bonne année à tous, évitez tous les virus, et bonne apnée avec les masques !! et des bonheurs…

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  7. Gloubi Gloubi

    Comme c’est facile de taper sur l’administration… allez , vous en reprendrez bien une couche …. 18 mois qu’il est aux manettes . La faim dans le monde , le chômage , le vaccin covid , allez monsieur Coppola encore un petit effort , c’est la faute de l’administration municipale. A gerber

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    • Pascal L Pascal L

      Pourquoi tant de haine Monsieur C : on échange, on discute, on dispute et sans s’insulter.

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  8. Haçaira Haçaira

    Je trouve assez injuste d’accabler le PM alors que cette équipe n’est aux manettes depuis si peu de temps, Marseille est dans tel état de déréliction qu’ il faudrait au moins 5 mandats pour rattraper les décennies de magouilles, incompétences et fainéantise.

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  9. Assedix Assedix

    Il est clair qu’un des espoirs suscités par le Printemps Marseillais était la remise en fonctionnement des services municipaux et que depuis l’accord sur la grève arraché par O. Fortin, les avancées se font attendre…
    En tout cas, pour ce qui est des bibliothèques je pense que J-M Coppola a raison de dire les choses franchement. Le pire c’est quand les élus deviennent complices des dysfonctionnements en niant les problèmes, comme l’avait fait J. Canicave après lors des élections régionales où des fonctionnaires municipaux s’étaient soustraits à la réquisition.

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  10. leb leb

    Merci de pointer ce problème, en effet il s’agit d’un véritable défaut de service public. Usager régulier de l’Alcazar, je constate également que ce lieu est très investi par des collégiens, lycéens, étudiants qui n’ont pas assez de place ou des conditions correctes pour faire leurs devoirs chez eux. Dans une ville comme Marseille, des horaires aussi restreints sont scandaleux pour une bibliothèque centrale, cette dernière assure bien d’autres missions que le simple prêt de livres. Les horaires devraient être étendus au matin, et le lieu accessible également le dimanche et le lundi.

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    • Coquelicot Coquelicot

      Effectivement, je me souviens que mes gosses et leurs copains y allaient souvent pour travailler au calme et sans être tentés par l’ordi et autres distractions. Sans parler des jeunes vivant dans des appartements sur-occupés. Et ça donne de bonnes habitudes pour aller bosser en BU quand iels deviennent étudiant.e.s. C’est vrai que ça devrait ouvrir toute la journée, tous les jours

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  11. Mistral Mistral

    Un élu communiste ancien syndicaliste fâché avec les syndicats !!! Même la CGT son ancien syndicat ?
    Rien ne va plus !
    Trêve de plaisanterie il est grand temps de mettre en place une politique anti-mafia comme le propose @Zumbi, ou plutôt anti système mafieux, car à Marseille il n’y a pas réellement de mafia organisée mais des systèmes mafieux dans beaucoup d’organisations, et notamment à la Ville.
    Je ne peux que conseiller aux élus du Printemps Marseillais de prendre rendez-vous avec Cesare Mattina qui a beaucoup travaillé et écrit sur le sujet.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Si jamais vous êtes à la maison , ou ailleurs et que vous avez un peu de temps (162 pages) , je vous prescris 1 volume de p.j martin dont le médicament se nomme “ordures connection”, edition de l’Ecailler (2012). C’est une “british” qui dédit son ouvrage aux “honnêtes gens de Marseille et d’ailleurs” et qui passe en revue les combines, turpitudes et autres abjections, bassesses,compromissions et ignominies de nos zélites locales zélues au département et à la mairie.
      La quatrième de couverture décrit bien au travers de cette “fiction”:”l’ampleur de la machination qui broie le pays des cigales et dépeint avec humour noir les travers de soçiete marseillaise”.
      Réalité ou fiction ? . Plutôt de la réalité fictionnée . Un régal !

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  12. gastor13 gastor13

    Je ne comprends pas que Payan ne puisse pas règler le problème, tout avait l’air si facile quand il était dans l’opposition ! De plus comme on retrouve les mêmes problèmes dans le personnel municipal (pour les cantines, les crêches, les piscines, les bibliothèques, les musées) que dans celui de la Métropole (pour la gestion des déchets par exemple) que ne fait-il pas là aussi un arrêté comme il l’a fait pour sommer Martine de rendre Marseille propre !

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    • Brallaisse Brallaisse

      Il ne vous a pas échappé que les anciens de la mairie sont les mêmes qu’au département et à la métropole. Les mêmes causes produisant les mêmes effets , sauf pour Paul Valery.
      Payan est maire oui sans doute , mais Ruè est toujours là , les mêmes causes et vous connaissez la suite.
      Ma seule interrogation à cette situation est pourquoi Payan a conservé l’Ingeniore ?
      Pour les autres , ils sont mauvais , c’est un point acquis,définitif, évident et indiscutable.
      Mais fichtre , pourqoui avoir gardé Pâtriqueuuuuuu ?

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  13. Patafanari Patafanari

    Si l’on commence à embaucher les fonctionnaires municipaux pour leur zèle et leurs compétences, comment on va faire pour gagner les élections ?

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    • Brallaisse Brallaisse

      Si je vous suis, l’agent électoral de Payan c’est Rué ?

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  14. niki niki

    L’association des usagers des bibliothèques de Marseille a mis en ligne une pétition / lettre ouverte au maire, voici le lien : https://chng.it/szzckcLn
    A partager sans modération…

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  15. jasmin jasmin

    Est ce qu’il est possible d’envisager le recrutement de jeunes en contrat d’apprentissage de libraire dans nos librairies? est ce qu’il est envisageable d’utiliser l’association des amis des biblithèques, pour qu’ils retroussent leurs manches et se mettent aux fourneaux pour servir le public dans les bibliothèques, même de manière temporaire? Est ce qu’on peut recruter une armée de volontaires aimant les livres pour seconder les titulaires pendant que la situation est étudiée?

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