Le principe du pollueur-payeur s’estompe sur la friche de Legré Mante à Marseille

L'État se charge de l'assainissement des calanques à ses frais, tandis que sur le site privé de Legré Mante, rien ne bouge. Sur d'autres sites européens pollués, en Italie et en Belgique, l'échec du principe prend d'autres formes, mais nulle part les riverains n'ont été indemnisés.

(Photo Maïté Baldi)
(Photo Maïté Baldi)

(Photo Maïté Baldi)

"Il y a un endroit où je conserve tout le dossier médical de mon mari. La moindre ordonnance, la moindre radiographie, j'ai tout gardé." Maguy Fèvre, qui habite à la Madrague depuis 1979, a perdu son mari des suites d'un cancer du sang et a toujours été convaincue que son décès était lié à la pollution aux métaux lourds de la friche Legré Mante. "Lorsque mon mari était hospitalisé à l'Institut Paoli-Calmettes, j'avais demandé aux médecins s'il pouvait y avoir un lien. Ils m'ont répondu : “Très certainement, mais on n'en a pas encore la preuve.”" Son quartier, dit-elle, regorge d'habitants qui ont affronté plus d'un cancer ; plusieurs en sont morts, surtout ceux qui avaient travaillé à l'usine. Une incidence jamais officiellement reconnue, bien qu'une étude de l'Institut national de veille sanitaire ait jugé en 2005 « non négligeable » le risque de cancers de la peau lié à l'arsenic pour les riverains des friches voisines.

Ce mardi 15 septembre, et pendant un mois, les habitants de la Madrague de Montredon pourront pourtant donner leur avis sur l'avenir de la friche. La consultation publique, lancée par la préfecture, porte sur le projet de réhabilitation de l'ancienne usine, aujourd'hui propriété du fonds Ginkgo, spécialisé dans le rachat de sites pollués. Plan de dépollution et programme immobilier sont déjà ficelés : les riverains pourront déposer des observations, que l'autorité examinera sans être tenue de les suivre. En revanche, sur les atteintes à la santé, les jardins contaminés et les décennies d'exposition, ni le droit français ni le droit européen n'ont prévu de consultation. Et encore moins d'indemnisations.

RIEN NE BOUGE SUR LA FRICHE

En décembre 2024, le tribunal administratif de Marseille a bien constaté la "carence fautive" de l'État et lui a

Vous voulez lire la suite ?

vous voulez lire la suite ?

Luigi Simonelli, Federica Tessari, Nuri Fatolahzadeh & Teresa Di Mauro
Cette enquête a été réalisée avec le soutien de Journalismfund Europe.

Commentaires

ordre

4 commentaires


Rejoignez-la communauté Marsactu pour, vous aussi, contribuer au débat local. Découvrez nos offres

ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné⋅e.
  1. Patafanari

    Finalement, pollueur-(payeur) un métier d’avenir ?

    Signaler
    • Marc13016

      En fait, il semble que le métier d’avenir soit « pollueur-empoisonneur » … Le pollueur paye, pas l’empoisonneur.

      Signaler
  2. Mireille Urbain

    Lire : « L’Etat assure à ses frais… » a le don de me faire grincer des dents. Car l’Etat, c’est nous, les con-tribuables. Donc, l’Etat réalise aux frais des tribuables, dindon de la farce, ce que les pollueurs devraient effectuer sous contrainte.
    A quoi sert l’Etat exactement? Sommes-nous des citoyens avec des droit réels ou des sujets aux ordres des seigneurs ? Un coute m’habite.

    Signaler
  3. Charles Albert

    Le plus gros pollueur du secteur, de Callelongue et Pastré, cest lnusine de l’Escalette qui a produit du plomb pendant des imagines d’années et avec des capacités autrement plus importantes que Legré Mante qui n’a produit du plomb que pendant 10 ans.
    Voir l’excellent livre de l’universitaire Xavier Daumalin : » les Calanques industrielles de Marseille et leur pollution ».

    Signaler